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L'inexplicable croissance américaine

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Il se passe quelque chose que les économistes les plus qualifiés ne savent pas expliquer. Une fois de plus !

Un cycle croissance de dix années consécutives : un phénomène rarissime aux Etats-

La dernière fois que ces distingués professeurs avouaient leur incompréhension, c’était lors de l’éclatement de la crise des subprimes, aux Etats-Unis, vous vous souvenez. « Pourquoi personne n’a-t-il rien vu venir ? » demandait la reine d’Angleterre, en novembre 2008, à un prestigieux aéropage, assemblé en son honneur à la London School of Economics. Eh bien, cette fois encore, personne n’a rien vu venir. Mais il s’agit d’une bonne et non pas d’une mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle, c’est que les Etats-Unis, le cœur de notre système économique entament tout juste leur dixième année d’expansion consécutive. C’est du jamais vu dans un pays où les cycles économiques sont réputés courts. La croissance est brillante : 3,1 % en rythme annuel. Bien supérieure à celle de l’Europe et du Japon. Trump tente de s’en attribuer le mérite. Cela le pousse à se montrer agressif sur la scène internationale. Mais comment expliquer cette croissance inhabituellement persistante ?

La FED, désarmée en fin de cycle. 

Elle est alimentée, comme le souligne Mohamed El-Erian, par « des politiques monétaires impensables auparavant ». La FED maintient des taux d’intérêt très bas ; entre 2 et 2,5 %. Ce qui fait redouter à la plupart des économistes qu’elle se retrouve désarmée en fin de cycle, face à la prochaine crise. Pour enrayer les crises, aux Etats-Unis, il faut baisser les taux de 5 %. Il n’y a donc pas de marge.  

C’est pourquoi, selon Barry Eichengreen, les banques centrales seraient alors incitées à recourir à nouveau aux fameuses mesures non conventionnelles, le Quantitative Easing. Cela a consisté, il y a dix ans, pour la FED et la BCE, à truffer leurs bilans d’actifs douteux, comme des titres adossés à des créances hypothécaires, ou des obligations d’entreprises. Mais cela a entraîné des inquiétudes au Congrès. Certains élus ont réclamé que le pouvoir politique reprenne le contrôle de ces banques centrales, décidément imprudentes. L’indépendance de la FED pourrait être sérieusement compromise si elle devait à nouveau recourir à ces moyens de dernier recours. 

Mais d’autres critiques, en Europe, cette fois, estiment que le rachat, par la BCE de dettes émises par les Etats, a entraîné une baisse artificielle des taux auxquels ceux-ci doivent rembourser. Dans une économie normale, lorsque les gouvernements contractent des emprunts supplémentaires, le coût de ces derniers augmente. Ce qui suffit à les dissuader d’exagérer. Mais lorsque les banques centrales se comportent, en acheteur de dernier ressort des obligations des Etats, comme l’a fait la FED, ceux-ci ne sont plus retenus par rien. C’est ce qu’on appelle « l’aléa moral ». Quand on n’a pas à supporter pas les conséquences de ses propres décisions, on est incité à prendre des risques excessifs – en les faisant assumer par d’autres…

Les leaders populistes font des cadeaux aux électeurs. Ils menacent leurs Etats de banqueroute. 

Et c’est ce qui caractérise certains Etats européens, tombés entre les mains de leaders populiste, comme l’Italie, selon Eichengreen. Désireux d’être réélus, ces dirigeants ignorent les contraintes budgétaires et font de somptueux cadeaux aux électeurs, sous forme d’allègements d’impôts et de dépenses publiques supplémentaires. 

Dans un premier temps, l’effet politique euphorique est garanti. L’électeur est content. Il ne voit pas que, comme le disent les économistes, « _quelque chose qui ne peut pas continuer indéfiniment finit un beau jour par s’arrête_r ». A long terme, ces Etats connaîtront au choix, soit le défaut sur une partie ou la totalité de leurs dettes – la banqueroute, avec son cortège de malheurs sociaux (fonctionnaires et pensions de retraites non payés), soit la monétisation des dettes, et donc une ruineuse inflation. « Si les leaders populistes mettent en œuvre leurs politiques fiscales irresponsables, les marchés financiers les sanctionneront. »

On a le sentiment que cet avertissement est lancé pas seulement à Salvini, mais aussi à Trump, qui n’est pas nommé dans le papier de Barry Eichengreen, professeur d’économie à Berkeley. 

Le « sale petit secret de l’économie américaine.

Cette étrange robustesse de l’économie américaine, selon un autre économiste, Todd Buchholz, n’a rien à voir avec l’ère Trump, mais à la conjonction très inhabituelle, de taux d’intérêt très bas et d’inflation faible. Pour la première fois depuis des décennies de stagnation, les salaires des Américains ont recommencé à progresser. Ils le doivent à la situation de plein emploi que connaissent les Etats-Unis (3,6 % de chômeurs). Lorsqu’un pays connaît le plein emploi, les salaires montent automatiquement : ce ne sont plus les employés qui doivent supplier les patrons de les garder, mais les patrons qui doivent faire des efforts pour conserver leurs salariés, ou en attirer de nouveaux. D'où un risque d'inflation.

En outre, le consommateur américain se voit proposer l’achat de voitures neuves assortis de prêts à 0 %. Plus intéressant encore, les entreprises s’équipent en machines-outils et en robots grâce à cette abondance de crédit. Ce qui va les rendre plus compétitives à l’avenir. En réalité, estime Buchholz, le « sale petit secret de l’économie américaine », c’est qu’elle prospère au détriment des autres. Si elle dépendait davantage des ses exportations, elle pourrait s’en inquiéter. Mais tel n’est pas le cas ; ils ne représentent que 12 % de son PIB. Et, avec Trump, ce sera probablement encore moins à l’avenir…

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