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La Chine tourne le dos à une libéralisation.

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Les illusions américaines de la "convergence" rappellent celles qu'ils se faisaient sur l'URSS dans les années 1960/70...

Les Etats-Unis ont cru pouvoir influencer la politique chinoise. Avant Nixon, politique du gros bâton. A partir de la visite à Pékin de 1972, politique de la carotte. Dans les deux cas, un même résultat : nul !

Oui, les Etats-Unis ont imaginé que l’intensification du commerce de la Chine avec le reste du monde amènerait nécessairement une libéralisation graduelle de l’économie. Les réformes libérales impulsées par Deng Xiaoping ont semblé leur donner raison. Afin de les inciter à aller plus loin, Washington s’est risqué à reconnaître à la Chine le statut de nation la plus favorisée en 1980. En 2000, le Congrès lui octroyait le Permanent Normal Trade relations. Et l’année suivante, la Chine faisait son entrée à l’OMC, sous protection américaine. Entre-temps, les échanges commerciaux entre les deux pays avaient explosé. Rien que dans le domaine des marchandises, on était passé de 8 milliards de dollars actuels à 578milliards en 2016. 

Mais contrairement aux espérances occidentales, la libéralisation du pays a marqué le pas. La Chine, sous la direction de Xi Jinping, démontre qu’elle ne renoncera pas de sitôt à son modèle économique, celui d’un capitalisme d’Etat, contrôlé politiquement par un parti qui se réclame du communisme. Celui-ci fonde sa légitimité sur la croissance extraordinaire que connaît le pays depuis trois décennies. 

Les Américains ont fait le pari que ce modèle économique était inefficace et insoutenable. Jusqu’à présent, ils ont eu tort. La direction communiste ne cache nullement ses intentions : elle entend promouvoir des « champions nationaux » dans des domaines stratégiques, comme l’aérospatial, les biomédecines, la robotique. Ailleurs, elle n’autorise les joint-ventures qu’au compte-goutte, et sous réserve d’un partage des technologies. Elle n’a pas réellement ouvert son marché intérieur aux firmes étrangères, bref, elle ne joue pas le jeu de la réciprocité libérale. 

La croissance chinoise était également censée déboucher sur une libéralisation politique. Là aussi, illusion…

La puissante classe moyenne qui a émergé en Chine à la faveur de la croissance, allait, jugeait-on à Washington, exiger des droits. « Aucune nation sur terre n’a trouvé le moyen d’importer des marchandises et des services du monde entier, en arrêtant les idées à sa frontière », avait estimé George Bush. Et Bill Clinton de persister dans cette illusion : « Sans une complète liberté de penser, de mettre en question et de créer, la Chine subira un désavantage compétitif face aux sociétés ouvertes dans notre Age de l’information », disait-il. La Chine allait suivre le chemin vers une démocratie authentique déjà pris par ses voisins sud-coréens et taïwanais. On renouait avec les illusions libérales des années 70 sur la « convergence » inexorable des systèmes capitaliste et communiste. C’est dans ce but que les Etats-Unis ont accueilli des centaines de milliers d’étudiants chinois dans leurs universités. 

Mais les dirigeants communistes chinois ont vu dans cette ouverture le risque de déstabiliser leur société et de perdre le pouvoir. Ils ont médité les leçons de la chute de l’Union soviétique et considèrent le multipartisme comme un danger mortel. Depuis le début la décennie, le contrôle de l’Etat sur la société s’est renforcé. Le régime est de plus en plus autoritaire. En 2013, un mémo interne au Parti, connu sous le titre de « Document N° 9 », mettait en garde les adhérents du parti unique contre « la démocratie constitutionnelle à l’occidentale » et les « valeurs universelles », véritable « cheval de Troie américain », destiné à « affaiblir la Chine ». La Chine de Xi Jinping ressemble de plus en plus à celle de Mao, de moins en moins à celle de Deng. La répression s’abat sur les journalistes, les universitaires, sur les militants des droits de l’homme et de l’environnement. La convergence avec nos démocraties libérales n’est pas pour demain. 

Plus grave, poursuivent Campbell et Ratner, dans Foreign Affairs, les nouvelles technologies, dans lesquelles les Occidentaux ont voulu voir l’instrument d’une inexorable libéralisation du régime, permettent au contraire à l’Etat chinois de resserrer les mailles du filet tendu sur la population chinoise tout entière La surveillance est totale. L’internet chinois se développe en vase clos, derrière une « Grande muraille ». Il est l’objet d’une censure vigilante. Un système de reconnaissance faciale est en train de renvoyer la Stasi d’autrefois au rang d’enfants de chœur de l’espionnage permanent de la population. L’Intelligence artificielle permet la mise en place d’un système de « crédit social » digne du 1984 de George Orwell. 

Sur le plan diplomatique aussi, les Etats-Unis n'ont exercé aucune influence sur la Chine. Elle leur tient tête et cherche à les exclure de sa "zone d'influence". 

Sur le plan diplomatique, les Américains se sont imaginés pouvoir dissuader les Chinois de rivaliser avec eux. Plusieurs administrations ont raisonné sur le précédent de la course aux armements de Reagan, dans les années 80. L’URSS s’était écroulée à la fin de la décennie, incapable de suivre au même rythme.  Mais la Chine n’est pas l’URSS. 

Durant la période de montée en puissance, les dirigeants chinois ont assuré que leur pays n’avait aucune ambition hégémonique. Mais de plus en plus, à présent, ils font savoir qu’ils ne supportent plus la présence d’alliés de Washington dans leur zone d’influence. D’où une alternance de menaces militaires et de diplomatie destinée à « enfoncer des coins » entre les Etats-Unis et leurs vieux alliés, notamment taïwanais et coréens. Un troisième porte-avions chinois est déjà en construction. Pékin s’est dotée d’une base militaire à Djibouti… personne ne peut plus douter de la détermination chinoise à faire pièce aux flottes américaines, pour l’instant encore supérieures. 

Plutôt que de chercher à exercer une influence sur la Chine, les Américains devraient se demander pourquoi ils se sont tant trompés sur ce pays

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