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Partisans du Brexit lors d'une marche à Leeds en mars 2018

Le risque d'un populisme aux tempes grises

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment rassurer les seniors, déstabilisés dans leurs emplois et leurs modes de vie par la mondialisation ?

Partisans du Brexit lors d'une marche à Leeds en mars 2018
Partisans du Brexit lors d'une marche à Leeds en mars 2018 Crédits : Benjamin Furst / Hans Lucas - AFP

Le populisme aux tempes grises.

Il y a un populisme spécifique des retraités. C’est ce qu’explique Edoardo Campanella, un universitaire madrilène. Il rappelle que c’est le vote des plus de 65 ans qui a fait basculer le référendum britannique du 23 juin 2016 vers le Brexit. Les jeunes Britanniques souhaitaient très majoritairement rester dans l’Union européenne. Pas les retraités. Les seniors, aux Etats-Unis, ont voté dans leur majorité pour Trump. Et les partis ultra-conservateurs hongrois du FIDESZ et polonais du PiS sont des partis de vieux. Campanella concède qu’il y a des exceptions : l’électorat de Marine Le Pen en France et celui de Bolsonaro, au Brésil, est plus jeune que celui de leurs rivaux

De manière générale, les personnes âgées accomplissent leur devoir d’électeur plus volontiers que leurs enfants et petits-enfants. D’où le fait que leurs votes pèsent d’un poids disproportionné par rapport à leur nombre dans la population. Or celui-ci est déjà très important, du fait du vieillissement démographique des Européens. Dans la mesure où les partis pro-européens redoutent une lame de fond souverainiste aux élections au Parlement de Strasbourg, l’an prochain, la question du vote des seniors prend une importance décisive. Or, sur le sujet européen aussi, on constate que les jeunes sont plutôt enthousiastes et les pas jeunes, plutôt sceptiques.

A quoi cela tient-il ? « Le plus probable, je cite, _c’est qu’_un sentiment croissant d’insécurité pousse les plus âgés dans les bras des populistes. » Les partis populistes ont des caractéristiques spécifiques dans chaque pays, mais ils ont un point commun : « ils proposent de contenir les forces de la mondialisation ». Et ils prétendent que le cadre approprié pour ce faire est celui de la nation. Mais en quoi, les seniors sont-ils plus menacés que les autres par cette mondialisation ?

Les seniors, plus menacés par la mondialisation.

D’abord, parce que celle-ci est synonyme de vagues nouvelles d’immigration et que les séniors se sentent en sécurité dans des environnements qui leur sont familiers ; avec des voisins qui partagent plus ou moins les mêmes modes de vie. 

Mais aussi, parce que la mondialisation, en disséminant à travers la planète, la production, a perturbé et délocalisé les industries traditionnelles. Elle offre, au contraire, de nombreuses opportunités aux digital natives et, de manière générale, aux jeunes diplômés. L’économie numérique est l’affaire des trentenaires. Du coup, les travailleurs formés pour les vieilles activités se retrouvent au chômage avant d’avoir atteint leurs droits à la retraite et ils s’appauvrissent. En outre, ils ont de bonnes raisons de craindre pour leurs retraites. Les jeunes, dans plusieurs pays d’Europe, sont insatisfaits du partage actuel des revenus entre actifs et retraités et commencent à exiger une meilleure part du gâteau. 

Même si populistes de droite et de gauche ont des discours qui tentent de plus en plus à se rapprocher, le ciblage démographique de leurs promesses les distingue nettement : ceux de droite promettent à la fois d’abaisser l’âge de la retraite et de protéger le niveau des pensions. Ceux de gauche proposent le revenu universel ; ce qui concerne surtout les jeunes des pays du Sud, durement frappés par le chômage. C’est pourquoi l’Italie est un beau cas d’école ; elle associe  au pouvoir des populistes de droite, favorables aux retraités – la Ligue et des populistes de gauche, adeptes du « revenu citoyen » - Cinq Etoiles. 

Dans la mesure où notre Europe en manque de berceaux est condamnée à voir la moyenne d’âge de sa population continuer à augmenter dans les prochaines années, il est donc erroné de penser que la vague populiste a atteint son point culminant et qu’elle va redescendre, au fur et  mesure que les électeurs prendrait conscience de l’irréalisme des promesses qui leur sont faites.

Permettre aux seniors de continuer à progresser dans leurs carrières. 

Campanella propose quelques pistes, susceptibles à ses yeux de « répondre au sentiment d’insécurité croissant des électeurs vieillissants ». Mettre fin à la mondialisation, comme certains le réclamaient il y a une quinzaine d’années, c’est aussi vain que de prétendre revenir à des technologies d’avant le numérique ou de fermer l’Internet. 

Mais il est possible – je cite - de « trouver un meilleur équilibre entre ouverture et protection, innovation et régulation ». Pour que les forces, nécessairement déstabilisantes, de la mondialisation deviennent « plus tolérables », il faut « responsabiliser les perturbateurs du marché du travail », comme ces entreprises qui licencient les plus de cinquante ans. Ne pas promettre que l’Etat prendra en charge à leur place les travailleurs vieillissants, mais donner les moyens à ceux-ci de trouver leur place. Non pas les rendre plus dépendants de systèmes sociaux qui sont déjà tendus à l’extrême, mais leur offrir des requalifications qui leur permettent de continuer à progresser dans leur emploi. Au lieu de les pousser prématurément vers la retraite, comme on le faisait autrefois. 

C’est à ce prix, je cite que « _anciennes et jeunes générations pourront travailler ensemble_. »

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