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Les deux hommes s'apprécient.

Macron, meilleur interprète des intérêts européens à Washington ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Le couple Macron sera l'hôte de la Maison Blanche cette semaine.

Les deux hommes s'apprécient.
Les deux hommes s'apprécient. Crédits : MANDEL NGAN / AFP - AFP

Donald Trump a été accueilli en grande pompe à Paris à l’occasion de le Fête nationale, l’an dernier. Lundi, c’est le couple Macron qui sera reçu par les Trump. Le président de la République a enregistré à l’occasion de ce voyage une interview qui sera diffusée par Fox News. Sous quels auspices se présente cette visite d’Etat ?

La France pourrait-elle devenir le meilleur interprète des intérêts européens à Washington ? 

C’est la question que pose Célia Belin, cette semaine, dans la revue Foreign Affairs. Un orage flotte au-dessus de l’Atlantique qui s’apprête à éclater sur les rapports euro-américains, prévient cette spécialiste, qui travaille à la fois à la Brookings Institution de Washington et au Centre Thucydide à Paris. 

Les Européens s’inquiètent de voir les Américains quitter le Moyen-Orient en feu, comme s’est engagé à le faire le président américain, aussitôt que le cas Daech serait réglé. Les Etats-Unis sont prêts à remettre en cause le deal passé avec l’Iran sur le renoncement à l’arme nucléaire. Les Européens y tiennent. Trump n’a épargné que provoisoirement l’Union européenne de la hausse spectaculaire des droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Les motifs de grief s’accumulent entre les deux blocs commerciaux. 

Par ailleurs, les « relations spéciales » avec les Etats-Unis dont se targuaient les Britanniques, ont cessé d’être : l’opinion publique britannique déteste trop Trump. Et celui-ci est remonté contre les Allemands, qu’il accuse à la fois d’inonder le marché américain de leurs voitures et de ne pas consacrer suffisamment de moyens à la défense commune dans le cadre de l’OTAN. C’est dans ce contexte qu’intervient le week-end washingtonien du président français, Emmanuel Macron. Peut-il y représenter les intérêts européens, interroge Celia Belin ?

Quand les tropismes traditionnels de la diplomatie française rencontrent les réalignements opérés par Trump.

Pourquoi pas ? Les deux hommes semblent s’apprécier. Ils sont parvenus à nouer une relation personnelle, par-delà leurs divergences. Ce sont de fortes personnalités qui peuvent se vanter d’avoir remisé les partis politiques traditionnels dans leur pays respectif. Mais, poursuit-elle, le rapprochement diplomatique entre les deux pays préexistait à l’élection de Macron, sinon à celle de Trump. 

Certaines constantes dans les traditions françaises en matière de relations internationales – souci de l’indépendance nationale et tropisme européen, passant par une fixation sur le bon état du couple franco-germanique, agaçaient les Américains. On se souvient du discours de Villepin au Conseil de sécurité en février 2003, contre la guerre d’Irak. La France semblait, alors, vouloir réunir tous les opposants à cette guerre, contre les Etats-Unis.

Bizarrement, cette aspiration française à « désoccidentaliser » le monde, qui exaspérait le Département d’Etat, est plus ou moins partagée aujourd’hui par le nouveau président américain. Le réalisme des Français fait écho à celui de Trump, peu désireux de jouer au shérif de la planète, mais bien plutôt de défendre les intérêts des Etats-Unis. Cette administration, écrit-elle, "place les intérêts au-dessus des valeurs". Sous la présidence de Macron, on le sait, la diplomatie française est également appelée à rejeter tout « néo-conservatisme » et à parler le langage des intérêts. Sur ses intérêts, on peut discuter, négocier. Avec les valeurs, c’est beaucoup plus difficile…

L’opinion, en France, nourrit de fortes réticences envers le TTIP. Les Français estiment que l’Europe et l’Amérique du Nord ne jouent pas à égalité sur le plan de la concurrence commerciale.  Et ça tombe bien. Parce que Trump n’est pas chaud non plus. 

En outre, du côté français, on ne regrette certes pas Bush – va-t-en-guerre irresponsable en Irak. Mais pas tellement Obama non plus – l’homme qui trace des lignes rouges en Syrie, puis les oublie, alors que Hollande voulait frapper, lui. On n’oublie pas non plus ce que signifiait le « pivot » d’Obama vers l’Asie : un certain retrait des théâtres du Moyen-Orient (les Américains n’ont pratiquement plus besoin du pétrole arabe) et d’Europe (que le Vieux Continent se débrouille !). 

« Plus que d’autres Européens, écrit Célia Belin, les Français accordent à Trump le bénéfice du doute ». 

Du côté américain, nos interventions en Libye (sous Sarkozy) et au Mali (sous Hollande) ont renforcé, au Pentagon, l’idée que la France demeure l’une des rares puissances militaires européennes à prendre au sérieux. La récente intervention conjointe contre des installations syriennes de fabrication et de stockage d’armes chimiques a rapproché les deux pays. Nous coopérons également dans le Sahel, contre les groupes djihadistes. Les échanges d’informations dans le domaine de l’antiterrorisme sont très poussés. 

Pourtant, la mission Macron à Washington se révèle difficile. D’abord, parce que le président français, qui rêve de faire sauter les vieux partis au Parlement européen, n’a aucun mandat de ses collègues de l’Union européenne pour aller discuter avec Trump. Ensuite parce que, à Washington, si le Pentagone apprécie nos armées, le reste de la classe politique considère la France comme – je cite - épuisée, irréformable, et fragilisée par ses divisions

Autres dossiers où existe une réelle proximité : si la France ne souhaite pas une guerre commerciale sino-américaine, elle juge, comme les Etats-Unis, que la Chine ne joue pas le jeu de la réciprocité dans de nombreux domaines, comme celui des investissements directs étrangers. 

Sur la lutte contre le réchauffement climatique, par contre, il ne peut pas y avoir de convergence : Trump n’y croit pa

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