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Les Gilets Jaunes, vus d'ailleurs

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Le problème de la France est d'abord un problème de mobilité. Géographique et sociale.

C’est souvent sous le regard des autres que nos affaires nationales apparaissent sous leur jour le plus intéressant. Pour une raison simple : les médias étrangers ne sont pas partie prenante de nos conflits franco-français ; alors que nos propres médias, sous prétexte d’informer et de donner à comprendre, font souvent preuve de partis-pris inavoués. 

Commençons par le New York Times. Certes, il y a des points communs entre le Brexit, l’élection de Trump et les Gilets Jaunes, relève l’auteur de l’article, qui a été enquêter sur le mouvement dans l’Oise. Une même réaction d’indignation contre les élites. Mais il y a aussi des spécificités bien françaises. Et l’auteur de l’article, Michael Kimmelman de rappeler le passé. En 1947, un livre avait bouleversé les Français : Paris et le désert français de Jean-François Gravier. Prenant conscience du problème, l’Etat français s’est employé, au début de la V° République, en particulier, à développer des cités régionales, des villes nouvelles. Et il les a reliées par un impressionnant réseau de lignes de chemin de fer.

Plus d’un demi-siècle plus tard, où en est-on ? Ce n’est pas Paris et le désert français, mais une dizaine de métropoles régionales vibrionnantes, en phase avec la mondialisation, mais où le prix du logement est inabordable pour les revenus faibles et moyens, hors secteur social. Et de l’autre côté, des milliers de villes, petites et moyennes d’où les industries et les commerces disparaissent. Et où les transports publics sont en très mauvais état. Parce que la SNCF a privilégié les TGV, qui desservent les métropoles régionales, au détriment des trains régionaux. Alors les gens ont besoin de leurs voitures. Ce que les élites métropolitaines ne comprennent pas.

Et lorsqu’on leur annonce, à ces péri-urbains et villageois, des hausses continuelles des taxes sur l’essence, au nom de la lutte pour le climat, ils voient rouge. Et ils s’habillent du jaune de ce gilet qu’on leur a imposé, après quantité d’autres contraintes, en tant qu’automobilistes. Surtout lorsqu’ils voient passer au-dessus de leurs têtes – je cite – « des avions de ligne crachant des tonnes de carbone emmenant des globe-trotters, ne payant aucune taxe pour le fuel. Ils se voient eux-mêmes accablés par les engagements de respecter les standards européens pris par un président déconnecté. » 

Pour Kimmelman, le problème central de la France est la question de la mobilité. Mobilité géographique, mais aussi et surtout mobilité sociale. Je cite : « Des familles vivant dans des petites villes et travaillant dur, découvrent qu’elles n’ont plus les moyens d’envoyer leurs enfants étudier et travailler dans les grandes villes comme Paris, comme elles le faisaient autrefois. Cette cité se fait gloire d’être une société ouverte, mais pour ces gens-là, elle ressemble davantage à un château médiéval, un endroit fermé.

Un point de vue polonais, découvert sur le site Project Syndicate.  

Deux forces antagonistes sont à l’œuvre dans toute l’histoire moderne de la France, écrit Sierakowski : celles de la révolution et celles du bonapartisme. Emmanuel Macron doit son élection au courant bonapartiste – les moments bonapartistes sont des périodes de réformes dans l’ordre, quand le pays éprouve le besoin de se ressaisir après des moments de trouble. Mais Macron s’est trompé sur les causes de son succès. Il a imaginé que ses compatriotes l’avaient porté au pouvoir pour réformer l’Union européenne. Or, les Français ne sont pas particulièrement intéressés par les questions européennes. Au début, ils ont été flattés de voir que la France avait retrouvé un statut international, grâce à ce jeune président si sûr de lui. 

Mais très vite, ce sont les problèmes nationaux qui sont revenus en haut de leurs préoccupations. Or, ils constatent une stagnation de leur pouvoir d’achat. Pour toute sorte de raisons, qui tiennent notamment à la présentation de sa politique par les médias, Macron est apparu comme favorable aux riches. Il a supprimé l’impôt sur la fortune mobilière qui n’existe plus dans aucun pays européen. Et lorsque son gouvernement a annoncé une série d’augmentation des prix des énergies tirées du pétrole, afin de réduire les émissions de dioxide de carbone, une partie de la population est entrée en rébellion. 

Les Français ne sont pas hostiles à l’écologie. Ils sont aussi conscients que les autres peuples de la menace planant sur le climat de la planète. Mais lorsqu’on ne peut pas joindre les deux bouts, l’ordre des priorités n’est pas le même que celui des gens aux revenus confortables. Les Gilets Jaunes proviennent des classes moyennes inférieures et non du bas de l’échelle sociale. Ce sont souvent des travailleurs pauvres, appartenant souvent dans le précariat. Ils travaillent énormément, mais ne bénéficient ni de la sécurité, ni des protections sociales. Ils ont le sentiment que leur détresse n’intéresse pas les gouvernants. Ils ont été chassés des grandes villes et doivent couvrir des dizaines de kms en voiture pour travailler, consommer. Oui, le problème français est un problème de mobilité. 

PS. Je ne suis pas responsable de l'editing désastreux de cette chronique. Le site fonctionne exceptionnellement mal... BC.

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