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La gauche américaine a-t-elle un avenir ?

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Elle est menacée à son tour par e tribalisme, le nationalisme économique, la fermeture face à l'immigration...

Il y aura un après Trump. La gauche américaine a-t-elle un avenir ? 

Question provocatrice, tant la plupart des Démocrates sont persuadés que Trump est une anomalie historique, une aberration qui ne saurait durer. Il y a encore un mois ou deux, les sondages prévoyaient une « vague bleue » aux élections de mid-term, en novembre. Les Démocrates (en bleu, aux Etats-Unis) se voyaient déjà conquérir les 23 sièges (sur 435) qui leur permettraient de ravir la majorité aux Républicains. Ainsi, Trump, ligoté dans la deuxième partie de son mandat, arriverait-il en mauvaise posture aux présidentielles dans deux ans. Et l’affaire serait dans le sac.

Mais les sondages les plus récents montrent que l’écart entre les deux partis se resserre. Selon CNN, le taux d’approbation du Parti démocrate est de 35 %, contre 32 % pour les Républicains. Paradoxal, puisque, dans le même temps, la cote de popularité personnelle du président Trump ne cesse de baisser. Les instituts donnent des taux d’approbation de sa politique qui oscillent, selon les cas, entre 41 et 46 %, tandis que ceux qui la désapprouvent, majoritaires, sont estimés aux alentours de 46 et 54 %. (Realclearpolitics.com) Selon CNN, 48 % des sondés sont décidés à soutenir « une candidature qui promettra de réduire le pouvoir de Donald Trump ». 

Le mois dernier, dans les colonnes du New York Times, l’éditorialiste David Brooks écrivait que la victoire de la gauche lui semblait plus que probable. Trump n’a pas calmé l’anxiété de la classe ouvrière, alors qu’elle a constitué la base de son socle électoral en 2016. Les Républicains sont en train de devenir le parti d’une « minorité vieillissante ». Alors que la génération des Millenials perd confiance dans le capitalisme. La percée de Bernie Sanders aux primaires démocrates a démontré que le centre-gauche libéral, incarné par le couple Clinton, mais aussi par Barack Obama, a perdu la partie. Selon David Brooks, la vie politique américaine est actuellement dominée par un face-à-face entre le populisme trumpien et le progressisme à la Bernie Sanders/Elizabeth Warren (sénatrice du Massachusetts, pressentie pour le poste de vice-présidente d’un ticket avec Bernie Sanders). 

Et David Brooks, qui lit et commente tout ce qui paraît de nouveau et d’intéressant, de citer un ouvrage collectif que viennent de publier les Presses universitaires de Columbia sous la direction de l’économiste David Coates, intitulé Reflections on the Future of the Left. D’après ses auteurs, la gauche ne devrait plus avoir pour objectif le remplacement du capitalisme, mais de le faire, au contraire, mieux fonctionner dans l’intérêt du plus grand nombre. « Le marché est un outil, incroyablement malléable, écrit ainsi l’un des auteurs. Il peut être structuré de manière à redistribuer la richesse vers le bas comme vers le haut. » Et de recommander l’instauration d’une taxe sur les transactions financières ; une politique monétaire visant prioritairement le plein emploi ; une réduction de la durée du travail, afin de tendre le marché de l’emploi et de faire ainsi grimper les salaires. 

La gauche, menacée à son tour par le tribalisme. Via la politique des identités. 

On peut discuter ces différentes mesures, poursuit David Brooks, mais ce n’est pas cette gauche-là, redistributrice, qui a le vent en poupe aux Etats-Unis. Ce qui est dans l’air, à droite comme dans la nouvelle gauche, c’est le tribalisme. Une idéologie anticapitaliste, dans la mesure où il conçoit l’économie comme un jeu à somme nulle. ; et qui développe une sale mentalité, selon laquelle ce qui est gagné par « les miens » est nécessairement pris sur « les autres ». Il met l’accent sur ce qui divise, non pas sur la solidarité et la cohésion sociale. Le tribalisme de droite, c’est celui de Donald Trump : un autoritarisme ethnique. Le tribalisme de gauche, lui, pourrait déboucher sur une dictature à la Chavez.

Un tel risque, beaucoup agité par la droite, est assez peu crédible aux Etats-Unis, où les traditions démocratiques sont très profondes. Certes, mais Brooks répond que le tribalisme emprunte deux voies pour pénétrer les esprits de gauche. Celle de la politique des identités, qu’accompagne le sectarisme. Et celle du nationalisme ; c’est en particulier le cas dans le domaine économique : sur le commerce international, les positions de Sanders, protectionnistes, ne diffèrent guère de celles de Donald Trump. 

Mais même sur l’immigration, le discours de Bernie Sanders, durant sa campagne, était inhabituellement dur. Au motif de protéger les salaires des ouvriers américains contre la concurrence déloyale des immigrés illégaux, il a adopté des positions plus « fermées » qu’ « ouvertes ». 

Le tournant des partis sociaux-démocrates européens sur l'immigration. 

Or ce tournant, un grand nombre de partis sociaux-démocrates européens sont en train de le prendre à leur tour. Voici ce qu’écrit Michael Bröning, l’un des directeurs du think tank du SPD allemand, la Friedrich Hebert Stiftung: « Face à un flux continu de réfugiés et de migrants, venant principalement du Moyen Orient et d’Afrique, les électeurs européens ont fait d’une série d’élections récentes autant de référendums sur l’immigration. » Et ce sont les mouvements populistes de droite qui en ont largement bénéficié. 

Mais – je résume - depuis quelques mois, un grand nombre de partis sociaux-démocrates ont compris la leçon et ont adapté leur discours. Partout en Europe, les partis de centre-gauche adoptent des programmes de maîtrise des flux migratoires et de renvoi des illégaux. « _D’un certain point de vue, conclut Bröning, la nouvelle orientation des sociaux-démocrates sur l’immigration est une réponse nécessaire à la demande des électeurs. Les efforts pour limiter ou gérer les migrations ne sont pas nécessairement empreints de racisme ou de xénophobie. L’important est de garantir que les réponses politiques demeurent moralement acceptable_s. » La voie est étroite… 

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