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L'Italie, le nouveau pion européen gagné par la Chine

5 min
À retrouver dans l'émission

Mauvais pour l'Europe, mais mauvais aussi pour l'image de la Chine...

Le gouvernement populiste italien dirige un pays au bord de la banqueroute. Il n'avait guère le choix... 

L’Initiative « One belt, one road, Une ceinture, une route », ce que nous appelons, nous la Nouvelle Route de la Soie, « c’est un train que l’Italie ne peut pas se permettre de manquer. » C’est ce qu’a déclaré le ministre de l’Economie et des Finances, Giovanni Tria. L’Italie sera, dès la fin de cette semaine, à l’occasion de la visite d’Etat du président XI Jinping à Rome, le premier pays du G 7, et le seul membre fondateur de l’Union européenne à ce jour, à s’embarquer dans ce colossal projet chinois. 

En échange de ce geste d’ouverture, Xi annoncera que la Chine va investir , en Italie, dans les infrastructures, les secteurs de l’énergie, de l’aéronautique et des télécommunica-tions. Un mémorandum comportant 50 projets communs sino-italiens sera signé en grande pompe. Salvini, réticent, a obtenu que Huawei ne se voit pas attribuer l’équipement du pays en 5 G.

On peut comprendre Giovanni Tria. L’Italie subit une croissance stagnante depuis des années. Depuis le deuxième semestre de l’an dernier, elle est même tombée en récession. Le taux d’emploi de la population en âge de travailler est la plus basse de l’OCDE (60 %, contre près de 80 en Suède…). La population vieillit, mais la coalition populiste au pouvoir n’a rien trouvé de plus urgent que de d’abroger la réforme des retraites votée par ses prédécesseurs. Et depuis le 6 de ce mois, tous les Italiens dont le revenu est inférieur à 9 360 Euros annuels peuvent réclamer de l’Etat un « revenu de citoyenneté » d’un montant maximal de 780 Euros. Il y aurait cinq millions de bénéficiaires. La dette publique, 130 % du PIB, représente 38 000 euros par Italien. Les banques italiennes sont fragiles. De nombreuses grandes entreprises italiennes, à commencer par Alitalia, ont des besoins urgents de recapitalisation. Quand on dirige un Etat au bord de la faillite, on est enclin aux tentations. Rome se jette sur l’argent que la Chine lui fait miroiter. 

A l’heure qui l’est, les échanges commerciaux entre l’Italie et la Chine sont modestes : elle exporte pour 13 milliards et importe pour 29 milliards. La Chine a investi environ 14 milliards en Italie. Mais l’Italie devrait y regarder à deux fois avant de se lancer dans l’aventure chinoise, prévient l’économiste Paola Subacchi. Pas tant du fait de la taille réciproque des deux économies – celle de la Chine pèse plus de 6 fois celle de l’Italie. Mais parce que la route de la Soie est une initiative opaque

A la différence d’autres initiatives chinoises, comme la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, la Nouvelle Banque de Développement, n’est nullement dirigée dans une optique multilatérale. L’Italie n’est pas en position, comme elle le proclame, d’exiger de la Chine le respect des normes européennes. Chacun sait que l’économie chinoise n’est pas une économie capitaliste classique. De nombreuses entreprises chinoises, censées privées, sont de fait entre les mains de l’Etat. Et cela va introduire des facteurs de distorsion de la concurrence qui vont se révéler désastreux pour les entreprises européennes. 

Allemands et Français sont furieux. Ils ont tenté, in extremis, de convaincre le gouvernement de Giuseppe Conte de ne pas s’engager aussi loin, dans cette liaison avec la Chine.

Oui, ils ne lui diront pas, mais Macron et Merkel estiment que le haut niveau de corruption que connaît l’Italie, la fragilité de ses protections contre le cyber-espionnage, la fragilité de son Etat, inquiètent ses partenaires européens. Tout destine l’Italie à devenir le cheval de Troie de la Chine en Europe. Après la Grèce, qui leur a vendu le port du Pirée et le Portugal, l’Italie annonce qu’elle va offrir des facilités aux Chinois dans le port de Trieste. Porte d’accès aux marchés de l’Europe centrale. Pékin a monté le groupe 16 1, Chine pays d’Europe centrale et des Balkans, qui apparaît comme une structure rivale de l’UE. L’Italie est le nouveau pion de l’échiquier européen à basculer. 

Les nouveaux dirigeants populistes taliens se sont isolés, au Conseil européen, par leurs provocations. Cela a conforté, sans doute, leur popularité chez eux. Mais cela les a privés du soutien de leurs amis habituels – dont la France. En sautant à bord du train chinois, ils vont se couper encore davantage de l’UE. Donald Trump, dont l’administration comptait de nombreux amis des populistes européens, est également furieux. 

Après avoir longtemps hésité, tergiversé, les Européens semblaient pourtant sur le point d’adopter une position commune face à la Chine. La Commission a publié il y a quelques jours un document d’orientation en dix points, selon lequel la Chine ne doit plus être considérée comme « un pays en développement », mais comme « un rival systémique ». Changement total de ton en trois ans. En 2016, la même Commission appelait à « saisir les chances pour renforcer les relations avec la Chine ».

Mais Pékin a démontré sa capacité à jouer les pions européens les uns contre les autres. Et maintenant, la Chine inquiète l’Europe. Cette alliance sino-italienne est désastreuse pour l’image de l’Italie. Mais elle est n’est pas bonne non plus pour l’image que la Chine entend donner d’ellle-même.

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