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Le couple présidentiel.

Des présidents comme FD Roosevelt, on n'en fait plus aux Etats-Unis !

5 min
À retrouver dans l'émission

Le pays part à la dérive, écartelé par les politiques de l'identité. Mais il manque de dirigeants capables de le mobiliser derrière un grand projet réformateur.

Le couple présidentiel.
Le couple présidentiel. Crédits : ARCHIVES SNARK / PHOTO12 - AFP

Les Américains, grands consommateurs de biographies présidentielles

David Nasaw l’écrit dans le New York Times : les Américains adorent lire des biographies de leurs présidents. Un peu comme nous, celles de nos rois, empereurs et autres grands personnages historiques. La première biographie de George Washington fut publiée, aux Etats-Unis, dés l’année 1800. Depuis, près de 1 900 autres l’ont suivie. On se demande ce que chacune a pu apporter. Et surtout si l’auteur de la 1 900° a vraiment lu les 1 899 précédentes... Mais Washington a été battu par Abraham Lincoln qui, lui, a eu droit à plus de 2 200 biographies. 

Quant à Franklin D. Roosevelt, qui nous a occupé cette semaine, environ 800 lui ont déjà été consacrées, selon David Nasaw qui est, je le précise, lui-même auteur d’une biographie du père de John et Bob et Ted Kennedy, publiée sous le titre « The Patriarch ». Et il précise que, parmi les plus récentes, celle de Frank Freidel, qui comporte tout de même cinq volumes s’arrêtait en 1933 – la première année de son premier mandat en tant que président ! Celle entreprise par Arthur Schlesinger, en trois tomes, va jusqu’à sa première réélection, en 1936. Les plus récents biographes de Roosevelt sont morts à la tâche, comme Kenneth C. Davis.

Franklin D Roosevelt, A Political Life par Robert Dallek, la dernière de ces bios, a le mérite de couvrir la totalité de la carrière politique du président américain. Qu’apporte-t-elle de nouveau ? Pas mal de choses, d’après les critiques. Parce que Dallek a eu accès à certains documents cachés sous son lit jusqu’à sa mort par une femme qui a joué un rôle capital auprès de Roosevelt. Daisy Suckley, qui était sa cousine, sa confidente et dans le cottage il aimait se réfugier, a été la responsable des archives de Roosevelt. Mais elle avait conservé une liasse de lettres de la main de Roosevelt. Elles ne comportaient rien de sentimental, car si le président eut de nombreuses liaisons, sa cousine n’en fit pas partie. Mais ces documents révèlent, paraît-il, un Roosevelt très différent de celui qu’ont popularisé l’imagerie officielle – imperturbable et confiant. Le président que révèlent ces documents est, au contraire, un homme doutant d’être à la hauteur de la tâche, découragé par la virulence des critiques, épuisé par sa fonction.

Roosevelt, un président ligoté par le Congrès en politique étrangère et censuré par la Cour suprême en matière de réformes

C’est que les pouvoirs d’un président américain étaient et sont encore plus limités qu’on l’imagine. La politique étrangère était contrôlée par le Congrès et une part importante de ses réformes furent bloquées par la Cour suprême au cours de son premier mandat. Il subit ses rebuffades jusqu’en 1936. Mais son écrasante victoire aux présidentielles de cette année-là lui donna la légitimité suffisante pour remplacer les juges conservateurs de la Cour par d’autres, acquis à sa cause. Et il purgea sa majorité démocrate de certains élus du Sud, qui lui étaient hostiles. Et cependant, il demeura largement entravé durant ce deuxième mandat. Roosevelt n’a jamais pu aller jusqu’au bout de ses projets de réforme, malgré son acharnement et le soutien de la majorité de l’opinion.

Qu'écriront les futurs biographes de Donald Trump ?

Mais bien sûr, tous les historiens, essayistes et journalistes qui rendent compte du livre de Robert Dallek en arrivent tous à la même conclusion : et de l’actuel président des Etats-Unis, que diront ses biographes ? David Nasaw insiste sur le sérieux avec lequel Roosevelt abordait ses responsabilités, le sens moral qui guidait sa politique, la dignité avec laquelle il a incarné sa fonction. Chez Roosevelt, écrit Nasaw, « chaque mot était choisi avec soin, articulé avec force et précision, mais _jamais sarcastique ni dédaigneux_. » Son but n’était pas de remuer ses supporters, mais d’éduquer un large public, de l’amener à partager ses préoccupations. En creux, le lecteur américain est amené à comparer lui-même avec avec l’amateurisme et le nihilisme qui caractérisent le style et le fond de son lointain successeur…

Dans Prospect, Michael Ignatieff élargit la perspective et demande : Que pouvons-nous apprendre de Roosevelt ? Une époque telle que celle qu’il a contribué à forger peut-elle réapparaître ? Et il craint que la réponse soit négative. Les raisons ? « _Le sens d’une cause commune a disparu aux Etats-Unis_. Le pays est fracturé par la politique des identités, les guerres culturelles. Les intérêts économiques et sociaux sont obscurcis par des distinctions raciales ou régionales. »

Pourtant, conclut Ignatieff, « quelque chose comme la grande coalition de Roosevelt devra bien renaître si tous les problèmes auxquels sont confrontés les Etats-Unis doivent être surmontés". A savoir : la montée des inégalités, la fragmentation institutionnelle, la destruction de l’environnement, et par-dessus tout, le sentiment d’une dérive contre laquelle le pays se sent impuissant.

On demande un nouveau Roosevelt, afin de sauver le capitalisme de lui-même...

« Roosevelt, dit-on souvent, a sauvé le système capitaliste de lui-même. Celui-ci en a besoin à nouveau aujourd’hui. Et ce sauvetage requiert des leaders aussi dénués de peur et de sentimentalisme que le fut Roosevelt. »

Je rappelle que Michael Ignatieff, recteur de l’Université d’Europe centrale de Budapest mène en ce moment un combat décisif pour la survie de cette prestigieuse institution contre le gouvernement de Viktor Orban, qui voudrait la fermer. 

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