LE DIRECT

Souveraineté des peuples ou droits des individus, il faudra choisir...

5 min
À retrouver dans l'émission

Derrière le nouveau clivage, opposant libéraux et partisans des démocraties illibérales, des enjeux philosophiques considérables.

Etre "libéral", qu'est-ce que ça veut dire ? (Aux yeux des partisans du libéralisme - ce qui nous changera un peu de sa définition par ses seuls adversaires...)

« Etre libéral signifie avant tout être pro-européen. Mais c’est aussi croire aux Droits de l’homme universels, aux libertés individuelles, à une économie mondiale dont nous pouvons profiter et dont nous pouvons limiter les écueils, à un Etat capable de garantir l’égalité des chances et d’être source d’innovation, à une démocratie plus participative, à la valeur de la négociation et du consensus, à la nécessité de promouvoir les réformes mondiales de l’Agenda 2030, au premier rang desquelles figure la lutte contre le changement climatique, et bien sûr avec la conviction que nous devons affronter les xénophobes au grand jour, sans manœuvres tacticiennes. Si tu partages ce point de vue, je dirais que tu es libéral, que tu le saches ou non. » 

Voilà ce qu’écrivait, hier, dans le quotidien L’Opinion, l’Eurodéputée espagnole, Beatriz Becerra, vice-présidente de la Commission Droits de l’Homme. Elle vient de publier un livre en espagnol titré « _Tu es libéral, mais tu ne le sais pa_s. »

Mais efforçons-nous d’être fidèle à notre belle devise : « France Culture, l’esprit d’ouverture ». Moi, je la prends au sérieux. J’ai donc cherché la formulation la plus élaborée sur le plan philosophique de la version opposée, celle de la « démocratie illibérale » : c’est chez les disciples de Carl Schmitt qu’on a la meilleure chance de la trouver. 

Souveraineté populaire versus droits de l'individu.

Ce mois-ci, dans la revue Eléments, Alain de Benoist se livre à une déconstruction en règle du libéralisme politique, tel que le formule, par exemple, Beatriz Becerra. Pour lui, il faut choisir : la véritable souveraineté du peuple et le pouvoir politique du citoyen, ou bien les droits sans cesse plus étendus de l’individu

Dans le système européen actuel, la souveraineté nationale est grignotée non seulement par les institutions communautaires, mais surtout par le Droit et le pouvoir que se sont arrogés les juges européens de poser sans cesse de nouvelles normes, encadrant ainsi toujours plus étroitement la liberté politique des nations. A ses yeux, les gouvernements européens ont perdu, peu à peu, l’indépendance nécessaire pour défendre, comme ils le devraient, le droit de leurs communautés nationales, à défendre leurs intérêts, et même à persister dans leur être. Puisqu’on leur impose de substantielles modifications de leur population.

Il n’a pas tort, Alain de Besnoist, de prétendre que les libéraux, rationalistes et éclairés – dans l’esprit des Lumières – se sont toujours méfiés des instincts spontanés des peuples. Aussi longtemps qu’ils l’ont pu, ils ont bridé la volonté populaire en maintenant le suffrage censitaire. A présent, ils tendent à canaliser l’action des gouvernants élus, à travers le contrôle de constitutionnalité et le respect des normes internationales. Les libéraux se méfient des pouvoirs. Et c’est pourquoi, ils visent à les limiter par toute sorte de moyens – en particulier, en divisant entre elles les sources de l’autorité. 

Du coup, et c’est plus grave encore, aux yeux de ce schmittien, ce système, parce qu’il repose sur un système de normes, d’application automatique, tend à dépolitiser la vie politique et à rendre impossible les prises de décision, lorsqu’elles s’avèrent nécessaires. 

Le nouveau clivage politique en Europe et la fin de l'alliance entre libéraux et conservateurs aux Etats-Unis.

Oui, car il oppose, d’un côté, les adeptes d’une souveraineté nationale sans obstacles, de l’autre, les partisans d’une démocratie libérale, attachée aux droits de l’homme et à l’Etat de droit. Ce n’est plus le clivage droite/gauche, ce n’est pas non plus tout à fait celui qui sépare fédéralistes et souverainistes en Europe, même s’il le recoupe en partie. 

Oui, conservateurs et libéraux s’opposent, alors qu’ils ont fait, autrefois, cause commune contre le communisme et le socialisme. C’est ce que rappelle Peter Kolozi, dans un livre récemment paru aux Etats-Unis, Conservatives against Capitalism. Les deux courants convergeaient encore contre les extensions de l’Etat-providence, sous Obama. Mais ils divergent à présent, puisque les libéraux classiques ont soutenu Hillary Clinton et la majorité des conservateurs, Donald Trump. 

Les libéraux défendent l’individu et ses droits, les opportunités nées de la liberté des échanges. Politiquement, ils entendent favoriser la mobilité, sociale comme géographique, l’innovation. Ils sont animés d’une confiance raisonnable en l’avenir

Les conservateurs défendent les communautés historiques et au premier chef, les nations, la famille, les religions. Ils sont de tempérament pessimiste et défensif. Ils estiment que les maux de l’époque ont été provoqués par des élites hors-sol parce que mondialisées. Les libéraux se recrutent précisément dans ces élites mondialisées, mais se considèrent comme citoyens du monde.

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......