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Ne pas oublier le massacre de la place Tiananmen

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Il y a trente ans, des milliers d'étudiants chinois mouraient, les mains nues, sous les balles des soldats de leur propre pays, pour la cause de la liberté et de la démocratie.

A l'occasion d'une visite de Gorbatchev, l'homme de la perestroïka... 

En 1989, des dizaines de milliers d’étudiants manifestaient, en Chine, pour la liberté et les droits de l’homme. 

« Il y a trente ans, ce mois-ci, j’étais à Pékin, en tant que ministre britannique du développement à la conférence annuelle de Banque asiatique de développement », ainsi commence l’article mis en ligne par Chris Patten hier. Mais, poursuit-il, le souvenir de ce meeting a été totalement évincé par deux événements qui se sont produits au même moment et qui sont liés entre eux. La visite du leader soviétiqueMikhaïl Gorbatchev. Et les manifestations monstres de la place Tiananmen. 

Dans tous les pays soumis au joug communiste à travers le monde, Gorbatchev incarnait l’ouverture, la réforme, la perspective d’élections libres. Les étudiants chinois voulurent exprimer leur propre désir éperdu de démocratie. Mais les dirigeants redoutaient ce vent de réformes. Ils redoutaient que l’exemple de la perestroïka soviétique ait raison du régime de parti unique auxquels ils devaient leur propre pouvoir. 

Le vent réformiste qu’avait fait souffler Deng Xiaoping, après la mort de Mao Tsé-toung, venait juste de connaître un premier coup d’arrêt, avec la nomination, à la tête du gouvernement, d’un conservateur, Li Peng. Alors même que le secrétaire général du Parti communiste, Hu Yaobang, en qui on avait cru voir un possible Gorbatchev chinois, avait, lui, été évincé au début de 1967. C’est sa mort, le 15 avril 1989, qui donna le coup d’envoi aux manifestations. 

Une célébration du mouvement du 4 Mai 1919.

Le 4 mai, des dizaines de milliers d’étudiants occupèrent la place Tien An Men, face à la Cité interdite. Les manifestants célébraient le souvenir du Mouvement du 4 mai 1919. Soixante-dix ans plus tôt, au même endroit, des étudiants et des intellectuels chinois s’étaient rassemblés pour exiger « la fin du féodalisme » et la liberté d’expression. Leurs successeurs entendaient renouer avec cette tradition d’ouverture et de modernisation. En 1919, les étudiants contestataires avaient édifié deux statues, l’une représentant la Science, l’autre la Démocratie. Leurs descendants érigèrent, eux, une statue de la Liberté.

Comme le rappelle Ian Buruma, la grande figure littéraire du 4 Mai 1919, c’était le fameux essayiste et nouvelliste Lu Xun. Il venait de publier l’une de ses œuvres les plus célèbres, Le journal d’un fou. Quelques années plus tard, il devait fonder la Ligue chinoise des droits de l’homme. Mais les manifestants du 4 Mai 1919 se divisèrent entre une fraction modérée et une autre, radicale et communisante, avec laquelle Lu Xun rompit très tôt. C’est pourquoi il est paradoxal que le Parti communiste, dès l’époque maoïste, ait prétendu annexer la mémoire de cet écrivain, discrètement ironique et volontiers pessimiste.

Les massacres dans la nuit du 3 au 4 juin 1989.

De la même façon, écrit Chris Patten, les étudiants de place Tiananmen en 1989, « étaient divisés entre ceux qui considéraient un compromis avec les autorités comme une reddition, et ceux qui estimaient que retourner librement à leurs études leur garantirait des bases morales solides pour l’avenir. » 

« Nous connaissons la suite », poursuit-il. Alors que le secrétaire-général du Parti communiste, Zhao Ziyang, un réformiste, avait paru ouvert au dialogue avec les manifestants, les tenants de la vieille garde communiste, exigèrent la proclamation de la Loi martiale. Et l’envoi des chars pour mater les étudiants. Devant leur refus d’évacuer la place, la direction du Parti autorisa un bain de sang. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1969, l’armée tira à l’arme lourde sur des étudiants pacifiques. On estime généralement le nombre de morts à près de 2 000. « L’Armée populaire de libération – je cite Chris Patten a massacré les gens qu’elle était censée protéger. » 

Les garanties données par Pékin à Hong Kong de plus en plus violées.

Son témoignage est poignant si l’on se souvient qu’il a été le dernier gouverneur britannique de Hong Kong, avant sa rétrocession à la Chine de cette colonie britannique. Chaque nuit du 4 juin, à Hong Kong, une centaine de milliers de personnes se réunissent pour une veillée à la mémoire des étudiants massacrés place Tiananmen. En Chine populaire, l’évocation de cette tache noire dans l’histoire du pays est strictement interdite. Mais cette année, le contrôle de Pékin s’étant considérablement alourdi depuis l’accession au pouvoir de XI Jinping, on redoute d’y subir aussi la répression. 

Et Chris Patten rappelle les engagements solennels auxquels ont souscrit les dirigeants chinois envers la Région administrative spéciale de Hong Kong. Or, sur pressions de Pékin, le gouvernement local vient de proposer une loi autorisant l’extradition de ses ressortissants en Chine populaire. " Jusqu’à présent, prévient l’ancien gouverneur de Hong Kong, le refus d’extrader a été un pare-feu crucial entre cette ville qui respecte le règne de la loi et un Etat qui ne fait pas de distinction entre la justice, la direction du Parti et les services de Sécurité. " 

Pékin est en train d’alimenter sur place un courant favorable à l’indépendance. Ce n’est certes pas dans l’intérêt de la Chine : Honk Kong est le 3° plus important centre financier du monde. Et pour Taïwan, l’exemple des promesses non tenues par Pékin constitue un avertissement.

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