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Géopolitique de l'énergie : des gagnants et des perdants

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Se méfier du "déclin des Etats-Unis".

Longtemps, la géopolitique de l’énergie a favorisé les Etats pétroliers du Golfe, puis la Russie qui contrôlait les pipelines par lesquels transitait le gaz destiné à l’approvisionnement de l’Europe. Aujourd’hui, en Europe, mais aussi dans plusieurs Etats américains important, comme la Californie, la priorité va aux énergies renouvelables. En quoi cela modifie cette « géopolitique de l’énergie » ?

Meghan O’Sullivan, spécialiste de ce sujet, met en garde contre l’illusion selon laquelle la transition énergétique mettrait fin aux rapports de puissance dictées par la soif énergétique. L’idée selon laquelle, chacun ayant installé des panneaux solaires photovoltaïques sur son toit et les villes étant alimentées en électricité par d’immenses parcs éoliens, on en aurait fini avec « les guerres pour le pétrole » est charmante. Mais elle n’est pas réaliste. 

D’abord, parce que, comme elle l’écrit, même si la Californie parvenait à couvrir la totalité de sa consommation d’électricité grâce aux énergies renouvelables, les voitures et camions qui y roulent continueraient, eux, à être équipés de moteurs à essence. Ensuite, parce que la construction d’éoliennes, de panneaux photovoltaïques et de batteries de stockage nécessite l’usage de métaux très particuliers, en particulier les fameuses « terres rares ». Et que la Chine a mis la main sur leur production. Alors, oui, les plaques tectoniques de la géopolitique de l’énergie sont en train de basculer. Mais cette géopolitique n’est pas près de disparaître. Il y a des perdants et des gagnants. Voyons lesquels. 

Les perdants de la nouvelle donne énergétique : les producteurs du Moyen Orient.

Du côté des hydrocarbures, il est clair que le pouvoir de fixer les prix a échappé aux pays producteurs du Moyen Orient. « L’arme du pétrole » s’est émoussée. C’est pour pouvoir accroître sa production de pétrole que l’Iran a accepté de geler nucléaire. Devant la ruée des Américains sur les gaz et pétroles de schistes, les Saoudiens ont tenté, dans un premier temps, de provoquer un effondrement des prix en augmentant leur propre production. Il y a cinq ans, le prix d’équilibre du baril extrait par cette technique était de l’ordre de 80 dollars le baril. Lorsque les cours descendaient en-dessous, les forages étaient abandonnés. Mais aujourd’hui, l’amélioration des techniques, aux Etats-Unis, a permis de ramener ce prix d’équilibre à 47 dollars. Du coup, l’OPEP a changé de stratégie et depuis la fin 2016, elle a fixé l’attribution de quotas entre ses membres, pour tenter de faire remonter les prix.

En vain. Comme le dit Meghan O’Sullivan, la révolution des gaz et pétroles de schistes augmente la puissance des Etats-Unis. L’énergie bon marché dont ils disposent désormais leur permet de retrouver leur compétitivité perdue. En particulier dans les industries à forte intensité énergétique, comme la pétrochimie, l’aluminium et l’acier. 

Au point que Joseph Nye met en garde contre le « mythe du déclin américain ». Oui, l’économie a redémarré aux Etats-Unis, suggère ce démocrate, ancien membre du gouvernement de Bill Clinton… et Trump qui triomphe bruyamment n’y est pour rien. Je cite l’ancien président du National Intelligence Council : « La révolution des schistes a changé les choses, en démontrant que la combinaison de l’esprit d’entreprise, du système juridique du droit de propriété, et les marchés de capitaux constituait la vraie force du pays ». Autre avantage diplomatique pour les Etats-Unis, relevé par Joseph Nye, la moindre dépendance de certains Etats d’Amérique centrale et latine envers les exportations vénézuéliennes. Ce pays « ne pourra plus acheter leurs votes aux Nations-Unies et dans les organisations régionales des Caraïbes ».

L’auto-suffisance énergétique, en vue aux Etats-Unis, explique-t-elle le tournant isolationniste promis par Donald Trump ?

Bien des spécialistes raisonnent ainsi : le leadership retrouvé des Etats-Unis dans la production d’hydrocarbures explique leur discrétion, face aux Russes et aux Iraniens, dans le conflit syrien. Le "pivot vers l’Asie" d’Obama, c’est une façon de proclamer que le Moyen Orient ne les intéresse plus. Joseph Nye ne croit pas à cette théorie. En tous cas, il ne souhaite pas que Washington, échaudé par ses échecs en Afghanistan et en Irak, se désinvestisse de la région. Une guerre entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ou un attentat de grande ampleur qui bloquerait le passage des super-tankers à travers le détroit d’Ormuz, provoquerait une hausse immédiate des prix du brut, estime-t-il. Elle n’affecterait guère les Etats-Unis, parvenus à un état de quasi-suffisance énergétique. Mais elle mettrait nombre d’alliés en fâcheuse situation. Au premier rang, les Japonais et les Européens. Et cela ne devrait pas laisser indifférents les Américains.

la Russie a perdu le pouvoir de fermer le robinet à gaz.

Autre changement essentiel de la nouvelle donne énergétique, le pouvoir que conférait à la Russie le contrôle des robinets à gaz qui traversent son territoire, recule également. L’industrie mondiale du gaz naturel liquéfié est entrée dans une période de surproduction. « La capacité à user du pétrole et du gaz comme d’une arme géopolitique » a disparu, conclut avec beaucoup d’optimisme Samuele Furfari

Le même spécialiste met en garde contre l’idée que les renouvelables pourraient prochainement rivaliser avec les combustibles fossiles. Ceux-ci continuent à satisfaire, qui, selon lui, « plus de 80 % des besoins énergétiques mondiaux et sont voués à demeurer la colonne vertébrale de la production énergétique mondiale dans un avenir relativement proche. Ce n’est probablement pas une bonne nouvelle pour ceux qui préconisent une sortie immédiate des hydrocarbures. » 

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