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Sid Vicious lors du dernier cpncert des Sex Pistols le 14 janvier 1978 à San Francisco.

Autodestruction d'un crétin

4 min
À retrouver dans l'émission

La brève carrière de Sid Vicious et l'implosion des Sex Pistols.

Sid Vicious lors du dernier cpncert des Sex Pistols le 14 janvier 1978 à San Francisco.
Sid Vicious lors du dernier cpncert des Sex Pistols le 14 janvier 1978 à San Francisco. Crédits : Michael Ochs - Getty

Beaucoup de livres ont été écrits sur l’épopée des punks. Il en est notamment question dans « L’envers du rock » de Nick Kent… Ce rock-critique, désormais installé en France, était déjà une légende lorsqu’il entendit parler des Sex Pistols. Il songeait alors à passer de l’autre côté de la barrière et à devenir musicien. Il a joué avec les Sex Pistols, à leurs tout débuts. Le chapitre qu’il consacre à Sid Vicious, « autodestruction d’un crétin », est accablant. « C’était, écrit-il, un bagarreur teigneux qui se contentait de vous rentrer dedans, tous membres dégingandés dehors, en ricanant bêtement. Il pouvait néanmoins être dangereux » car il semblait incapable d’éprouver la souffrance. Nick Kent s’est pris un coup de chaîne de vélo sur la tête…

Et il évoque une anecdote déjà rapportée par Jon Savage dans England’s Dreaming. Dans le vieux bus qui trimballait les Sex Pistols à travers les Etats-Unis pour leur ultime tournée, en janvier 1978, il y avait deux photographes américains. L’un d’eux, Joe Stevens portait des bottes de chantier, achetées à New York. Sid Vicious flashe sur ces superbes bottes et demande à Stevens de les lui donner. Refus. Témoignage de Joe Stevens, recueilli par Jon Savage : « pendant que je dormais, Sid prit un grand couteau de chasse et le posa sur ma gorge, en disant à Johnny Rotten : « _Si je le tue, je pourrais avoir ses bottes_. » Johnny ne dit rien, il se contentait de regarder ce que l’autre allait faire. Sid changea d’avis apparemment et ne me tua pas. Quand je me suis réveillé, il portait mes bottes. » 

Cette tournée américaine servit de révélateur au groupe emblématique du punk-rock britannique. Elle mit fin à leur aventure commune, sinon au punk lui-même. Johnny Rotten découvrit l’inauthenticité de tout ce barnum, l’échec de son entreprise de négativité absolue. Lors de leur dernier concert, au Winterland de San Fransisco, il s’assit sur la scène et improvisa un monologue. Le regard vide, face à une foule vociférante, il répétait : « There is no fun in being alone / This no fun / It is no fun at all. » No fun, no future… Le lendemain, il décidait de quitter le groupe et de reprendre en main son image.

De son côté Sid Vicious confie à Roberta Bayley, : « Je veux être comme Iggy Pop et mourir avant d’atteindre mes 30 ans. » Hé bien, tu as tout faux, répliqua la photographe attitrée du mouvement punk new yorkais, parce qu’Iggy a dépassé les 30 ans et qu’il est bien vivant… 

Mais Sid Vicious, le trompe-la-mort multiplie les provocations.. Dans un hôtel de Dallas, en pleine nuit, il descend manger un hamburger. Il y a là un cow-boy. Ah tu es Sid Vicious, le provoque l’homme. Si tu es si vicieux, est-ce que tu es capable de faire ça ? Et le cow-boy éteint sa cigarette allumée dans la paume de sa main. Un vieux truc. Pas de problème, répond le musicien punk. Et il s’ouvre la main avec son couteau. Faisant dégouliner le sang dans son assiette, il continue à manger. Il avait le don d’attirer les problèmes, écrit Jon Savage.

Tout au long de leur tournée américaine, le public leur lance des objets. A Dallas, au Longhorn Ballroom, Sid Vicious, apparaît torse nu, a portant au feutre sur la poitrine « Gimme a fix ». Il ne pense plus qu’aux drogues. 

A Tulsa, un pasteur baptiste déclare : « Il y a un Johnny Rotten à l’intérieur de chacun de nous. Et il n’a besoin qu’on le libère ; il faut qu’on le crucifie. » Les Sex Pistols apprennent que leur tournée prévue en Finlande est annulée. Leur mauvaise réputation les a fait bannir du pays. 

En octobre 1978, dix mois après l’implosion américaine des Sex Pistols, dans une chambre du fameux hôtel Chelsea de New York, Sid Vicious, en crise de manque, plante un couteau rouillé dans le ventre de sa compagne Nancy Spungen. Elle avait 20 ans. Relâché sous caution, il s’ouvre les veines des bras et des jambes avec une ampoule cassée, quelques jours plus tard. Et en réchappe. Mais il retourne en prison pour deux mois après avoir cassé une bouteille sur la tête de Todd, le frère de Patti Smith. A peine sorti de Ryker’s Island, il s’injecte une overdose fatale d’héroïne que lui avait apporté sa mère, elle-même junkie. Il avait 21 ans.

Sid Vicious portait volontiers un tee-shirt rouge, orné d’une énorme croix gammée sur fond blanc. Dans le film Sid et Nancy, réalisé par Alex Cox en 1986, sur le même tee-shirt rouge, le symbole nazi est remplacé par le symbole communiste, la faucille et le marteau. Politiquement plus correct ! Sid Vicious a écrit une chanson pour se moquer du camp d’extermination de Bergen Belsen, « Belsen was a gas ». Belsen, c’était le pied. Humour noir, paraît-il. 

Les punks étaient-ils des fascistes ? On sait que Greil Marcus les tire du côté situationniste – une critique en acte de la société du spectacle. Jon Savage, lui, estime que leur individualisme nihiliste a préparé les esprits au thatchérisme. La question reste ouverte. 

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