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La guerre commerciale est déclarée

Trump déclenchera dès l'an prochain une guerre commerciale

5 min
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"America First" signifie que les intérêts commerciaux priment désormais sur leurs alliances diplomatiques.

La guerre commerciale est déclarée
La guerre commerciale est déclarée Crédits : TIMOTHY A. CLARY / AFP - AFP

On disait beaucoup que Donald Trump allait lancer une offensive contre les mesures de libéralisation du commerce international pilotée par ses prédécesseurs. Et il est vrai qu’il a retiré son pays du Partenariat Transpacifique. Et qu’il est en train de renégocier les Accords de libre-échange en Amérique du Nord, signés par Bill Clinton en 1994. C’est peu de choses. 

On est loin de la « fin de la mondialisation »…

« Il est temps de prendre en considération le fait qu’un seul politicien peut inverser une tendance qui s’affirmait depuis plusieurs décennies », écrivent deux experts du think tank Brookings Institution, Laurence Chandy et Brina Seidel. De nombreux spécialistes mettent, comme eux, en garde contre la détermination de Donald Trump. Il est bien des domaines où il ne faut pas trop prendre au sérieux les rodomontades du président américain. Mais sur le dossier du commerce extérieur, on aurait tort de ne pas se préparer à la mise en œuvre, dès l’an prochain de mesures protectionnistes. Celles qu’il n’a cessé de promettre à son électorat tout au long de sa campagne électorale.

Trump a sur cette affaire une conviction : les énormes déficits commerciaux enregistrés par les Etats-Unis sont dus non pas à une moindre compétitivité des industries américaines, mais aux pratiques déloyales de leurs principaux partenaires. Ils pratiqueraient le dumping. Ils protègeraient leurs marchés par des règlementations qui sont autant d’obstacles invisibles mis à leurs frontières… etc. C’est le sens du slogan « America First ». Les intérêts commerciaux américains priment sur les alliances diplomatiques. Et c’est pourquoi l’Europe doit être sur ses gardes.

Dans l’immédiat, sont visés tout particulièrement la Chine, le Japon, l’Allemagne et le Mexique. Trump est persuadé qu’en adoptant des mesures de protection du marché américain, il pourra faire revenir aux Etats-Unis les emplois délocalisés pour cause de mondialisation. Il a à nouveau lancé un avertissement en ce sens au mois dernier, lors du sommet de l’APEC, le forum pour la coopération en Asie-Pacifique, réuni à Da Nang, au Vietnam. « Nous n’allons plus laisser quiconque prendre avantage sur les Etats-Unis. Les administrations précédentes n’ont rien fait. Moi, je vais faire. »

Pourquoi avoir attendu un an avant de dégainer l’arme de la guerre commerciale ?  

N’est-ce pas la preuve qu’en réalité, il ne peut pas engager les Etats-Unis dans une guerre des tarifs douaniers, dont les grandes sociétés américaines risquent fort d’être les victimes indirectes ?

Oui, du fait des représailles que Trump peut être assuré de déclencher de la part de ses principaux partenaires. Et de la Chine en particulier. Global Times, le quotidien chinois réputé exprimer les vues du gouvernement, a déjà averti. Toute mesure défensive américaine donnera lieu à des mesures de rétorsion pouvant aller jusqu’à des annulations de contrats avec des fournisseurs américains. Le tabloïd évoque aussi la limitation du nombre d’étudiants chinois autorisés à aller étudier dans les universités américaines.

Mais si Trump s’est retenu jusqu’à présent, c’est pour des raisons politiques. De politique intérieure et extérieure. Sur le plan intérieur, il s’agissait de tout faire pour ne pas gêner l’adoption par le Congrès du plan de baisse d’impôts décidé par le gouvernement. Introduire simultanément un deuxième sujet de discorde aurait pu faire capoter un projet auquel Trump tient énormément. Ces baisses d’impôts, notamment celle qui va faire passer l’impôt sur les sociétés de 35 % à 20 %, est destinée à calmer le lobby du Big Business. Car celui-ci s’est mobilisé, cette année, pour retenir la main du président américain sur le bouton déclenchant les hostilités commerciales extérieures.

Sur le plan international, Trump a évité de provoquer le gouvernement chinois, parce qu’il misait sur Xi Jinping pour ramener à la raison le pouvoir dément de Corée du Nord qui joue avec des allumettes nucléaires. N’ayant rien obtenu de Pékin, qui persiste à jouer la carte Pyongyang, Trump estime que les Etats-Unis n’ont plus rien à perdre sur le front commercial.

On doit s’attendre, selon Bill Emmott, l’ancien rédacteur en chef du magazine The Economist, à des initiatives majeures de Trump l’an prochain. Cela commencera par des mesures anti-dumping contre la Chine, accusée de vendre notamment son acier en-dessous des prix de revient. Il y aura aussi une campagne contre les violations des droits de propriété intellectuelle dont ce pays est fréquemment accusé de plusieurs côtés. L’OMC sera la victime collatérale de ce bras-de-fer. J’y reviendrai plus en détail demain. Car c’est un sujet à soi seul.

Quelle sera l’étape suivante de l’offensive commerciale de Trump ?

Il lancera une série de négociations bilatérales avec les partenaires commerciaux, certain de les aborder en position de force. D’une part, parce qu’il aura montré ses muscles. De l’autre, parce que le marché intérieur américain, énorme et insatiable, demeure suffisamment attractif pour provoquer la convoitise. Mais c’est un calcul risqué. Et c’est la logique qui a présidé à notre mondialisation qui risque fort de s’en trouver remise en cause de manière radicale.

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