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Risque élevé

Prochaines guerres ? Dans le cyberespace !

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D'où l'urgence de négocier des mesures de confiance réciproque.

Risque élevé
Risque élevé Crédits : MEHAU KULYK / SCIENCE PHOTO LIBRAR / MKU / SCIENCE PHOTO LIBRARY - AFP

Qui aurait prédit qu’on regretterait un jour la compétition entre les puissances nucléaires ? Pourtant, comme l’écrivent George Perkovich et Ariel E. Levite, les éditeurs du livre collectif, Understanding Cyberconflict, pour tenter de penser la cyberguerre, on est bien obligé de procéder par analogies. Et la première qui vient à l’esprit, c’est la guerre froide entre puissances nucléaires. Or, la cyberguerre pourrait se révéler aussi dangereuse que le risque nucléaire. Pourquoi ? Parce qu’on avait appris à gérer celui-ci. Pas encore celle-là. Et qu’un cyberconflit, mal maîtrisé, peut déclencher le processus classique d’ascension aux extrêmes.

La cyberguerre, une utilisation militaire de l'Internet.

La cyberguerre repose sur l’usage de technologies parfaitement innocentes et pacifiques, celles de l’information et de la communication, l’interconnexion mondiale des réseaux. Bien sûr, les historiens de la chose militaire soulignent le rôle déterminant joué par l’usage des moyens de transports ferroviaires dans la mobilisation des troupes, du côté allemand, dès la guerre de 1870. Celui joué par l’aviation dès la guerre de 1914-18. Mais il s’agissait de moyens utilisés par les militaires, comme le télégraphe et le téléphone. Dans le cas du numérique et d’internet, c’est la technologie elle-même qui fournit directement des moyens utilisables non seulement pour espionner l’adversaire, mais pour neutraliser ses capacités militaires en désorganisant sévèrement son système de commandement et de contrôle, en rendant ses systèmes de défense inopérants.

Or, le développement, très prochain, de l’internet des objets, va rendre nos pays très vulnérables à ce type d’attaque. Plus il y aura d’objets connectés, plus il va devenir possible de démanteler, pour une période plus ou moins longue, toutes les infrastructures d’un pays ciblé. Il y a donc urgence à négocier.

De l'urgence à négocier pour limiter le risque de montée aux extrêmes.

Américains et Soviétiques étaient parvenus à des accords de limitation des armes stratégiques, les Accords SALT. De telles négociations ont-elles lieu sur les dangers posés par l’utilisation militaire du cyberespace ?

Oui, contrairement à ce que prétendaient les partisans du désarmement nucléaire, présents seulement en Occident, comme le faisait observer François Mitterrand, la sécurité, à l’époque, ne reposait pas sur l’abandon du nucléaire par l’une des parties, mais sur la dissuasion réciproque et des mesures de confiance mutuelle. Etant données les capacités destructrices extravagantes accumulées par les deux superpuissances durant la Guerre froide, chacune d’entre elles savait que tout usage en premier de l’arme nucléaire entraînerait une riposte disproportionnée de l’autre partie. Destruction mutuelle assurée, en anglais Mutually assured destruction, initiales MAD, comme fou… C’est sur la base de cette logique, folle en effet, celle de la « dissuasion » que la Guerre froide qui a duré plus de 40 ans, a pu être gelée. Qu’elle n’a pas dégénéré en un affrontement direct entre Etats-Unis et Union soviétique.

De cet affrontement, le monde est est pourtant passé tout près en 1962, lorsque les avions-espions américains ont repéré la présence de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, à 170 km des côtes de Floride. Mais c’est justement l’extrême dangerosité de cette crise qui a poussé Américains et Soviétiques à engager, dès l’année suivante, une série de négociations visant à limiter les armements et surtout à établir entre eux des mesures de confiance. Car le risque majeur, c’était celui d’une erreur d’interprétation sur les intentions réelles de l’adversaire, qui aurait pu déclencher une riposte. Or, souligne Joseph Nye, professeur à Harvard, et ancien responsable de la Défense américaine, la transparence et la confiance réciproques, c’est ce que manque aujourd’hui dans le domaine de la cyberguerre. 

Les négociations bloquent à l'ONU

Certes, les Nations-Unies ont créé un Groupe d’experts gouvernementaux, qui se réunit depuis 2004, pour tenter de créer des normes dans le domaine du cyberespace et d’adopter des mesures susceptibles de construire cette confiance entre puissances. Pour mieux garantir leur indépendance, les membres de ce Groupe d’experts ont été choisis par le Secrétaire général de l’ONU et n’ont pas de mandat de leurs gouvernements. Ils étaient parvenus, en 2013, à un accord sur un principe de base : la Charte des Nations Unies et en particulier, son article 51, sont applicables au cyberespace. Il s’agit du droit de légitime défense, reconnu à tout Etat victime d’une agression. 

Mais aussitôt qu’il s’est agi de détailler les implications pratiques de ce principe, de préciser les contre-mesures acceptables pour demeurer en deçà de l’usage de la force, de définir des limites aux représailles en vertu du principe de proportionnalité de la riposte, la Russie et la Chine ont bloqué. Cette année, le GGE a été incapable de se mettre d’accord sur un Rapport acceptable par tous ses membres. Il faut dire qu’on est passé, entre 2004 et 2017, de 15 à 25 membres. Il est plus difficile d’établir un consensus à 25 qu’à 15. Mais contrairement au scénario de la Guerre froide, les conflits dans le cyberespace ne mettront pas aux prises deux superpuissances, mais une multitude d’acteurs – dont certains ne sont pas des Etats. 

Mais les accords binationaux progressent : la Chine et les Etats-Unis en ont signé un récemment pour limiter le cyberespionnage industriel réciproque. Mais beaucoup reste à faire pour parvenir à un modus vivendi international.

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