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14 janvier 1978, dernier concert des Sex Pistols à San Francisco. Sid Vicious, Paul Cook, Johnny Rotten, Steve Jones.

Punks : le quarantième anniversaire du faire-part de décès

5 min
À retrouver dans l'émission

Il y a 40 ans, Johnny Rotten mettait fin à l'existence météoritique des Sex Pistols. Mais l'esprit punk n'a pas fini d'inspirer. Et les ouvrages consacrés à cet éphémère mouvement de s'accumuler...

14 janvier 1978, dernier concert des Sex Pistols à San Francisco. Sid Vicious, Paul Cook, Johnny Rotten, Steve Jones.
14 janvier 1978, dernier concert des Sex Pistols à San Francisco. Sid Vicious, Paul Cook, Johnny Rotten, Steve Jones. Crédits : Michael Ochs - Getty

Le rock est devenu un objet d’études pour les cultural studies. Voilà cette rébellion adolescente documentée, répertoriée, mise en thèse… On commémore ses grandes dates… Faut-il se réjouir de cette reconnaissance ? Ou y voir la confirmation que c’est une histoire terminée ? Une nostalgie d’adultes vieillissants...  

Fin des sixties : la pop music accède à la légitimité culturelle.

Le cinquantième anniversaire de l’album Sergent Pepper’s Heart Club Band des Beatles a donné lieu à des célébrations bien méritées. Je suis fier d’avoir été personnellement associé à l’exposition organisée, dans notre Maison, à cette occasion, par les chaînes de Radio France. Je m’y suis occupé de rappeler le contexte politique et social britannique dans lequel avait surgi cet ovni musical. 

Cet album marquait la tentative aboutie des Beatles de s’émanciper du bon vieux rock’n roll américain qu’ils avaient si bien illustré à leurs débuts. Avec Sergent Pepper‘s, la pop music sortait de l’adolescence ; elle renouait avec des traditions bien britanniques, comme celle des fanfares. Elle incorporait l’art bourgeois de l’orchestre de chambre à cordes. Elle anticipait sur la world music en s’annexant le sitar indien. La pop music rencontrait enfin le pop art et fécondait les arts graphiques, comme en témoigne, entre autres, le film d’animation Yellow Submarine, dirigé par George Dunning, sorti en juillet 1968. 

La nouvelle génération vomit l'héritage culturel des sixties, celle de leurs grands frères. 

Mais cette maturité, cet accès à la respectabilité, à une forme de légitimité culturelle allait se payer cher dix ans plus tard. Car la dimension de révolte adolescente contre le monde adulte que comportait le rock s’était perdue en route. Dans les années 1970, les mods des sixties, nés dans les années 1940, abordaient la fatale trentaine. Et une nouvelle génération arrivait qui n’y trouvait pas son compte. 

Ces petits frères et petites sœurs avaient envie de renverser la table. Ils ne supportaient pas ce rock embourgeoisé, ses musiciens virtuoses aux longs solos de guitare, et encore moins le rock dit « progressif », qui semblait chercher sa place du côté de la musique contemporaine sérieuse…. Significativement, Johnny Rotten se fit remarquer, dans la boutique « Sex » de Malcolm McLaren, en portant un tee-shirt qui arborait le slogan « I hate Pink Floyd ». Les punks haïssaient tout l’héritage culturel des années 60.

Deux ans à tout casser : la carrière météoritique des Sex Pistols. 

Il y a, en effet, un autre anniversaire, qu’on n’a guère célébré, celui-là. Il y a quarante ans, en janvier 1978, les Sex Pistols mettaient fin à leur carrière météoritique. Au sortir de leur dernier concert, donné au Winterland de San Fransisco, un désastre musical, le 14 janvier de cette année-là, Johnny Rotten annonça à ses trois compères qu’il quittait le groupe et mettait fin à l’aventure. A ses yeux, Malcolm McLaren, l’inventeur, le gourou, le promoteur et théoricien du groupe, avait trahi tout ce pour quoi les Sex Pistols avaient voulu exister. Pour beaucoup de ses participants, le mouvement punk est mort avec le groupe, ce 14 janvier 1978. 

C’est un mouvement qui n’a duré que très peu de temps, mais qui a laissé beaucoup de traces. Sans cesse, paraissent de nouveaux livres qui lui sont consacrés.

Rien de plus étranger à l’idée punk que le désir de durer, de s’installer dans le paysage, de faire carrière ou d’être à l’origine d’une tradition. Dans l’ethos du punk, écrit, cette semaine, Chris Kraus, dans le vénérable Times Literary Supplement, existait d’emblée une conscience aiguë de sa propre précarité. Cette révolte esthétique contre la dégénérescence du rock et sa transformation en production de masse par les industries musicales vivait dans la hantise de la récupération – un concept d’époque, probablement hérité des situationnistes. « Nous avions une conscience précise que le punk deviendrait une créature des industries musicales, dont il subvertissait les codes, écrit Simon Critchley, un philosophe anglais, qui a été associé au mouvement dans sa jeunesse. C’est pourquoi nous savions que ce serait de courte durée. » 

Il sera beaucoup question dans ces chroniques du livre de Greil Marcus, Lipstick Traces, paru en anglais en 1989 et traduit en français par Guillaume Godard pour les éditions Allia en 1998. Pour Greil Marcus, la filiation Dada-Situationnistes-Punks relève de l’évidence. C’est prêter beaucoup à un mouvement dont la plupart des protagonistes n’avaient jamais entendu parler des avant-gardes esthétiques de ces époques déjà lointaines. Mais il est vrai que Malcolm McLaren aimait faire référence aux Situationnistes. Et puis, le message du punk était tellement ambigu que les critiques ont bien pu projeter sur cet écran un peu vide (« pretty vacant ») tout ce qui leur passait par la tête. 

Les Sex Pistols sont nés à l’initiative de Malcolm McLaren et dans sa boutique à la fin 1975. Mais la plupart des auteurs à avoir écrit sur le punk estiment que McLaren, tel le golem, a été très vite dépassé par sa créature à laquelle il n’a rien compris. La culture musicale de McLaren était désespérément fixée dans les années 50 américaines et « sa référence musicale ultime était Gene Vincent », selon le critique Nick Kent, bon témoin direct de toute l’affaire. McLaren ne pouvait pas rêver d’enterrer les Beatles et leur sophistication : il était passé à côté. 

Le groupe, les Sex Pistols, dont Sid Vicious ne faisait pas encore partie, a commencé à se produire dans de petits clubs au début de l’année suivante. leur premier disque est sorti le 4 novembre 1976. Et le 14 janvier 1978, ils se sabordaient. Deux ans d’existence, donc. Au grand maximum. Mais quel feu d’artifice ! 

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