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L'Allemagne, à son tour, connaît l'irruption d'un parti populiste de droite

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La Willkommenskultur a fait place au doute sur les capacités d'accueil du pays.

Peu avant les élections législatives allemandes, j'avais annoncé à ce micro que la couleur probable du gouvernement allemand qui en sortirait seraient celles du drapeau jamaïcain : noir, jaune, vert. Je croyais à la probabilité d’une coalition jamaïcaine en Allemagne. Hé bien, je m’étais trompé.

La coalition jamaïcaine a buté sur la question du regroupement familial. 

Comme on le sait, les négociations entre la CDU-CSU, le centre-droit (maillot noir), le FDP, les libéraux (maillot jaune) et les écologistes (en vert, pas besoin de préciser) ont échoué. Principaux responsables : les Jaunes du FDP. Il y avait trop de sujets sur lesquels ils divergeaient d’avec les Verts. Les questions de finances européennes. Les Verts sont des Européens généreux. Les libéraux, également pro-européens, mais traditionnellement plus attentifs aux intérêts allemands. Ca a coincé aussi sur la politique énergétique. Les libéraux reprochent à Merkel de s’être alignée bien trop vite sur le programme anti-nucléaire des Verts. 

Mais c’est surtout sur la question migratoire que l’accord s’est révélé impossible. Certes, Angela Merkel reconnaît à présent qu’elle a commis « une erreur » en accueillant un million et demi d’immigrés en 2015-2016. Elle fixe à présent un plafond au nombre de migrants que l’Allemagne peut accueillir : 200 000 par an. Les Verts, très désireux de participer au gouvernement, avaient poussé leur sens du compromis jusqu’à accepter le principe d’un plafond. Mais allait se poser très vite la question du regroupement familial – suspendu par le gouvernement sortant jusqu’en mars 2018. Là-dessus, les positions des Verts et de la CDU-CSU n’étaient pas conciliables. La CSU, en Bavière, pousse la CDU à adopter une ligne dure sur le dossier migratoire : elle redoute une poussée des populistes de l’AFD aux élections régionales qui doivent avoir lieu dans ce Land à l’automne prochain. 

Et c’est vrai : la grande nouveauté de cette élection, c’est l’arrivée en masse au Bundestag (94 sièges sur les 709 que compte le Bundestag) d’un parti qui n’existe que depuis quatre ans. La rapide percée de cette formation de droite, populiste et xénophobe, porteuse de courants ouvertement racistes, a déconcerté l’Europe entière. 

Comment expliquer cette rapide montée en puissance de l’AFD, l’Alternativ Für Deutschland ?

La Willkommenskultur, tant célébrée par les médias chez nous, a fait place, en Allemagne, à des attitudes qui vont de la prudence à l’inquiétude. Exemple de la première, Joschka Fischer, vétéran des Verts et ancien ministre des Affaires étrangères. Dans une interview au Spiegel, il déclare : « Avec l’arrivée des réfugiés en 2015, il est devenu impossible d’ignorer que la période ensoleillée que notre pays a connue de manière ininterrompue était parvenue à son terme. Les graves problèmes du XXI° siècle frappent à notre porte. » 

De la seconde, cette réaction de l’économiste Hans-Werner Sinn, le patron de l’influent think tank Ifo, de Munich : « par l’admission d’un million et demi de migrants en seulement deux ans, _l’Allemagne a placé un énorme fardeau sur les épaules de son Etat-providence_, tout en encourageant par inadvertance les Brexiters et en se mettant à dos toute l’Europe de l’Est. » 

Quelle est la cause de ce retournement de l’opinion ? La réponse est claire : les événements du Nouvel An de 2016, à Cologne, Hambourg et d’autres villes allemandes, au cours desquelles 1 200 femmes ont été sexuellement agressées. Comme l’écrit Guy Chazan, le correspondant en Allemagne du Financial Times, à la suite ces événements, « soudainement, l’humeur en Allemagne a changé. La culture du « Wilkommen », illustrée par les foules qui tendaient des cadeaux aux réfugiés, nouvellement arrivés, en septembre, a fait place au scepticisme. Et celui-ci a été intensifié au cours de l’année 2016, quand l’Allemagne a été frappée par une série d’attaques terroristes perpétrées par des réfugiés. La pire eut lieu en décembre, lorsqu’un demandeur d’asile en provenance de Tunisie, au volant d’un camion, fonça dans un marché de Noël, à Berlin, tuant douze personnes. _Les intentions de vote en faveur de l’AFD ont grimpé en flèche, parallèlement aux doutes sur l’afflux de migrants_. » Fin de citation. 

En Allemagne aussi, la fin d'un cycle politique ?

L’AFD n’a obtenu que 12,6 % des voix aux législatives de septembre dernier. Le Front national, au premier tour de nos propres législatives, en juin dernier, en a eu 13, 2 %. Les partis populistes, en Europe occidentale, sont loin du pouvoir… Mais l’arrivée au Bundestag de ce nouveau parti, présentant, en effet, toutes les caractéristiques de la droite populiste européenne et soutenu par toutes ses composantes, fait l’effet d’une « grenade dégoupillée » - comme l’écrit Guy Chazan, déjà cité. Car cette irruption d’un nouveau parti est concomitante d’un essoufflement du système politique allemand. Les deux grands partis de gouvernement, CDU et SPD ont enregistré les pires résultats électoraux de leur histoire. On est peut-être, là-bas aussi, à la fin d’un cycle.

On croyait l’Allemagne immunisée contre le nationalisme en raison de son passé - les deux guerres mondiales, le nazisme et la Shoah. « Pourquoi les appeler populistes de droite ? » proteste Joschka Fischer. Comment nous, en Allemagne, devons appeler des partis qui se définissent en termes raciaux ? La tradition est claire. Les derniers à avoir représenté une telle position, c’étaient les nazis. » Et, prenant pour cible l’un des orateurs les plus véhéments et les plus extrémistes de ce parti, Björn Höcke, Joschka Fischer poursuit : « Monsieur Höcke est-il un populiste de droite, ou un nazi ? Moi, je suis fatigué de ces tergiversations. »

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