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Un gouvernement faible et divisé.

Brexit : l'UE dicte ses conditions, le Royaume-Uni s'incline

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S'il s'agissait de faire un exemple, la leçon est sévère.

Un gouvernement faible et divisé.
Un gouvernement faible et divisé. Crédits : LUDOVIC MARIN / AFP - AFP

Aujourd’hui, à Bruxelles, les ministres de l’Union européenne vont adopter des directives capitales pour le processus de largage de la Grande Bretagne. L’occasion de revenir sur la manière dont devrait s’effectuer le Brexit. Car en effet, ça y est, les négociations de rupture entre le Royaume Uni et l’Union européenne peuvent entrer dans la phase II. Celles qui sont censées aboutir au divorce, au terme d’une période de transition de 21 mois qui débutera le 31 mars 2019. 

Divorce, phase II

En décembre de l’an dernier, les deux parties, représentés respectivement par David Davis et Michel Barnier sont parvenues à un accord d’étape. Les Britanniques auraient souhaité une transition de deux ans. Les Européens ont exigé que celle-ci s’achève le 31 décembre 2020, afin de coïncider avec le cadre budgétaire pluriannuel européen. Ce simple détail, 21 mois contre 24, montre une chose : c’est l’Union européenne qui impose son calendrier, son tempo, ses conditions. Comme le disent les plus eurosceptiques des Brexiters de la Chambre des Communes : nous avons voté pour récupérer notre souveraineté, et nous nous retrouvons « vassaux de l’Union européenne ». 

Et en effet, ce sont les Britanniques qui ont demandé le divorce, mais ce sont les Européens qui imposent leurs conditions. Et elles sont draconiennes. Theresa May avait abordé l’étape en tapant sur la table : plutôt pas d’accord du tout qu’un mauvais accord. On ne pourra parler des relations futures éventuelles que lorsque seront acceptées les conditions de la rupture, avait rétorqué Michel Barnier. C’est lui qui a gagné. Le Hard Brexit, c’est fini. Theresa May a cédé sans l’avouer. D’ailleurs, elle est contrainte de dissimuler ses objectifs précis dans la négociation : en les assumant avec clarté, elle aurait fait exploser son gouvernement… 

Le gouvernement britannique est si divisé que la Première ministre ne peut assumer clairement ses propres objectifs dans la négociation

Au sein du gouvernement de Sa Gracieuse Majesté, vous avez trois tendances identifiables, qui se disputent plus ou moins ouvertement, sous la férule de la Première ministre. Des partisans d’un Brexit a minima, qui ne voulaient pas du Leave, mais sont tenus par les résultats du référendum du 23 juin 2016 ; des eurosceptiques modérés, déterminés à ne pas couper les ponts avec le continent, mais qui croient pouvoir récupérer les instruments essentiels de la souveraineté ; et puis des europhobes, décidés, eux, à rompre sans rechercher un accord avec l’UE. Ceux-ci rêvent de transformer la Grande-Bretagne en un « Singapour sur la Tamise. » Un paradis fiscal ancré au large des eaux territoriales européennes, tourné vers l’Asie et le Pacifique.

Theresa May a commis la sottise de convoquer des élections anticipées dans l’espoir de renforcer sa main. Elle voulait notamment réduire au silence les élus de son propre parti qui critiquaient sa politique. Résultat : aux élections générales de juin dernier, les conservateurs ont perdu la majorité absolue à la Chambre des Communes. Ils n’ont pu se maintenir au pouvoir que grâce à l’appoint du petit parti unioniste d’Irlande du Nord. Et les opposants internes à la Première Ministre au sein de son propre parti se sont crus assez forts pour tenter de la renverser au Congrès conservateur, qui s’est tenu à Manchester en octobre. De fait, son pouvoir ne tient qu’à un fil. Comme l’écrit Matthias Matthijs dans Foreign Affairs, ce mois-ci, s’il existait un Oscar de la Survie en Politique, elle serait la meilleure candidate. Une telle situation, en équilibre sur deux pieds de la chaise, ne vous place pas dans la meilleure des situations de négociation… La fragilité de sa position personnelle l’a contrainte à avaler toute sorte de couleuvres de la part de Barnier.

En face, le négociateur en chef européen est apparu, au contraire, comme bénéficiant du soutien massif des 27. On ne sait pas si cette belle unanimité est destinée à durer. Les Britanniques, qui ne sont pas idiots, ont compris l’intérêt qu’il y aurait, pour eux, dans la 2° phase, à approcher les Etats-membres un par un dans des négociations bilatérales. Ils ont commencé avec l’Espagne, à propos de l’aéroport international de Gibraltar, enclave britannique au Sud de la péninsule ibérique. Si certains Européens sont décidés à « faire un exemple » en punissant les velléités britanniques de rupture, d’autres, comme les Néerlandais, sont ouverts à des compromis. Nous verrons bien.

L'UE a voulu faire un exemple. Les Britanniques ont dû céder sur tout. 

Pour l’heure, les Britanniques ont dû céder sur tout. Y compris sur les questions d’argent. Ils devront continuer à contribuer plein pot aux budgets 2019 et 2020 de l’UE. Pour la suite, ils devront encore verser la modique somme de 40 à 45 milliards d’euros au titre de leurs engagements passés. Soit pas loin de 1 000 euros par adulte. Difficile à faire avaler à des électeurs auxquels on avait promis de récupérer l’argent de la contribution britannique à l’UE pour financer le NHS, la Sécurité Sociale britannique…

Durant la période de transition, le Royaume-Uni devra continuer à respecter les règles de l’Union douanière – ce qui implique la libre circulation des personnes, se conformer au droit européen, et reconnaître la supériorité de la Cour européenne de justice sur ses propres tribunaux. Il n’aura plus de Commissaire européen, plus de députés au Parlement européen, ne participera plus à l’élaboration des décisions, mais devra les appliquer toutes. La pire des situations imaginables. S’il s’agissait de faire un exemple, la leçon est sévère…

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