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Les "hipsters élitistes" de Berlin, qui ont adopté l'anglais, détruisent-ils la culture allemande ?

5 min
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Un politicien de premier plan au sein de la CDU lance, en Allemagne, le débat sur l'identité culturelle.

Cette semaine, je voudrais aborder la question des « politiques de l’identité ». Ce n’est pas une nouveauté, mais le débat sur l’opportunité d’une offre électorale bâtie sur de telles politiques a rebondi au sein du parti Démocrate américain. Suite de la défaite, très inattendue, d’Hillary Clinton.

Jens Spahn : "mes parents se sentent étrangers dans leur propre pays".

Ce thème suscite, en effet, d’innombrables articles, prises de position, polémiques aux Etats-Unis. Mais commençons par les échos qui nous en parviennent, chez nous, en Europe, afin de planter le décor. La semaine dernière, je vous ai parlé de la montée du populisme en Allemagne, l’un des rares pays d’Europe de l’Ouest qu’on estimait généralement immunisé de par son histoire au XX° siècle contre ce genre de tentation. Or, à la veille des élections fédérales de septembre, a eu lieu dans ce pays un débat sur les risques courus par l’identité culturelle allemande en Allemagne qui nous rapproche du sujet. 

Celui qui l’a lancé n’est nullement affilié à l’AFD. C’est un homme politique de premier plan. Jens Spahn était vice-ministre des Finances dans le gouvernement sortant. Elu député la première fois en 2002, alors qu’il n’avait que 22 ans, il a été l’un des dirigeants du groupe parlementaire de la CDU au Bundestag. Il est l’un des espoirs du parti dominant en Allemagne ; d’aucuns le verraient bien remplacer Angela Merkel à la chancellerie. En outre, ce catholique ne cache pas son homosexualité. 

Or, Jens Spahn a publié, cet été, dans l’hebdomadaire Die Zeit un article dans lequel il accusait – je cite - les « hipsters élitistes de Berlin » - d’avoir transformé la capitale de l’Allemagne en un endroit tellement cosmopolite qu’elle apparaît déconnectée du reste de l’Allemagne. Il se disait choqué d’entendre nombre de jeunes Allemands branchés échanger entre eux en anglais ; et exaspéré devant les menus rédigés en anglais dans les restaurants à la mode. A la vitesse à laquelle la « génération Easyjet » tend à créer une société parallèle, écrivait-il, bientôt les personnes âgées telles que ses propres parents vont se sentir étrangers dans leur propre pays. Comment exiger des étrangers, concluait-il, qu’ils s’intègrent à une société qui semble acharnée à détruire sa propre culture au point de refuser l’usage de sa propre langue ?

La revanche électorale du "peuple de quelque part" ?

Cette prise de position a suscité l’ironie des intéressés. Mais l’avisé Mark Leonard, directeur du think tank European Council on Foreign Relations, y a vu la preuve de la justesse des thèses de David Goodhart, que j’ai déjà eu l’occasion de développer ici. Les auditeurs fidèles et attentifs se souviendront que Goodhart prétend que le clivage politique fondamental, ne nos jours, n’oppose plus la droite et la gauche – d’ailleurs, les pauvres votent à droite et les classes diplômées à gauche – mais les Anywhere aux Somewhere, les gens de Partout aux Peuple de Quelque Part. Les premiers valorisent la mobilité parce qu’ils en sont capables et qu’ils en bénéficient. Les seconds sont davantage enracinés ; ils placent au premier plan non pas la mobilité, mais les attaches communautaires et la sécurité. 

« En tant que successeur possible de Merkel, écrit Mark Leonard, la décision de Jens Spahn de s’en prendre au cosmopolitisme en pleine campagne électorale nous en apprend beaucoup sur la manière dont il conçoit la politique allemande dans les années à venir. Plutôt que de voir les partis modérés comme des pionniers d’un avenir cosmopolite pour son pays, Spahn semble considérer l’échec de son pays à embrasser la politique des identités comme la preuve qu'il est coupé des réalités. » La politique des identités. La culture. Nous y voilà.

Et Mark Leonard se demande si la stratégie préconisée par Jens Spahn pour éviter à la CDU de se faire siphonner ses électeurs par la droite populiste de l’AFD ne constituerait pas une déclinaison à l’usage allemand de l’exemple politique proposé par Donald Trump aux Etats-Unis. 

Hillary Clinton a-t-elle trop segmenté son offre électorale ?

L’expression identity politics est en effet omniprésente dans le débat d’idées depuis quelques temps en Amérique du Nord. Certains partisans de Bernie Sanders ont accusé Hillary Clinton d’avoir échoué lors d’une élection imperdable, parce qu’elle y aurait succombé. Elle aurait trop segmenté les électeurs en fonction de leurs caractéristiques sexuelles et ethniques, ce qui l’aurait amené à négliger les inégalités sociales. Trump aurait profité de cette tentative de former une coalition des minorités, pour mobiliser les électeurs blancs, qui demeurent majoritaires. Identité contre identités. Un mauvais calcul, donc.

Mais que faut-il entendre par « politique des identités » ? Le site Rational Wiki assez favorable à cette thématique dit qu’il s’agit à la fois d’un style et d’une idéologie, axée sur des sujets propres à des groupes définis en termes de race, de religion, de sexe, de genre, de nationalité, d’orientation sexuelle, de culture, d’histoire partagée, de condition médicale, etc. » C’est une idéologie, y lit-on encore, qui part du constat selon lequel les idées universalistes développées par les lumières, qui faisaient la promotion de l’égalité entre les individus et des droits de l’homme se sont révélées insuffisantes et inappropriées. Parce que les cultures et les expériences historiques sont trop différentes les unes des autres pour être redevables d’un même patron. En outre, ajoutent les rédacteurs, les relations entre les groupes sont toujours marquées par des rapports de domination et d’oppression.

   ZnDS�On

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