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Le Tour du monde des idées : Lundi 5 septembre 2016

4 min
À retrouver dans l'émission

Chacun pour soi, dans une Union européenne en panne de stratégie commune.

Cette semaine, nous allons parler de la politique étrangère et de sécurité européenne et de "l'état de l'Union".

C’est le 29 juin dernier que notre Haute Représentante, Federica Mogherini, a présenté la nouvelle « stratégie globale » de l’UE. L’Union européenne n’a pas de chance : le texte  sur lequel Mogherini travaillait depuis sa nomination, en novembre 2014, a été rendu public 4 jours après l’annonce du Brexit. La Grande Bretagne est la 2° armée de l’UE après la France. Mauvais timing…

Reste qu’on constate une inflexion, comme le relève l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Ana Palacio. L’UE persiste à vouloir miser essentiellement sur son fameux « soft power », tout en admettant, entre les lignes, que cela ne saurait suffire à garantir sa sécurité. Mais le maître-mot, c’est la « résilience », la capacité à réagir rapidement à une attaque d’envergure, de nature terroriste ou dans le cyberespace. Etre en mesure d’assurer le retour rapide à la normale de nos sociétés en cas de crise majeure. Sur le plan militaire, l’Europe continue à s’en remettre à l’OTAN, « cadre principal de la défense collective » - autrement dit, nous comptons sur les Américains.

Or, jamais l’Europe n’a paru à la fois si menacée et si peu apte à faire face aux dangers auxquels elle est exposée. A l’est, nul ne sait jusqu’où Poutine peut pousser l’appétit de revanche. Au Sud, l’effondrement des Etats, la violence et les guerres poussent des centaines de milliers de personnes à tout risquer pour aborder dans la tranquille et prospère Europe.

L’euro, censé faire converger les économies des Etats membres qui l’avaient adopté, a accru, en réalité, les divergences de performances. La crise migratoire a fait exploser l’Union et entraîné un rétablissement des frontières intérieures. La Commission est apparue incapable d’imposer sa politique de quotas d’accueils.

Du coup, les opinions, en quête de sécurité, poussent les dirigeants à se replier sur l’espace qu’ils contrôlent, celui des Etats-nations. Pour Jakub Grygiel, qui signe un article sur le sujet dans la revue américaine Foreign Affairs, mieux vaut encore des Etats-nations assurés d’eux-mêmes qu’une Union européenne impuissante du fait de ses divisions internes.

Pour l’action extérieure, l’UE, « soft power », qui n’est jamais parvenue à définir une politique réellement commune ni à se doter des moyens de la puissance, en particulier militaires, s’en est remise à l’attrait que représente son immense marché intérieur. Elle croyait pouvoir pacifier son voisinage par le simple fait de sa puissance commerciale. Mais la crise ukrainienne et la crise migratoire ont montré les limites de cette stratégie.

Les gouvernements les plus accueillants ont été perçus par une partie de leurs opinions comme " privilégiant les étrangers à leurs propres citoyens ". D’où une perte de légitimité. Comme l’écrit Jakub Grygiel, " Durant deux décennies, l’Europe a pu poursuivre de nobles ambitions, comme dissoudre ses frontières intérieures. Parce qu’elle n’était pas confrontée à des défis de sécurité. A présent que les dangers sont de retour, et que l’UE s’est montrée incapable d’y faire face, les leaders nationaux doivent remplir leur devoir moral basique : défendre leurs concitoyens. "

Le Brexit enregistre la défaveur où est tombée l’UE parmi les peuples qui la composent. Relevons que, selon le dernier sondage mené en Europe parle Pew Research Center, si un tel référendum avait lieu dans d’autres Etats membres, le résultat serait souvent plus négatif encore. Il est donc erroné d’y voir la manifestation d’une aversion ordinaire des Anglais pour l’intégration européenne. Il se passe quelque chose de nouveau.

On relève ainsi que l’hostilité envers l’UE est plus marquée en France qu’au Royaume Uni. 44% des Britanniques émettaient un avis favorable sur l’Union européenne, à la veille du référendum, contre 38 % seulement des Français. Chez nous, la politique migratoire de Bruxelles est désapprouvée par 70 % des sondés – contre 26 % seulement qui la soutiennent. Et la politique économique européenne fait l’objet d’un rejet équivalent, avec 66 % qui la désapprouvent, contre 27 % qui l’approuvent. On notera en passant que la Pologne, pourtant gouvernée par une équipe franchement eurosceptique, demeure le pays où l’adhésion à l’UE demeure la plus élevée, avec 72 % d’avis positif.

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