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Les idées de Stephen King pour réduire la criminalité par armes à feu aux Etats-Unis

5 min
À retrouver dans l'émission

Commencer par interdire les armes automatiques et semi-automatiques, à l'origine des carnages.

Hier, vous releviez, je vous ai présenté, dans la revue America, un article de Stephen King. Il y explique pourquoi il a fait retirer de la vente, aux Etats-Unis, un des premiers textes qu’il ait écrit. Dans Rage, il racontait l’histoire d’un lycéen qui prend sa classe en otage sous la menace d’une arme à feu… Et devant la multiplication des accidents de ce genre, il a préféré que ce livre ne soit plus distribué aux Etats-Unis. Mais, comme dans un de ses livres, Stephen King développe de manière plus générale sa vision du problème posé par la multiplication des armes aux Etats-Unis dans 6 chapitres. 

Comme beaucoup d’Américains, il constate que le clivage idéologique entre « rouges » (Républicains) et « bleus » (Démocrates) s’est intensifié au cours des dernières années. Le pays semble avoir été rarement aussi idéologiquement divisé. Or, cette opposition idéologique se cristallise, en particulier, sur la question du droit de détenir des armes. Pour les « rouges », c’est une conquête démocratique, consubstantielle à l’identité américaine elle-même. Il symbolise non seulement le droit à l’autodéfense, l’autorisation légale de défendre son foyer, mais au-delà, la capacité qu’auraient les citoyens de résister à un Etat qui serait devenu despotique. Il concrétise le fameux droit de résistance à l’oppression des philosophes.

Je cite Stephen King : « Ceux qui s’opposent fermement, et même hystériquement, à toute forme de contrôle des armes à feu aiment leurs voisins et leur communauté, mais éprouvent une méfiance si profonde à l’égard du gouvernement fédéral qu’elle frise la paranoïa. Ils considèrent  absolument toute régulation de la vente et de la détention d’armes à feu comme la première étape d’un sinistre complot, visant à désarmer le peuple américain et à le laisser sans défense face à une prise de contrôle par le gouvernement. » Fin de citation. C’est pourquoi, dans certains états, les conducteurs de breaks ou de camping-cars exhibent une affichette portant le slogan « vous arracherez mon revolver de mes mains mortes et froides ». 

Les rouges s’abritent derrière le fait que porter des armes est un droit explicitement reconnu à tout citoyen américain par la Constitution des Etats-Unis. C’est le fameux 2° amendement du 15 décembre 1791. Il fait partie de la Déclaration des Droits. Mais, font observer les « bleus », le sens du 2° amendement n’est pas absolument clair, puisqu’il semble placer le droit des citoyens de porter des armes dans le cadre de de la constitution de milices civiques

Quels sont les arguments des gens qui tentent, justement, d’interdire la vente des armes aux Etats-Unis ?

Toujours dans la revue America, Stephen King, qui avoue posséder lui-même trois armes de poing « en toute bonne conscience », démonte un à un tous les arguments des « rouges ». 

Le droit à l’autodéfense ? Fort bien. Concrètement, lorsque des agresseurs pénètrent dans votre domicile, vous êtes pris de court. Personne ne dort avec un automatique 45 sous son oreiller. Défendre son foyer, sa famille ? Cela signifie nécessairement tenir son artillerie sous clé, hors d’atteinte des mains  des enfants ou des petits-enfants. Vous n’aurez pas le temps de l’ouvrir en cas d’agression. Un bon système d’alarme vous protégerait plus efficacement. Peu d’intrus résistent au hurlement soudain d’une sirène. D’autant que vous risquez, la nuit, de prendre votre époux insomniaque ou votre fils rentrant discrètement pour un cambrioleur. Cela arrive constamment aux Etats-Unis. Je cite Stephen King : « en octobre 2012, James Griffith, un policier de Chicago à la retraite, a confondu son fils Michael avec un voleur et l’a tué d’une balle dans la tête. Un mois plus tôt, à la Nouvelle Orléans, Charles Williams avait été abattu par sa femme, qui l’avait pris pour un cambrioleur. »

Enfin, l’argument classique, selon lequel une arme n’est qu’un « outil ». Tout dépend de celui ou celle qui s’en sert. Non, dit King, « un fusil n’est pas un outil – à moins de le retourner et d’utiliser la crosse pour enfoncer un clou, un fusil est une arme. _Les fusils automatiques et semi-automatiques sont des armes de destruction massive_. Ces machines à tuer sont en vente sur internet à l’heure où je vous parle. Combien encore devront mourir avant que nous acceptions d’abandonner ces joujoux dangereux ? » 

Et l’écrivain de revenir sur un certain nombre de massacres qui ont ensanglanté les Etats-Unis. Rappelons le dernier, le plus spectaculaire, celui de Las Vegas. Stephen Paddock, millionnaire et professionnel du poker en ligne, aménage au 32° étage d’un hôtel, le Mandala Bay, un poste de tir. Il y entrepose 23 fusils, dont deux montés sur pied. Douze de ces armes sont équipées d’une technologie dite bump fire, qui permet de doter une arme semi-automatique de la cadence de tir d’une arme automatique. En gros, vous transformez votre fusil en mitrailleuse… Avec son arsenal, Paddock a attaqué la foule désarmée des spectateurs d’un concert de country music. Bilan 58 morts, 546 blessés. 

C’est pourquoi Stephen King préconise une solution qu’il juge réaliste, dans le contexte américain. Interdire la vente des fusils d’assaut semi-automatiques. Interdire la vente des chargeurs d’une contenance de plus de 10 cartouches. Vérifier les antécédents (pénaux et psychiatriques) des tous les candidats à l’achat d’une arme à feu. Ce serait certainement un premier pas vers une Amérique moins dangereuse. 

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