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Macron - Schulz : une même ligne sur l'Europe.

Jusqu'où l'Allemagne peut-elle suivre Macron sur l'UE ?

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Le président français a besoin d'un vigoureux soutien de l'Allemagne afin de 1° réformer la France, 2° relancer l'Union européenne pour en faire une force de protection des peuples européens.

Macron - Schulz : une même ligne sur l'Europe.
Macron - Schulz : une même ligne sur l'Europe. Crédits : MARIJAN MURAT / DPA - AFP

Sur la scène européenne, c'est l’Allemagne qui a pris toutes les décisions importantes depuis au moins le début de la crise financière. Le blocage politique au sommet, à Berlin, crée un vide. 

La France entend le combler par une politique activiste. Mais en avons-nous encore les moyens ?

L’initiative est du côté français. D’abord, parce que Macron y a intérêt : son plan pour la France passe par une relance vigoureuse de l’Europe. C’est, selon lui, le seul niveau approprié pour mener un certain nombre de politiques : défense, migration, climats, commerce extérieur

A l’époque de la campagne présidentielle, l’humeur dans toute l’Europe, était à l’euroscepticisme. Du reste, pratiquement tous les candidats à la présidentielle, à l’exception de son vainqueur et de Benoît Hamon défendaient des lignes eurosceptiques. Quand tous les conseillers en communication recommandaient justement d’éviter le sujet, Macron et Hamon furent bien les seuls à prendre le risque d’une campagne axée sur la poursuite du processus d’intégration européenne. Souvenez-vous : l’Europe était réputée impopulaire et les partis populistes avaient le vent en poupe. Il ne fallait pas les prendre de front…

Et pourtant, comme l’ensemble de la presse internationale l’a relevé, à l’époque : c’est le candidat le plus pro-européen qui l’a emporté en France. Preuve que la cause de l’Europe avait sans doute cessé d’apparaître comme un repoussoir. Ou bien le candidat Macron avait-il su trouver les mots pour rendre le projet européen à nouveau désirable. 

L'UE ? Macron dit qu'il est pour, mais qu'elle fonctionne mal. 

Car le discours pro-européen de Macron n’a jamais été exempt de critiques envers ce qu’est devenue l’Union européenne. Il n’a cessé de répéter qu’il était pour, mais que ça fonctionnait mal. Qu’on se perdait dans les détails. Que l’UE ne remplissait pas sa mission essentielle, qui devrait être de protéger ses peuples. Il sait bien que l’euro-allégresse qui dominait encore dans les années 1980, l’acquiescement enthousiaste à tout ce qui se passe entre Bruxelles et Strasbourg, n’est plus de mise. En 1992, Mitterrand avait dû mettre tout son poids personnel dans la balance pour faire adopter le Traité de Maastricht. Et en 2005, le référendum constitutionnel a vu le non l’emporter à près de 55 % des voix.

Plus récemment, concernant les dix dernières années, si l’UE a survécu à la pire crise de son histoire, si la monnaie unique n’a pas été emportée, si les divisions Nord/Sud sur les finances et Est/Ouest sur les migrations n’ont pas mis fin à l’Union européenne, l’édifice demeure branlant. 

Les idées de la France pour faire redémarre le projet européen.

Macron a mis la barre très haut. Il veut un budget propre de la zone euro égal à « plusieurs points de PIB » des pays y appartenant, avec un ministre des Finances pour le gérer, sous le contrôle d’un Parlement ad hoc. L’idée est de disposer d’une structure commune capable d’emprunter encore plus d’argent sur les marchés pour investir dans les infrastructures et les nouvelles technologies où nous avons accumulé des retards. Mais l’Allemagne, qui défend une ligne prudente et économe des deniers publics, peut-elle le suivre et jusqu’où ?

Macron veut aussi une Europe commerciale qui sache résister au dumping chinois. Une Europe industrielle capable de protéger ses technologies contre les prédateurs. Il veut encore une Europe de la Défense, qui mette enfin en commun ses achats de matériels et qui ne laisse pas la France seule ou presque sur les multiples terrains du monde où elle a engagé ses forces.

Cela fait beaucoup d’exigences envers une Allemagne qui n’a pas forcément les mêmes intérêts, la même histoire, ni les mêmes ambitions… Et qui, en plus, n’a pas de gouvernement !

La Grande Coalition : plus le SPD parviendra à imposer son agenda européen à la CDU, plus Macron aura des raisons de se réjouir...

Précisément. Mais Macron sait depuis le début qu’il ne pourra réformer la France que si l’Allemagne abandonne sa réserve sur l’Europe. Et que l’Allemagne ne bougera que si la France se réforme sérieusement, comme elle l’a fait elle-même. C’est un cercle vertueux. 

C’est pourquoi une sorte d’hologramme du président français hante les rencontres au sommet entre la CDU et le SPD, qui viennent de débuter. Macron peut compter sur Martin Schulz, qui a mis la barre très haut sur le dossier européen, en se référant dorénavant aux « Etats-Unis d’Europe » - ce qui a le don d’agacer la Chancelière. Merkel se considère d’abord comme garante des intérêts allemands. 

Au Parlement européen, on constate qu’existe le même clivage entre les deux grands partis. Les Sociaux-démocrates, comme Knut Fleckenstein, proclament – je cite que « le principal objectif du SPD est de prendre des mesures sérieuses pour l’UE, en la développant selon les idées du président Macron ». Et il appuie l’idée française d’un budget séparé pour l’Eurozone. Idée que refuse la CDU. Ainsi, l’eurodéputé Elmar Brock, proche de Merkel se montre sceptique : « Je ne crois pas que le SPD puisse vouloir un budget de l’Eurozone de l’ordre de 3 à 4 % du PIB. Il faudrait que ce parti nous explique comment cela serait possible. » 

En gros, plus le SPD parviendra à imposer ses idées au sein de la future coalition gouvernementale, plus le gouvernement français aura des raisons d’espérer réussir. Certes, le rapport de force, est de 33 % pour les chrétiens-démocrates contre 21 % pour les sociaux-démocrates. Mais le SPD est néanmoins en position de force : c’est Merkel qui est venu le chercher. Et c’est généralement le junior partner qui dicte ses conditions… 

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