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Cyberguerre, pas cher...

Les conditions d'une réplique à une cyberattaque

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Les Etats-Unis, victimes d'une ingérence russe, l'an dernier, ne sont pas les derniers à avoir utilisé des moyens numériques de destruction à distance.

Cyberguerre, pas cher...
Cyberguerre, pas cher... Crédits : ALEXEY MALGAVKO / SPUTNIK - AFP

Les armes nucléaires requéraient des technologies très difficiles à acquérir et à maîtriser. Elles impliquaient de disposer d’ingénieurs de haut niveau en nombre, d’installations très coûteuses. A rebours, les cyber-capacités sont à la portée de n’importe qui. Elles ne nécessitent pas d’équipes scientifiques très qualifiées et surtout elles ne coûtent pas cher. C’est pourquoi elles ont très vite intéressé les Etats-voyous… et d’ailleurs également des voyous non étatiques. Elles prolifèrent et surtout, elles vont proliférer. Ce qui embarrasse considérablement les gouvernements des pays démocratiques qui ont bien du mal à fixer les lignes rouges de ce qu’ils considèrent comme tolérable ou non. Et la meilleure manière de réagir.

Les conditions d'une réplique dans le cyberespace

Prenez l’intervention de la Russie dans les élections présidentielles américaines de 2016. Lorsque le site du Comité National du Parti Démocrate a été piraté, l’équipe d’Hillary Clinton n’a pu que faire part de ses soupçons. En rendant publics quantité d’emails échangés entre eux par les principaux responsables de sa campagne, comme Debbie Wasserman Schultz et John Podesta, il était évident que les hackers visaient à donner à Donald Trump un coup de pouce. On y apprenait notamment comment les dirigeants du Parti démocrate avaient favorisé la candidature d’Hillary Clinton au détriment de celle de Bernie Sanders aux primaires. 

Mais qui était à l’origine de ces vols ? Il a fallu plusieurs mois pour que les deux principaux départements du contre-espionnage américain, rendent publiques les conclusions de leurs enquêtes : oui, le responsable était bien le gouvernement russe. L’ancien directeur du FBI, James Comey, a témoigné devant le Congrès en juin dernier « Là-dessus, il n’y a aucun doute, a-t-il déclaré, les Russes ont interféré dans l’élection. »

« L’unique raison pour laquelle Moscou a réussi son coup, écrit Susan Hennessey, dans Foreign Affairs ce mois-ci, c’est que Washington a échoué à élaborer une stratégie de dissuasion des cyberattaques, ou à répondre avec la fermeté suffisante, lorsqu’avaient eu lieu de telles attaques. » Et elle poursuit : non seulement les Etats-Unis ont échoué à dissuader la Russie, mais c’est la Russie qui a dissuadé les Etats-Unis de procéder à des représailles significatives. 

Dans son livre, Cyberspace in Peace and War, Martin Libicki explique les causes de cet échec : se protéger d’une cyberattaque, c’est communiquer clairement à ses adversaires ce que l’on considère comme les limites à ne pas dépasser sans s’exposer à des conséquences. Le message de la dissuasion, écrit-il doit être formulé ainsi : si vous faites ceci, vous vous exposez à cela. Cela nécessite quatre préconditions : être en mesure d’identifier l’origine de l’attaque avec certitude et précision ; avoir établi des seuils de tolérance, définissant ce qui peut être toléré et ce qui ne le sera pas ; posséder une crédibilité et une capacité confirmées, ce qui implique de disposer effectivement des moyens de répliquer et la volonté politique de s’en servir.

C’est ce que n’avait pas Barack Obama. Il n’a pas voulu apparaître comme un président en fin de mandat mobilisant les moyens des Etats-Unis au service de la candidate issue des rangs de son propre parti. Il avait pourtant déclaré en 2009 : « il est clair à présent que la cybermenace est l’un des défis les plus sérieux auquel fait face notre nation, tant sur le plan économique que celui de sa sécurité. Il est non moins clair que nous ne sommes pas adéquatement préparés pour y faire face. »

Les Etats-Unis  ont été les premiers à ouvrir le feu de l’espionnage dans le cyberespace. 

Certes, les Américains ne sont pas des anges, ni des novices en matière de cyberguerre. Selon Fred Kaplan, auteur du livre, Dark Territory, les Etats-Unis peuvent même être considérés comme les premiers à avoir utilisé l’outil numérique à des fins militaires. Durant la première Guerre du Golfe, George Bush père, qui était lui-même incapable de se servir d’un ordinateur, avait fait intercepter par satellite les conversations de Saddam Hussein avec ses généraux. Ainsi les Américains disposaient-ils d’informations de première main sur la disposition et les mouvements de l’armée irakienne. Plus anecdotique : dans les années 1990, lorsque les forces de l’OTAN, déployées en soutien à la Bosnie affrontaient des manifestations serbes, les Américains ont détourné des émetteurs de télévision. A l’heure des manifestations, les téléspectateurs serbes étaient gratifiés d’épisodes inédits de la série Baywatch, destinés à les inciter à rester chez eux…

Mais le coup d’envoi de la cyberguerre, ce sont les Américains, aidés par les Israéliens, qui l’ont lancé en 2006 avec "l’opération Jeux Olympiques". Durant des semaines, les flux de gaz introduit dans les centrifugeuses de Natanz pour produire de l’uranium enrichi en Iran ont été augmentés à distance au point de détruire un quart environ des 8 700 des centrifugeuses iraniennes. Cela a retardé d’autant le programme d’acquisition de l’arme nucléaire par ce pays. Et cela sans doute a contribué à faire accepter par ses dirigeants l’ouverture de négociations sur un gel de ce programme.

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