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Une marche des Punks organisée à Londres en 1980

L'époque punk : une Angleterre horrible et désespérée

5 min
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Après le rêve enchanté du "swinging London" des sixties, le pays se réveille au milieu des squats, des grèves et de la crise de l'Etat-providence. La bande-son est assurée par les punks.

Une marche des Punks organisée à Londres en 1980
Une marche des Punks organisée à Londres en 1980 Crédits : Getty

Un pays délabré

Pour bien comprendre le mouvement punk, il faut le replacer dans le contexte économique et social de l’Angleterre de la 2° moitié des années 1970. C’était un pays délabré. C’est fort bien décrit dans le livre de Jon Savage,  England's dreaming - Les Sex Pistols et le mouvement punk, publié comme celui de Greil Marcus, déjà mentionné, aux Editions Allia. L’ouvrage de Jon Savage , fruit d’enquêtes minutieuses, corroborées par de nombreux témoignages d’acteurs de cette histoire, est le plus solide jamais publié sur l’aventure punk en Angleterre. Or, ce contexte est absolument déterminant pour comprendre le climat moral qui régnait alors sur l’île. 

Il permet de saisir tout ce qui séparait alors la scène rock de Londres, de celle de New York, à l’époque. New York aussi avait aussi ses punks. Et ils ont même précédé ceux de Londres, sans en faire tout un plat. Il est vrai qu’ils ne disposaient pas d’un théoricien-gourou-publicitaire-impresario, tel que Malcolm McLaren, l’inventeur des Sex Pistols…

Richard Hell, le premier punk, était américain

En 1975, Malcolm McLaren, abandonne son épouse la styliste Vivienne Westwood et leur boutique « Sex » sur Kings Road, pour aller s’occuper des New York Dolls. Ceux-ci lui avaient ouvert, deux ans plus tôt, les portes de l’underground new yorkais. Au CBGBs, le club rock d’avant-garde, McLaren repère tout ce qui bouge, de Patti Smith à Television. Or, le chanteur-bassiste de ce dernier groupe, Television, arbore un look qui frappe McLaren : jeans et tee-shirts déchirés, ces derniers ornés d’épingles de nourrices, cheveux hirsutes. L’année suivante, après avoir rompu avec son ami Tom Verlaine, Richard Hell formera son propre groupe et composera le morceau qui passe pour l’hymne des punks, « Blank Generation ». Une réplique à la chanson enregistrée douze ans plus tôt par les Who. A l’arrogance des jeunes Mods à scooters, certains d’incarner modernité et mobilité, l’avenir de l’Angleterre, répond le cynisme désenchanté de la « génération du vide ». Ou, pour citer Jon Savage, « l’innocence des sixties s’aigrit comme du lait caillé en cynisme des seventies ».

Oui, si le punk a eu un précurseur, c’est bien Richard Hell. Il ne s’est jamais vraiment remis qu’on lui ait volé son invention. « L’amertume de Hell, il l’admet lui-même, écrit Jon Savage, a pour cause le fait que les Sex Pistols ont réalisé ce que lui-même désirait. » Savage résume ainsi l’esprit punk à son surgissement : « C’était une esthétique intense, qui comportait une série de messages : la liberté existentielle du beat des années cinquante, l’auto-destruction magnifique du poète maudit, le côté tranchant comme un rasoir des Mods des sixties. Ca signifiait le danger et le refus, exactement comme le tee-shirt déchiré parlait de sexualité et de violence. Si une telle chose peut être identifiée, ce fut l’origine de ce qui deviendrait le style punk. »   

Tout le monde à présent détestait les hippies

Mais revenons en Angleterre avec Malcolm McLaren. Depuis juillet 1975, la Grande-Bretagne était entrée en récession. Le chômage avait atteint un record depuis la guerre. Les jeunes sans diplômes étaient les plus frappés. L’optimisme souriant des sixties avait fait long feu. Tout le monde détestait à présent les hippies et leur infantilisme naïf. Non, ils n’avaient pas changé le monde. Non, l’Angleterre n’était pas devenue « free and easy ». Au contraire, elle était horrible et désespérée, sale et violente.

Jon Savage le dit à plusieurs reprises dans son livre : sa victoire de 1945 a dissimulé à la Grande-Bretagne le fait qu’elle avait épuisé ses forces dans la guerre. La fierté d’avoir tenu, seule, au début, contre l’empire nazi, avait empêché les Britanniques de prendre conscience des considérables retards accumulés par leur pays sur le plan économique. La popularité mondiale du Swinging London durant les sixties n’avait fait que retarder davantage cette prise de conscience. Ses industries étaient vieillissantes et souffraient d’un manque criant d’investissements. Le consensus d’après-guerre sur l’état-providence était en ruines, avec les finances publiques elles-mêmes. A mesure que le pays s’enfonçait dans la crise, travaillistes, avec Tony Benn et conservateurs avec Thatcher, se radicalisaient symétriquement. Les grèves étaient incessantes. Il régnait un climat de pré-guerre civile.
C’est dans ce contexte que Malcolm McLaren fait la connaissance du premier membre du groupe rock qu’il avait en tête de former, Steve Jones, le futur guitariste des Sex Pistols.

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