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La géopolitique de l'énergie ne ressemble pas à ce qu'elle était il y a quinze ans

5 min
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Pétroles et gaz de schistes ont redistribué les cartes. Au profit des Etats-Unis.

La géopolitique de l’énergie réserve décidément bien des surprises. Comme on sait, l’énergie prépondérante, à chaque période de l’histoire économique favorise les pays qui en sont dotées et fragilise les autres en les rendant dépendants d’approvisionnements extérieurs. Et la crainte d’une rupture de ces  approvisionnements explique une bonne part de leur politique étrangère. S’ils considèrent ces approvisionnements, vitaux pour leur économie, comme menacées, les Etats dépendants en énergie, peuvent entrer en guerre. La course aux ressources énergétiques est donc un des facteurs déterminants de l’histoire diplomatique et militaire moderne. On va le voir, rien n’a changé sur ce point.

Au XIX° siècle, les nations qui possédaient des mines de charbon bénéficièrent d’un atout extraordinaire. Elles purent se lancer, les premières, dans l’aventure de l’industrie. Au XX° siècle, l’âge du pétrole redistribua les cartes de la puissance. Mais on n’en prit vraiment conscience que dans les années 1970. En 1973, l’embargo pétrolier décidé par les pays producteurs de pétrole de l’OPEP pour punir l’Occident de n’avoir pas pris suffisamment ses distances avec Israël, révéla l’extraordinaire dépendance envers les hydrocarbures où étaient tombées l’Amérique du Nord et plus encore, la vieille Europe. 

Mais la perception de la menace d’une rupture des approvisionnements en pétrole fut artificiellement aggravée par les fausses estimations concernant l’état des ressources en hydrocarbures. A cette époque, écrit Samuele Furfari, professeur de géopolitique de l’Energie à l’Université Libre de Bruxelles, les prospectivistes étaient aveuglés par les prévisions erronées du Club de Rome. Ce groupe d’experts avait tiré, « de modèles discutables, la prédiction que le monde connaîtrait la pénurie de pétrole avant l’an 2000 ». « En adhérant à ce dogme inexact, les pays développés – je cite encore Furfari – ont permis aux dirigeants autoritaires de pays riches en ressources en hydrocarbures, comme Kadhafi en Libye et Khomeiny en Iran » de se livrer à des chantages sur l’Occident. Comme l’écrit Joseph Nye, l’ancien Secrétaire adjoint à la Défense de Bill Clinton, aujourd’hui professeur à Harvard, « le pouvoir était passé entre les mains des producteurs ». La puissance de l’OPEP était à son zénith.

En 2000, on s’est aperçu que les réserves mondiales de pétrole n’étaient nullement épuisées… 

Oui, mais d’autres experts décrétèrent alors qu’on avait atteint le fameux « pic pétrolier ». Et, sur la base de cette fausse information, les prix se mirent à flamber, annonçant, encore une fois, un épuisement des ressources qui n’aurait été que provisoirement retardé de quelques décennies. 

Dans les années 1990, ce fut au tour de la Russie de jouer avec les coupures de livraisons de gaz. Les petits Etats échappés de l’URSS, comme l’Ukraine, ou du Pacte de Varsovie, comme la Bulgarie et la Hongrie, furent punies et passèrent des hivers au froid. Comme lors de la crise du pétrole des années 70, l’Europe se découvrit dangereusement dépendante pour son énergie, envers l’extérieur. Et l’indépendance énergétique redevint une obsession. Face à cette nouvelle menace de rupture des approvisionnements, l’Union européenne se divisa, chaque Etat membre cherchant à ménager ses propres intérêts et ses liens avec la Russie, plutôt que d’offrir un front commun.

Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, mais nous tardons à en prendre conscience. 

Depuis quelques années, nous sommes entrés dans une ère toute nouvelle. Mais nous tardons à en prendre conscience. Les pays anciennement développés se sont, en effet, affranchis dans une large mesure de leur dépendance énergétique. L’Europe, parce qu’elle mise énormément sur les énergies renouvelables, produites sur place. Les Etats-Unis, parce qu’ils sont devenus les premiers producteurs de pétrole du monde.  

Les progrès spectaculaires accomplis, tant dans le domaine de la prospection et l’extraction des hydrocarbures, que dans leur extraction et leur transport, ont, en effet, permis d’en relancer la production. De nouvelles ressources de gaz ont été découvertes en bien des endroits, notamment en mer. « Israël est assis sur une réserve gazière offshore estimée à 800 milliards de m², suffisante pour alimenter le pays en gaz pendant 130 ans sur la base de sa consommation actuelle ». Un phénomène qui ne manquera pas d’avoir des répercussions, à la fois dans la région, au Moyen Orient, mais plus largement, dans les relations entre ce pays et le reste du monde… Entre le Sénégal et la Mauritanie, ont été découvertes de très importantes réserves. Le Sénégal, l’un des pays les plus pauvres du monde, pourrait bien devenir demain un nouveau Qatar… Idem pour le Mozambique, dont les réserves de gaz offshore sont considérables (Rovuma).

Mais surtout l’extraction des gaz et pétroles de schistes, en Amérique du Nord, a redistribué les cartes de la puissance énergétique. La production des Etats-Unis, évaluée par Furfari, à 8,8 millions de barils par jour, est supérieure à celle de l’Irak et de l’Iran réunis. Comme l’écrit Joseph Nye, "le boom du schiste a fait passer les Etats-Unis du statut d’importateur d’énergie à celui d’exportateur." Le ministère américain de l’Energie estime que le pays dispose de 26 mille milliards de m² de gaz de schiste techniquement récupérables. Soit une réserve d’hydrocarbures pour plusieurs décennies. L’Amérique du Nord devrait atteindre l’autonomie énergétique dès l’année 2020. Ce sont les Américains, et plus l’OPEP, qui fixent les prix…

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