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Autriche : la victoire d'un populisme à visage humain

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Les conservateurs ont finalement pris le dessus sur les populistes. En s'emparant de certaines de leurs idées : immigration, islam.

Longtemps en tête des sondages, le parti de Haider n'arrive qu'en 3° position. Pourquoi ?

Ce qui s’est passé en Autriche, dimanche dernier, concerne en effet toute l’Europe. Parce qu’on a assisté à la victoire d’une forme de populisme light très révélatrice d’un état d’esprit qui n’est nullement spécifique à ce pays. Aussitôt les think tanks et les revues spécialisées ont cherché à tirer les leçons du scrutin. Et que disent-ils ?

Première observation : la victoire du vieux parti de droite ÖVP, arrivé en tête dimanche avec 31 % des suffrages doit tout à son leader, Sebastian Kurz. La formation, d’origine chrétienne-démocrate et qui a participé au pouvoir de manière ininterrompue depuis 30 ans, était usée, victime de la fatigue qui n’épargne pratiquement plus aucun parti de gouvernement en Europe. Durant toute l’année 2016 et encore au début de cette année, les sondages attribuaient la victoire au parti populiste d’extrême droite, FPÖ. Ce Parti de la Liberté s’est longtemps identifié à son leader Jörg Haider, gouverneur de Carinthie, qui s’est tué dans un accident de voiture en 2008. Il a failli porter l’un des siens – et pas le plus présentable –, Norbert Hofer, à la présidence fédérale de la République de 2016.

Mais finalement, aux législatives de dimanche, le parti populiste a rétrogradé à la 3° place, avec 26 % des voix, juste derrière les sociaux-démocrates qui en ont obtenu presque 27. Pourquoi ce recul ?

Le FPÖ, dirigé par Heinz-Christian Strache, doit ce relatif échec à ses positions très dures sur l’Europe et à son enthousiasme, trop bruyant, pour Donald Trump. Le FPÖ exigeait un référendum sur le maintien de l’Autriche dans l’Union européenne, à l’exemple de celui sur le Brexit, et l’abandon de l’euro. Mauvais calcul, si l’on en croit les sondages publiés dans un ouvrage sur la démocratie en Europe qui paraît cette semaine sous la direction de Dominique Reynié. Si 28 % des Autrichiens considèrent l’appartenance de leur pays à l’Union européenne comme « une mauvaise chose », ils sont toutefois plus nombreux (42 %) à considérer cette appartenance comme une « bonne chose ». Et 70 % d’entre eux souhaitent conserver l’euro. En outre, les sérieuses difficultés économiques rencontrées par les Britanniques depuis le référendum sur le Brexit ont sérieusement refroidi les ardeurs europhobes du FPÖ. Le parti populiste a mis un bémol à ses exigences, rétropédalant notamment sur son idée de référendum. Mais du coup, il est apparu comme louvoyant.

Les conservateurs ont pioché dans le programme des populistes, sans rien lâcher sur l'Europe.

Le parti ÖVP a été, de tout temps, en Autriche, le parti européen par excellence, comme l’ont été, de manière générale, les partis démocrates-chétiens. La victoire de l’ÖVP, avec 31 % est un succès personnel pour son leader, Sebastian Kurz. Les sondages ont commencé à être favorables à son parti aussitôt qu’il a en pris le contrôle, en juillet et qu’il devint officiel qu’en cas de victoire, c’est à lui que reviendrait le poste de chancelier. Kurz est extrêmement populaire parce qu’il combine les atouts d’une extrême jeunesse (à 31 ans, il va devenir le plus jeune chef de gouvernement d’Europe et peut-être du monde), et d’une grande expérience politique : il a été membre de tous les gouvernements autrichiens au cours des 7 dernières années. D’abord, comme Secrétaire d’Etat à l’intégration, puis comme ministre des Affaires étrangères, enfin comme ministre de l’intégration, des affaires européennes et internationales. En mai, il a lancé une offensive contre le gouvernement de coalition sociaux-démocrates / chrétiens-démocrates dont il faisait partie et appelé à des élections anticipées. Ce qui lui a permis de faire campagne sur le thème de la rupture et du renouveau. Avec pour son slogan de campagne : Zeit für Neues « le temps de quelque chose de neuf ». Ce qui ne manque pas de « culot », comme l’écrit Franz-Stefan Gady dans Foreign Affairs.

Kurz a fait le constat que la crise de la démocratie en Europe est d’abord une crise d’usure des partis existants. Il a relooké complètement le vieux parti ÖVP, pourtant au pouvoir en coalition avec les sociaux-démocrates depuis des lustres. Il a pu se targuer d’avoir provoqué ces élections anticipées. « Il fait partie du « groupe de politiciens qui ont eu l’habileté d’injecter une énergie nouvelle au centre », estime Philip Oltremann dans The Guardian de Londres, qui l’associe à Macron.

Mais la victoire de Sebastian Kurz est surtout attribuée au fait qu’il s’est emparé d’un certain nombre de thèmes de l’extrême droite, mais pas tous. L’Autriche, gouverné à l’époque par une coalition de sociaux-démocrates et de chrétiens-démocrates avait participé à l’accueil de la vague migratoire, aux côtés de l’Allemagne de Merkel, en 2015. Ce pays de 9 millions d’habitants avait accepté 130 000 migrants sur son sol, soit davantage proportionnellement que l’Allemagne elle-même. Mais les effets de l’immigration sont à présent jugés négatifs par 62 % des Autrichiens et 65 % d’entre eux considèrent l’islam comme une menace.

Kurz a mené une campagne très dure sur ce thème, rappelant qu’il était le principal responsable de la fermeture de la « route des Balkans » et qu’il était à l’origine d’une loi proscrivant le port de la burqa qui rentre, ce mois-ci en application dans son pays. Son programme comporte une « fermeture du passage de la Méditerranée » par l’Agence européenne Frontex et des restrictions au droit d’asile. Le célèbre essayiste autrichien Franz Schuh a résumé ainsi : « le programme de Kurz, c’est un FPÖ à visage humain ».

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