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Les Sex Pistols en concert en 1977 .

Un concentré de chaos

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Alors que les années 1970 avaient été placées sous le signe de la survie, les punks relancent, en fin de décennie, la machine du rock. A tout casser !

Les Sex Pistols en concert en 1977 .
Les Sex Pistols en concert en 1977 . Crédits : Redferns - Getty

Dans son livre-fleuve, Lipstick Traces, fatras théorique consacré à une tentative d’esthétique générale du punk et manifestement écrit sous speed, Greil Marcus a parfois des intuitions géniales. Ainsi, lorsqu’il caractérise l’esprit des seventies comme hanté par l’idée de survie

Rappelons que les sixties, dans leur recherche d’une autre dimension de l’existence, dans leur exploration de nouveaux états de conscience, qui s’était traduite par une tentative avortée de révolution culturelle et politique, avaient laissé sur le carreau nombre de leurs acteurs. Jimi Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones, Jim Morrison sont les plus connus. Mais des milliers d’anonymes s’étaient brûlés les ailes. 

« Maintenant, écit Greil Marcus, les morts, les dépressifs et les têtes brûlées rescapées des combats et des expériences de cette époque s’étaient reconvertis dans le mot d’ordre cliché des années soixante-dix : la survie. » Nombre de chansons de l’époque déclinent ce thème. Pour les anciens des sixties, atteignant la trentaine, l’obsession des années 70, écrit encore Greil Marcus, c’était « garder son boulot, rester marié, ne pas être en hôpital psychiatrique, ou simplement ne pas mourir. »  On avait survécu à l’insurrection, à l’apocalypse. Le temps était venu de faire un bilan des expérimentations. Le monde adulte reprenait la main et commençait à faire le procès de la « permissivité » des sixties. C’était l’un des axes de la reconquête culturelle entreprise alors par Thatcher. Mais la culture punk elle-même était habitée par un étrange sentiment de culpabilité, comme l’a très bien expliqué plus tard, Johnny Rotten. 

C’est dans ce contexte profondément désenchanté que les Sex pistols sont apparus sur la scène, en 1976.

Malcolm McLaren en repéra le premier membre, Steve Jones, parce qu’il venait régulièrement voler des vêtements dans sa boutique. "Forcément, j’ai été obligé de le saisir par le bras, témoigna McLaren. J’ai alors croisé un regard incroyable." Steve Jones, qui avait séché l’école en compagnie de son ami Paul Cook, le futur batteur des Sex Pistols, ne savait pas s’exprimer avec des mots. Il voulait former un groupe de rock. Pour se procurer le matériel, il se lança dans une série de cambriolages au domicile des musiciens qu’il admirait le plus. Chez Keith Richards, il déroba des fringues et un téléviseur couleur. Chez Rod Stewart, deux guitares, dont une authentique LesPaul. Mais le plus gros coup, il le commit en se laissant enfermer la nuit au Hammersmith Odeon, où jouait alors David Bowie. Là, il emporta tout le Public Adress System, des micros de prix. Ancêtre des Sex Pistols, le groupe commença à répéter dans un local loué par Malcolm McLaren, au Covent Community Centre. 

John Lydon, dit Johnny Rotten, à cause de ses dents pourries, était, je cite Jon Savage, « _un volcan de sarcasme et d’hostilité verbale ». Sid Vicious s’appelait John Simon Ritchie. C’est John Lydon qui l’avait baptisé Sid, du nom de son hamster. Quant à « Vicious_ », le nom fut choisi en référence à une chanson de Lou Reed figurant sur l’album Transformer. Les deux garçons, chassés de leurs familles, avaient vécu dans des squats à Hampstead. Les trois autres Sex Pistols, à l’époque le guitariste Steve Jones, le batteur Paul Cook et le bassiste Glen Matlock ont détesté Johnny Rotten d’emblée. Il ne savait pas chanter. Mais Malcolm McLaren aimait son look : Johnny « Le pourri » avait les cheveux hérissés et teints en vert ; il avait constamment l’air teigneux. Il se prenait pour Pinkie, l’anti-héros du roman, Rocher de Brighton de Graham Greene ; un petit gangster vicieux qui tente d’obtenir de l’adolescente naïve qu’il a séduite et épousée, qu’elle se suicide, afin qu’elle ne puisse pas témoigner contre lui… 

Dans son livre déjà cité, Lipstick Traces, Greil Marcus insiste sur la fulgurance du punk. « Ce qui doit être dit doit l’être très vite », explique-t-il. « Cette énergie va disparaître, cette volonté va se fracasser. » Si le rock’n roll affichait la couleur dès son apparition, dans les années 50, avec l’hymne de Danny and the Juniors, « Rock’n roll is here to stay », le punk, au contraire, « anticipe sa propre destruction, la recherche parfois ». Inspiré par les situationnistes, il ne cherche que des occasions de créer des événements éphémères, des situations où tout redevient possible où la vie  dévoile des dimensions inédites. « C’était un concentré de chaos ». Le rock’n roll, dira après-coup Johnny Rotten « n’était que la première chose, parmi d’autres, que les Sex Pistols avaient pour projet de détruire ». 

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