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Brexit : scénario "hôtel California" ou redéploiement partisan sur le modèle macronien ?

5 min
À retrouver dans l'émission

L'extrême difficulté rencontrée par le le gouvernement de Theresa May à gérer la rupture avec l'UE pourrait bien provoquer une révolution politique en Grande-Bretagne.

je le disais hier : durant la période de transition qui s’ouvrira en avril 2019 le Royaume-Uni sera soumis à toutes les décisions d’une Union européenne auxquelles il ne participera plus… Position inconfortable ! Il paiera sa cote-part sans avoir voix au chapitre. On l’a compris : les négociateurs de l’Union européenne, leur chef, Michel Barnier en tête, sont décidés à imposer aux Britanniques un divorce difficile et coûteux. Une sorte d’avertissement : l’Union veut éviter à d’autres Etats membres la tentation de l’Exit… 

Mais durant cette période où son pays sera devenu un « Etat vassal de l’Union européenne, » comme l’avertit Boris Johnson, le pays, assure Theresa May, négociera un nouveau partenariat « spécial et profond » avec l’UE. Mystification ! avertit Anatole Kaletsky. La période imposée, à dessein, par l’UE – 21 mois – est bien trop courte pour parvenir à mener à terme des négociations commerciales et autres qui nécessiteront plusieurs années supplémentaires. « Et que se passera-t-il au terme de la période de transition, demande cet économiste réputé ? Réponse : une nouvelle transition ! "

Un scénario "hôtel California"

Car le gouvernement britannique voudra éviter d’arriver aux élections, prévues en 2022, dans la situation angoissante qui résulterait d’une rupture avec le marché unique et l’union douanière européens. Plutôt que les scénarios « Norvège moins » et Canada plus », Kaletsky voit donc s’en profiler un autre, qu’il baptise « le scénario Hôtel California » du nom de cet hôtel où, selon le final de la chanson, vous pouvez régler votre note à tout moment, mais le quitter, vous ne le pouvez jamais…

Et Kaletsky d’imaginer, face à cette révélation, une révolte des Brexiters de son parti, obtenant le départ de Theresa May du 10 Downing Street. Donc de nouvelles élections anticipées, probablement gagnées par une coalition réunie autour des travaillistes. Et ceux-ci contraints d’organiser un nouveau référendum susceptible d’annuler celui du 23 juin 2016… C’est un scénario que n’a pas hésité à évoquer publiquement l’un des membres du gouvernement actuel, le ministre de la Santé, Jeremy Hunt.

La question européenne, comme en France, transcende la clivage droite/gauche

En effet, et du coup, certains observateurs, tel l’historien Harold James, n’hésitent pas à prédire un réalignement politique radical sur le modèle de celui que connaît actuellement la France. De même que la question européenne divisait, chez nous, en leur sein et la droite et la gauche, le Brexit – je cite - « transcende l’ancien fossé qui sépare les deux grands partis politiques britanniques ». Au sein du groupe conservateur à la Chambre des Communes, on trouve une petite minorité qui considère le Brexit comme une catastrophe ; un large groupe central qui souhaite limiter les dégâts grâce à des compromis négociés ; et puis un certain nombre d’europhobes, opposés à tout compromis, qui poussent à un hard Brexit, afin de rompre nettement avec l’Union européenne. 

Mais chez les travaillistes, vous avez aussi une fracture profonde entre une direction radicalisée par Jeremy Corbyn et la majorité du groupe parlementaire. La direction est profondément hostile à une Union européenne qu’elle juge beaucoup trop libérale et susceptible de l’empêcher de mettre en œuvre son programme socialiste. Mais une majorité d’élus à la Chambre des communes juge positivement l’UE. « Parce qu’aucune question fondamentale ne sépare les Conservateurs pro-UE des Travaillistes pro-UE, écrit Harold James, la coopération entre les partis a commencé à se mettre en branle. » 

Une révolution "macronienne" en Grande-Bretagne ?

Et cet historien de Princeton d’envisager la possibilité de voir émerger en Grande-Bretagne un nouveau parti politique, sur le modèle de La République en Marche. « Le Brexit a déclenché une révolution dans ce pays sans tradition révolutionnaire », conclut Harold James. 

« A l’avenir, il y a deux scénarios possible », écrit-il. Le premier serait la poursuite du chaos actuel « jusqu’à ce que le Royaume-Uni s’écrase sur le marché unique européen et sur l’Union douanière ». Mais ce scénario laisserait derrière lui « une scène jonchée de cadavres politiques » et déboucherait sur une « catastrophe économique ». L’autre scénario – je le cite encore : « le bon sens l’emporte : _un pragmatisme inspiré du style Macron prend racine en Grande-Bretagne_, et supplante le populisme qui a alimenté la campagne du Leave. » 

Précisément, sur le site La Vie des Idées, l’historien français Laurent Warlouzet vient de mettre en ligne un texte très intéressant parce qu’il replace le Brexit dans le contexte historique des relations entre la Grande-Bretagne et l’Europe. Pour lui, le populisme et la révolte anti-élites ne sont pas la seule piste à explorer si l’on veut comprendre la logique du Brexit. 

En réalité, la Grande-Bretagne a constamment joué un rôle très important dans les tentatives successives de d’organisation de l’Europe. Mais elle l’a toujours fait en poursuivant un objectif de libre-échange, sur le plan commercial par le biais de coopérations intergouvernementales, sur le plan politique. Elle a toujours été rétive, par contre, face aux abandons de souveraineté dessinant un horizon franchement fédéral. Bref, elle quitte l’Union parce que celle-ci correspond de moins en moins à ses propres attentes. J’y reviendrai demain.

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