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Le Tour du monde des idées : Mercredi 7 septembre 2016

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À retrouver dans l'émission

La Syrie, cas d'école pour une UE impuissante.

Nous parlons depuis lundi de la politique politique extérieure et de sécurité commune de l’Union européenne. Quel bilan peut-on tirer de cette politique en Syrie ?

Désastreux, si l’on en croit Marc Pierini, ancien ambassadeur de l’UE en Turquie. Pour le think tank américain Carnegie Europe, il vient de publier une étude assez fouillée sur notre incapacité collective à jouer un rôle effectif ce conflit. Une guerre qui dure depuis plus de 5 ans, qui a fait 280 000 morts, et a provoqué l’exil de 4 millions 800 000 personnes.

Il s’agit d’un véritable cas d’école. C’est un conflit d’une extrême violence. Il se déroule à nos portes. Il a de très importantes conséquences sur l’Europe, qu’il risque d’entraîner dans le maelstrom de violence ayant son épicentre en Syrie. Et nous avons été incapables de définir et encore moins de mettre en œuvre une politique contribuant si peu que ce soit à sa résolution.

En gros, la seule chose que l’Union européenne sache faire, et elle l’a fait, c’est donner de l’argent. Notre aide humanitaire s’est élevée à 8 milliards d’euros, essentiellement destinée à la Turquie. C’est une somme importante ; mais elle ne s’est pas traduite par une capacité d’influence sur le règlement de la crise. Concrètement, nous n’avons compté pour rien, malgré les conférences de Vienne. Or, aux yeux des opinions publiques européennes, ce contraste entre l’impuissance collective et les conséquences humaines, démographiques, de cette crise a beaucoup contribué à décrédibiliser l’UE.

D’autant qu’on a pu constater, a contrario, la démonstration de force de la Russie, intervenue en septembre 2015 pour sauver al-Assad. C’était un message adressé aux Occidentaux. L’époque où, Américains et Européens, nous pouvions renverser Saddam Hussein ou Mouammar Kadhafi, cette époque est terminée. La Russie a des amis et sait les défendre. Les Américains, qui ne sont plus désireux de garantir à la sécurité du Proche-Orient en tiennent compte. Mais c’est également le cas de la Turquie, qui a changé de politique en Syrie.

Si l’on en croit Marc Pierini, un expert du dossier donc, la Turquie ne cesse de s’éloigner de l’Union européenne. Au niveau des standards démocratiques, c’est encore plus évident depuis la tentative de putsch du 15 juillet dernier et le tour de visse donné par Erdogan. Mais ce ne sont pas seulement les perspectives de l’adhésion qui s’éloignent, c’est le désir mutuel de s’unir… Pourtant, nous avons grand besoin de poursuivre le dialogue avec Ankara, souligne Pierini : les approvisionnements énergétiques, le contre-terrorisme, les réfugiés...

Mais ce qui a frappé les opinions européennes, c’est le fait que la chancelière allemande ait été négocier directement avec Erdogan sur cette question des réfugiés. Elle réagissait ainsi au peu d’empressement de ses partenaires de l’UE – à l’exception de la Suède - à prendre leur part de la vague de migrants échoués sur les îles grecques et les côtes italiennes.

La chancelière allemande vient d’enregistrer un échec aux élections dans son propre Land de Mecklembourg-Poméranie Occidentale. La question des réfugiés a joué un rôle décisif dans cette élection. Où en est leur intégration en Allemagne ?

Der Spiegel donne des chiffres précis : 325 000 enfants réfugiés ont été intégrés dans le système éducatif allemand au cours des deux dernières années. 322 000 migrants se sont venus reconnaître le droit d’asile en juillet dernier ; il leur donne le droit de chercher un travail en Allemagne, mais seuls 400 d’entre eux ont pu jusqu’ici trouver un emploi à plein temps. Malgré l’implication d’une centaine de sociétés allemandes dans un programme destiné à faciliter l’intégration. Outre le problème de la formation, il y a d’abord l’obstacle de la langue. 12 000 nouveaux professeurs d’allemand langue étrangère ont été recrutés ces derniers mois. Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a prévu une enveloppe de 17 milliards en 2017 pour l’accueil des réfugiés, dont un milliard et demi pour la construction de logements destinés aux immigrés destinés à demeurer en Allemagne. Parce qu’actuellement, 220 000 migrants n’ont pas obtenu le droit d’asile ; ils sont théoriquement requis de quitter le pays. Mais un processus massif de reconduction dans leur pays d’origine est peu probable, écrit le Spiegel : l’Allemagne ne veut pas se retrouver avec une masse énorme de clandestins. La question de l’accueil des migrants divise et polarise la société, conclut le Spiegel.

Toujours sur l’autre rive du Rhin, on relèvera l’article assez désespéré de Joschka Fischer, l’ancien ministre Vert des Affaires étrangères. Selon lui, c’est « la dernière chance pour l’Europe ». L’ordre du monde est en train de changer très rapidement, avec le basculement de son centre de l’Atlantique au Pacifique. Ce qui a remplacé le monde bipolaire de la Guerre froide, ce n’est pas l’utopie européenne d’un monde débarrassé des rivalités et des conflits. Ce n’est pas non plus l’internationalisme libéral version occidentale, non, ce que nous vivons, c’est une mondialisation multipolaire et porteuse de tensions. Si l’Europe renonce à son projet d’intégration et d’unification, « un désastre nous attend », écrit Joschka Fischer. Appel qui fait écho à celle formulée, hier, par le commissaire français Pierre Moscovici, « ou nous serons la Commission de la dernière chance, ou nous serons la dernière Commission »…

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