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Géopolitique de l'énergie : la Chine essaie d'échapper au tout-charbon

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Les villes-étapes construites sur la nouvelle "Route de la Soie".

Atelier du monde, spécialisé dans l’industrie lourde et manufacturière, dans la construction, toutes activités énergétivores, la Chine est aussi le plus gros consommateur d’énergie du monde. Selon le World Energy Outlook de l’Agence internationale de l’énergie, la Chine consomme près du quart de l’énergie mondiale. Selon les prévisions, elle en absorbera jusqu’à 28 % en 2035, quand les Etats-Unis ne s’attribueront plus que 12 % du total mondial. Significatif du rapport de puissance entre les deux pays.

Jusqu’à présent, la source d’énergie principale a été celle qui était la plus accessible sur place, à savoir le charbon. 500 millions de tonnes en 1990, six fois plus, l’an dernier. Le charbon continue à dominer le mix énergétique chinois, assurant les 2/3 de la demande

En outre, l’équipement rapide de la population en automobiles individuelles a fait bondir la consommation d’essence. Avec 12 millions de barils par jour, la Chine est devenue aussi le plus gros importateur mondial de pétrole. D’où une dépendance envers certains producteurs. Et la nécessité absolue de contrôler les voies d’approvisionnement, préoccupation à laquelle le projet One Belt, One Road est censée apporter une réponse. 

Il comporte en particulier la création de villes-étapes entre la Chine et l’Europe. Ainsi l’ancien petit village de pêcheurs de Duqm, dans le sultanat d’Oman, sur la côte désertique de la mer d’Arabie, devrait atteindre les 100 000 habitants en 2022. La Chine y investit des sommes considérables. Il y aura une raffinerie de pétrole, une usine de production de panneaux photovoltaïques, une autre de montage automobile. En échange, le sultanat réserve 77 % de son pétrole brut à la Chine. Tout le long de sa route de la soie, la Chine fait ainsi surgir des villes, comme à Khorgos, au Kazakhstan. Autant de villes-étapes pour ses approvisionnements, comme pour ses exportations vers l’Asie centrale et l’Europe.

Mais la pollution, le smog qui recouvre la plupart des grandes villes chinoises a provoqué une prise de conscience du caractère insoutenable d’un tel développement. En 2013, sur les 74 agglomérations qui ont effectué des mesures de la pollution atmosphérique, 71 dépassaient les taux considérés comme problématiques. Le président Xi JinPing a annoncé un tournant : « rendre le ciel à nouveau bleu ». 

La Chine se présente dorénavant en leader des énergies renouvelables.

« On pourrait douter de la volonté effective de Pékin d’engager une transformation aussi profonde génératrice d’autant d’incertitudes », écrit Patrick Criqui, sur le site The Conversation. Et cependant, relève-t-il, de la capacité de la Chine à enchaîner rapidement la séquence – ralentissement économique, plafonnement des émissions, décarbonation à long terme – dépend l’avenir du climat de la planète. »

La direction chinoise a annoncé que le pays atteindrait son pic d’émissions de gaz à effets de serre en 2030 et s’est engagé ensuite à les réduire progressivement. L’engagement pourrait être tenu si on considère les progrès considérables déjà accomplis par les Chinois dans l’efficacité énergétique de leur économie. Entre 1980 et 2010, l’économie chinoise a été « multipliée par un facteur 18, tandis que sa consommation en énergie n’a été multipliée que par 5 ». Soit une baisse de 70 % en intensité énergétique par unité produite. La Chine entend favoriser les énergies non fossiles (renouvelables plus nucléaire), de manière à ce qu’elles couvrent 15 % de la consommation énergétique du pays dès 2020 et 20 % en 2030.

Nick Butler, du Financial Times, doute de la capacité du pays à atteindre ses objectifs ambitieux. Les infrastructures ne sont pas prêtes pour un tel basculement, écrit-il. Les voitures électriques consomment une électricité qui est encore très majoritairement d’origine carbonée… En outre, l’industrie d’extraction du charbon emploie 4 millions de personnes. Il faudrait penser à leur reconversion. 

La Chine est le leader mondial des énergies renouvelables et leur consacrerait plus de 100 milliards de dollars par an. Elle investit aussi dans des projets d’énergie renouvelable à l’étranger (32 milliards par an). Elle  occupe la première place pour la construction de panneaux solaires photovoltaïques. Ses prix seraient inférieurs de près de 20 % à ceux de ses concurrents. Dans le domaine des éoliennes, elle a comblé son retard. La Chine a fait main basse sur les « terres rares », nécessaires à la fabrication des panneaux solaires, aux batteries et aux moteurs électriques. Elle a déjà administré la démonstration de l’usage géostratégique qu’elle peut faire de cette ressource, lorsqu’elle a coupé ces approvisionnements, vitaux pour ce pays, au Japon, en 2010,  suite à un conflit maritime.

Enfin, la Chine mise beaucoup sur l’énergie nucléaire. L’an dernier, elle exploitait 36 réacteurs. Mais 20 autres sont en construction, dont la moitié de 3° génération. Elle s’appuie sur sa propre technologie et espère l’exporter. La Chine est en outre l’un des pays leaders sur le marché de la voiture électrique (environ 40 % du marché mondial).

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