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31 ans : l'âge du nouveau chancelier fédéral d'Autriche, Sebastian Kurz.

Sebastian Kurz et Emmanuel Macron

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Un parallèle et de grandes différences entre ces deux jeunes dirigeants européens.

31 ans : l'âge du nouveau chancelier fédéral d'Autriche, Sebastian Kurz.
31 ans : l'âge du nouveau chancelier fédéral d'Autriche, Sebastian Kurz. Crédits : ROBERT JAEGER - AFP

Sebastian Kurz, 31 ans, leader du parti de droite ÖVP, sera le prochain chancelier d’Autriche. Son parti est arrivé en tête des élections législatives de dimanche dernier. Plusieurs commentateurs européens font un parallèle avec la victoire d’Emmanuel Macron chez nous. A part la jeunesse, qu’est-ce qui permet de comparer ces deux victoires électorales ?

Ces deux politiques ont capitalisé sur une désillusion. Dans toute l’Europe, on assiste à « un malaise dans la démocratie représentative », écrit Anne Muxel dans l’ouvrage collectif « Où va la démocratie ? », qui vient de sortir. Dans l’ensemble des pays européens, 60% des citoyens disent ne pas faire confiance au Parlement, 65 % pas faire confiance à leur gouvernement, et 82 % à ne pas faire confiance aux partis politiques… Un tiers des jeunes aspirent à un pouvoir autoritaire.

Une nouvelle génération de responsables en a pris conscience et tente de proposer une offre nouvelle. Macron et Kurz lui doivent leur récente victoire électorale. Mais la différence entre les deux hommes, c’est que Macron a fait le pari risqué de créer de toute pièce un mouvement à sa main, La République en Marche, tandis que Kurz, qui a fait toute sa carrière au sein de l’ÖVP, a préféré se servir des finances et des structures du vieux parti conservateur autrichien. Mais il s’est livré à une opération de rebranding, comme on dit en marketing, c’est-à-dire de modification de l’image de son « produit » politique.

Ce qui commence toujours par une nouvelle identité visuelle. Nouvelle police de caractères, mais surtout nouvelle couleur. Les membres du « Team Kurz » portent des tee-shirts ou sweet-shirts bleu turquoise, couleur omniprésente dans ses meetings comme sur ses affiches. En raison du discrédit dans lequel sont tombés les vieux partis, les candidats de l’ÖVP ont été priés de se présenter sous le label « Liste Sebastian Kurz ». Celle-ci comportait, pour la première fois, 50 % de femmes. La personnalisation est maximale : 42 % des électeurs de l’ÖVP admettent avoir « voté pour Kurz » et une majorité de l’électorat le crédite de « vouloir vraiment changer les choses ».

Mais politiquement, Kurz et Macron divergent de manière radicale : l’Autrichien a misé sur la reconquête d’une partie de l’espace conquis par l’extrême droite dans son pays, en adoptant une ligne très dure en matière d’immigration. Il suit en cela l’exemple du premier ministre libéral Mark Rutte, aux Pays-Bas. Celui-ci est parvenu à faire reculer les populistes néerlandais de Geert Wilders en opérant un tournant sur la politique migratoire, menaçant d’expulser les immigrés qui ne « se comportent pas normalement ». Mais l’Autrichien Kurz va beaucoup plus loin. Non seulement, il entend fermer son pays à l’immigration, mais il s’est engagé à limiter l’accès aux prestations sociales aux personnes résidant sur le territoire depuis plusieurs années. Lorsque les conservateurs britanniques avaient envisagé ce genre de mesures, ils avaient été mis en garde par l’Union européenne qui refuse ces discriminations.

Macron pratique une toute autre stratégie, celle de l’omelette qu’on coupe par les deux bouts, afin de se constituer un solide bloc central. Il ne cherche pas à mordre sur l’extrême-droite.

Mais Sebastian Kurz ne se contente pas de piller le programme de l’extrême droite autrichienne. Il envisage de gouverner en coalition avec le FPÖ… Une coalition droite / extrême droite a déjà gouverné l’Autriche entre 1999 et 2005. Et les convergences entre les deux partis sont nombreuses. Et pas seulement sur les questions de l’immigration et de l’islam. Ils sont également favorables à une baisse des impôts qui se traduira inéluctablement par une baisse très sensible des prestations sociales.

Mais cela pose la question de savoir comment le président fédéral, Van den Bellen, un écologiste, peut bloquer certaines politiques politiques. Même s’il sort de ces élections législatives affaibli par le mauvais score de son propre parti (les Verts n’ont obtenu que 4%, ce qui ne leur permet pas d’être représentés au Parlement) le président autrichien dispose de pouvoir de vétos relativement importants.

Reste aussi à savoir aussi quelle attitude adoptera l’Union européenne. En 1999, le gouvernement autrichien avait été « mis sous surveillance » par plusieurs Etats membres. Cette fois, l’affaire apparaît encore plus sérieuse, car la présidence tournante reviendra à l’Autriche durant le deuxième semestre 2018. Les populistes du FPÖ réclament l’attribution du ministère des Affaires étrangères et européennes à Norbert Hofer, leur candidat battu à la présidentielle de l’an dernier. Une telle nomination serait considérée comme une provocation par l’Union européenne dans un tel contexte.

L’Autriche risque de basculer du côté des pays gouvernés par des partis populistes et autoritaires comme la Hongrie et la Pologne. Et on peut s’attendre aussi à ce que sa politique extérieure soit assez favorable à la Russie, avec laquelle le FPÖ est lié par des accords spéciaux.

La puissance électorale de l’extrême droite populiste, en Autriche, peut difficilement s’expliquer par la situation économique et sociale : ce pays le 4° plus riche de l’UE, derrière le Luxembourg, l’Irlande et les Pays-Bas ; et le chômage y est faible. Il y a, en Europe, un populisme de riches qui ne s’explique que par l’hostilité à l’immigration.

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