LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La fourmi n'est pas prêteuse, c'est là son moindre défaut...

Les 3 %, un "débat d'un autre âge" ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron s'énerve contre l'immobilisme allemand. Mais est-il en position de donner des leçons à nos voisins ?

La fourmi n'est pas prêteuse, c'est là son moindre défaut...
La fourmi n'est pas prêteuse, c'est là son moindre défaut... Crédits : Thierry Monasse - Getty

Dans une interview à The Economist, Emmanuel Macron a déclaré que le plafond de 3 % de déficit du budget annuel de l’Etat est « un débat d’un autre siècle ». Le président de la République fait ainsi deux choses. Il lance un pavé dans la vitrine allemande. Et il prend parti dans un débat qui fait rage en ce moment entre deux écoles économiques à propos des déficits et de la dette publique. 

L'Europe ne peut pas rater les technologies d'avenir

Les Allemands, d’abord. Depuis son élection, en 2017, Macron ne cesse de réclamer à nos partenaires allemands une stratégie commune d’investissements dans les secteurs industriels d’avenir. L’Europe a déjà raté la révolution numérique. Non seulement nous sommes coincés entre les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) américaines et les BATX chinoises (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Mais ces géants du numérique sont en train d’engranger, à notre propos, des milliards d’informations, qui alimenteront demain leurs machines d’Intelligence Artificielle. 

L’avance prise par certains laboratoires européens dans le domaine des biotechnologies est contrariée par la Cour de Justice de l’Union européenne pour des motifs éthiques, certes respectables, mais dont nos concurrents, chinois en particulier, se moquent éperdument. 

Dans bien d’autres domaines, décisifs pour l’avenir de nos économies, les meilleurs chercheurs, start-uppers et développeurs européens partent faire fortune aux Etats-Unis, aussitôt qu’ils ont commencé à percer en Europe. Alors oui, il faut de l’argent pour financer des investissements européens si nous voulons continuer à exister autrement que par nos voitures, nos avions, nos produits alimentaires… Et l’Allemagne aux caisses pleines devrait se montrer plus clairvoyante et plus hardie. 

"Mettez d'abord de l'ordre dans vos finances !"

« Le président français Emmanuel Macron semble avoir perdu patience dans ses tractations avec ses partenaires allemands », écrit Michael Ivanovitch, sur le site de CNBC. Cette fois, il ne cherche plus à les enjôler, il tape sur la table. Il ne demande pas seulement à l’Allemagne d’investir dans des projets européens, il lui demande aussi de consommer davantage. De faire moins reposer sa croissance sur ses exportations et davantage sur sa demande intérieure. Et la France a de bonnes raisons : au sein de la zone euro, notre pays est le premier client de l’Allemagne. Notre déficit commercial avec l’Allemagne est de l’ordre de 40 milliards par an. Nous avons autant de raisons de nous plaindre de cette asymétrie que les Américains...

Mais voilà, les Allemands nous répondent depuis toujours : mettez d’abord de l’ordre dans vos finances et puis nous verrons. Petit rappel : non seulement les finances publiques de l’Allemagne sont équilibrées, mais elles présentent un excédent budgétaire de 1,9 % du PIB. L’Allemagne réduit sa dette publique, quand nous aggravons la nôtre. Elle est inférieure à 60 % de leur PIB. La nôtre frôle les 100 %.

Si le déficit était, comme on le répète à Paris, le meilleur moyen de lutter contre le chômage, répètent les Allemands, alors celui-ci serait très élevé en Allemagne et faible en France. Or, c’est exactement le contraire. Moins de 5 % en Allemagne, 8 et demi % en France.

Qui a peur des déficits budgétaires ?

Plus grave encore : il semble bien que la France sera, en 2019, le seul pays de la zone euro à ne pas respecter le plafond de 3 % de déficit des finances, qui a été adoptée comme règle de co-propriété de l’euro… Partout ailleurs, les comptes publics sont désormais assainis. Macron avait promis d’en faire de même. La crise des Gilets Jaunes est passée par là. Et le pouvoir a renoué avec les anciennes politiques de largesses à crédit. Or, les dettes d’aujourd’hui seront payées par les impôts de demain.

Mais en sommes-nous si sûrs ? Et c’est là qu’il faut rendre compte du débat qui secoue les milieux économiques. Comme l’expose Philippe Trainar dans le dernier numéro de la revue Commentaire, il oppose Lawrence Summers et Olivier Blanchard à Kenneth Rogoff

Pour les premiers, les états auraient tort de ne pas continuer à s’endetter étant donnés la faiblesse des taux d’intérêt maintenus par les Banques centrales. Aussi longtemps que les taux d’intérêt sont inférieurs à la croissance, l’opération demeure neutre. Certes, les taux d’intérêt pourraient remonter soudain et dans ce cas, le service des dettes deviendrait bien plus coûteux pour les Etats. Mais toute une série de facteurs structurels rendent cette hypothèse peu probable : le vieillissement des populations, la fameuse "stagnation séculaire", l’abondance de l’épargne.

Il y a même une "théorie monétaire moderne", selon laquelle les dettes publiques peuvent croître sans fin, dans la mesure où leur remboursement s’effectue dans une monnaie que les banques centrales peuvent imprimer sans limites. Absurdité, selon Kenneth Rogoff. Le jour où les acheteurs de Bons du Trésor estimeront que l’Etat émetteur n’est plus capable de payer les intérêts de ses dettes, ils ne voudront pas de sa monnaie non plus. La seule issue à la hausse sans fin de l’endettement, c’est l’inflation. Ce n’est pas parce qu’elle est aujourd’hui inexistante que cela durera toujours...

Brice Couturier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......