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Les Allemands, très réservés sur les propositions Macron de relance européenne

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Plutôt que de réclamer des investissements massifs, les Français feraient mieux de se réformer, dit-on à Berlin...

Ce qui nous arrive de Berlin n’est pas très encourageant. Le programme économique de Macron est basé sur l’hypothèse d’une forte implication des Allemands à ses réformes. En gros, il leur propose un deal : nous respecterons, mieux que dans le passé, les règles de la monnaie commune, nous mènerons un programme de réformes sociales qui nous rapprocheront de votre modèle ; en échange, nous vous demandons deux choses : un budget propre de la zone euro d’un montant élevé (dans son interview au Point, il parle de « plusieurs points de PIB de la zone euro), et des investissements massifs conjoints dans les infrastructures, les énergies renouvelables, le numérique, l’éducation et la formation. Il y a un sous-texte, que les Allemands feignent de ne pas entendre, mais qu’ils comprennent fort bien : en cas d’échec de mon gouvernement, vous aurez pour interlocutrice Marine Le Pen, choisissez donc de m’aider…

A l’heure qu’il est, la réponse des Allemands n'est pas très encourageante. Christoph Schmidt vient de publier un papier qui fixe des limites très strictes à toute implication de son pays. Christoph Schmidt n’a pas de fonctions officielles dans le gouvernement, mais il est le président du Conseil des Experts Economiques qui exerce une forte influence sur la conduite des affaires, en Allemagne.

Et voilà ce qu’il dit : les Etats conservant leur souveraineté budgétaire et fiscale, l’espace d’une coopération en matière de prise de risques doit être strictement limité. Macron nous demande de l’aide pour financer de grands projets d’investissements, ce qui suppose d’ajouter des dettes européennes aux dettes françaises. Il ferait mieux de soutenir la croissance dans son pays en menant des réformes susceptibles d’y débloquer le marché de l’emploi. Car de telles réformes ne portent leurs effets bénéfiques qu’à moyen terme. Or, la croissance passe par un environnement économique favorable aux affaires, à l’innovation et à l’investissement. Pas par des investissements massifs (sous-entendu, financés par les autres…)

En tout état de cause, l’Allemagne refusera toujours des transferts asymétriques et permanents entre Etats au nom de la coopération franco-allemande. Chacun doit assumer ses propres responsabilités devant ses propres électeurs. Petite allusion au fait que les dirigeants français sont constamment battus depuis 30 ans, alors que la chancelière a toutes les chances d’accomplir un 4° mandat consécutif… Si cette responsabilité est diluée, alors on encourage les dirigeants à faire des choix hasardeux, dans l’espoir que ce sont les autres qui paieront l’addition.

- Pas de coopération possible, selon ce président du Conseil allemand des experts économiques ?

Cependant, des domaines de coopération entre la France et l'Allemagne existent, selon Christoph Schmidt, qui cite en particulier le changement climatique, la crise migratoire et la lutte contre le terrorisme. Mais pour le reste, toute convergence entre nos deux pays devra respecter trois principes : primo, la diversité des approches et des politiques menées constitue l’une des richesses de notre continent. Coordonner, c’est bien, homogénéiser, c’est se priver de cette richesse. Que chacun fasse ses preuves, avec son propre système. Deuxio, la subsidiarité : dans l’idée des Allemands, le meilleur niveau pour prendre les décisions, c’est celui des personnes concernées : pas de grands mécanismes pan-européens éloignés des populations. Dans beaucoup de cas, le bon niveau, c’est celui de la région. Les Allemands préfèrent leur modèle fédéral et nous trouvent encore trop centralisés. Tertio, la « congruité » : l’efficacité maximale est obtenue lorsque les décideurs sont directement responsables des effets de leurs politiques.

Voilà pour les principes. Mais sur les dossiers que Macron présente aux Allemands : investissements communs, budget propre de la zone euro, doté de son ministre des finances et même d’un Parlement spécialement dédié, quelles réponses ?

Marcel Fratzscher, président de l’influent think tank allemand DIW a publié récemment un article dans la presse internationale, dans lequel il répond de manière détaillée. Oui, il est envisageable de transformer le Mécanisme européen de solidarité, mis en route pendant la crise de l’euro, en un système permanent de soutien financier aux Etats. Ce serait une espèce de FMI européen, en somme. Mais il faudra avoir en tête 3 équilibres difficiles à définir. D’une part, entre la prévention des crises et leur résolution. Dans un cas, cela signifie des investissements contra-cycliques, tels que ceux que demande la France. Dans l’autre, des montants destinés à courir au secours d’un Etat acculé. Entre solidarité et souveraineté nationale. La France, surendettée, est favorable à une mutualisation des dettes souveraines, l’Allemagne au respect des règles y compris par les autres… Entre Etats et marché : un tel « FME » ne devra être mobilisé qu’en conjonction avec les investisseurs privés. Les marchés ont un avantage : ils estiment bien l’étendue des risques avant d’ouvrir leurs bourses.

Par ailleurs, une telle institution, le FME, devra être gérée, comme le FMI de manière non politique : pas de règle de l’unanimité, ni de droit de véto d’un seul Etat. D’ailleurs, la meilleure formule pour toute prise de décision devrait être : le poids respectif de chacun des Etats-membres égal à celui de sa contribution financière….

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