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Politique extérieure américaine, et maintenant ?
Épisode 2 :

USA, "superpuissance-voyou" du XXIe siècle ?

5 min
À retrouver dans l'émission

L'état du monde et une opinion publique de plus en plus favorable à l'isolationnisme pourraient rendre plus durables qu'on imagine les inflexions données par Trump à la politique étrangère américaine. Et si les Etats-Unis continuaient à se retirer de tout type d'engagement au plan international ?

Les Etats-Unis peuvent-ils évoluer vers un statut de superpuissance agressive, lourdement armée et ne poursuivant que ses propres intérêts ? C'est ce que pronostiquent certains analystes de la diplomatie américaine...
Les Etats-Unis peuvent-ils évoluer vers un statut de superpuissance agressive, lourdement armée et ne poursuivant que ses propres intérêts ? C'est ce que pronostiquent certains analystes de la diplomatie américaine... Crédits : MirageC - Getty

Une série d’articles paraissent dans la revue Foreign Affairs sur le bilan de la politique étrangère de Trump. Hier, je citai celui de Michael Beckley. Selon lui, le tournant impulsé par Trump ne sera pas sensiblement modifié par son éventuel successeur parce que l’état du monde va inciter les Etats-Unis à éviter les engagements internationaux. 

Jeunesse, autonomie, des atouts de poids

Oui, explique-t-il, primo, la population mondiale, hors l’Afrique, vieillit. L’Europe sera bientôt un continent très âgé. Mais tel sera aussi le cas de la Chine, du Japon et de la Russie. Tous ces pays devront consacrer aux pensions de retraite et à la santé des pourcentages de plus en plus importants d’un PIB qui va stagner du fait même du rétrécissement de leur population en âge de travailler. Parmi les pays développés, seuls les Etats-Unis, le Canada et l’Australie resteront des nations jeunes au milieu du XXIe siècle. Facteur de dynamisme. 

La Russie et la Chine vont bien vite se retrouver devant des choix drastiques : acheter des fusils pour leurs militaires ou des cannes pour leurs populations, de plus en plus âgées. Et l’histoire suggère que ce sont ces dernières qui recevront la priorité, pour prévenir des troubles sociaux. Michael Beckley

Les budgets militaires de la Russie et de la Chine vont être grevés par le poids des pensions de retraite de leurs soldats. Déjà, 46 % de celui de la Russie et 31 % de celui de la Chine sont consacrés aux seules dépenses de personnels. Contre 25 % seulement de celui des Etats-Unis. Cela aussi favorise les Américains. 

Il faut ajouter que les Etats-Unis dépendent de moins en moins des marchés extérieurs et des investissements étrangers. Ils ont tout ce qu’il faut sur place. Les produits alimentaires, comme l’autonomie énergétique, grâce au nucléaire, aux gaz et aux pétroles de schiste.

Des armes nouvelles bouleversent la donne militaire

Les Américains ont pris une sérieuse avance dans un domaine décisif pour leur autonomie : les smart machines, machines intelligentes. Elles combinent les capacités de calcul des ordinateurs avec la puissance physique des robots, ainsi que la dextérité et l’intuition des humains, grâce à l’intelligence artificielle. Déjà beaucoup d’entreprises américaines qui s’étaient délocalisées pour profiter des réservoirs de main-d’œuvre asiatiques sont en train de revenir en Amérique.  

Déjà leurs drones et leurs missiles hypersoniques permettent aux Etats-Unis d’intervenir dans des conflits lointains sans exposer leur personnel. Ces drones furtifs et missiles de croisière, relativement bon marché en comparaison avec les avions de combat actuels, pourraient suffire à dissuader les adversaires de Washington de se lancer dans de coûteuses opérations terrestres contre Taïwan, dans le cas chinois, contre les pays baltes, pour la Russie. 

Une superpuissance-voyou pour le XXIe siècle ?

Quant à l’ordre libéral international, il ne renaîtra pas de sitôt. Il était lié à un climat de confiance planétaire et à des revenus en augmentation constante. Le poids de l’endettement public, accumulé durant des périodes pourtant plus fastes, pèsera lourdement sur les revenus. La demande de protection l’emportera, de plus en plus, sur le désir d’ouverture. L’affaiblissement des alliés des Etats-Unis, Europe et Japon, n’incitera pas Washington à s’engager vigoureusement à leur côté. 

D’une part, des alliés délabrés et peu fiables, de l’autre, une opinion publique qui fera pression pour que ses gouvernants se recentrent sur la défense des intérêts américains. 

Les Etats-Unis pourraient bien se comporter moins en leaders d’une grande coalition et davantage en « superpuissance voyou ». Un colosse économique et militaire ne respectant pas de règles morales, ni vraiment isolationniste, ni vraiment internationaliste, mais agressif, lourdement armé et ne poursuivant que ses propres intérêts. Michael Beckley

En recourant en permanence, et face au monde entier, alliés compris, à tout un arsenal coercitif pour obtenir le meilleur deal possible – cela va des taxes douanières à l’entrée des marchandises aux Etats-Unis aux frappes de drones, en passant par les sanctions financières, les restrictions de visas, ou le cyber-espionnage.

Trump, précurseur d'une nouvelle diplomatie ?

Si tel est bien le cas, Trump n'aura pas été une parenthèse dans l'histoires des Etats-Unis, mais au contraire une sorte de précurseur. En accordant la priorité, y compris budgétaire, au Pentagone, au détriment du Département d’Etat, il a fait subir une inflexion doctrinale mal perçue à la stratégie militaire américaine. A mesure qu’il réduisait les troupes présentes de manière permanente à l’extérieur, il renforçait des forces d’intervention rapides, capables d’aller frapper un adversaire lointain et de revenir aussitôt leur mission accomplie. 

Telle que cette diplomatie nouvelle est en train de s’esquisser, on peut imaginer trois cercles d’alliances :

  • Au sein du premier, des pays qui sont déjà intégrés au système militaire américain. Il comporte l’Australie, le Canada, le Japon et la Grande-Bretagne
  • Un deuxième cercle, avec les Etats baltes, les monarchies du Golfe et Taïwan continuerait à être armé par les Etats-Unis sans bénéficier d’une garantie de sécurité américaine. 
  • Enfin, avec les pays membres de l’Alliance atlantique ou la Corée du Sud, ne seraient plus considérés comme de véritables alliés, mais comme des pays avec lesquels négocier, un à un, des accords concernant un certain degré de protection payé, ainsi que des accords commerciaux. 
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