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Épisode 1 :

D'étranges prophéties

5 min
À retrouver dans l'émission

Les animateurs du réseau QAnon sont en train d'écrire l'un des mythes politiques les plus fantastiques du moment Trump aux Etats-Unis. Mais quel est le point de départ de la légende ? Tout commence en 2016 dans la cave imaginaire d'une pizzeria de Washington... Quand Hillary Clinton était candidate.

Des supporters de Donald Trump exhibent un panneau portant le Q de QAnon
Des supporters de Donald Trump exhibent un panneau portant le Q de QAnon Crédits : The Washington Post - Getty

C’était le 4 décembre 2016. Le mois précédent, Donald Trump venait d’être élu président des Etats-Unis. Edgar Maddison Welch pensa que l’heure avait sonné de nettoyer les écuries d’Augias. Il savait, lui, ce que les médias officiels, aux dirigeants complices, dissimulent au pays depuis des années. Hillary Clinton allait enfin payer pour les ignominies auxquelles elle et ses proches se livrent depuis des années en toute impunité. 

Le mythe du "pizzagate", centre d'un réseau pédophile

Il avait quitté son domicile de Salisbury, en Caroline du Nord en s’équipant de deux pistolets et d’un fusil à pompe. Il avait roulé pendant plus de cinq cents kilomètres jusqu’à Washington. Il avait garé sa Toyota dans le parking d’une pizzeria appelée Comet Ping Pong. Il y pénétra comme un cow-boy, étui de revolver à la ceinture et fusil sur l’épaule. Hillary Clinton et son staff de campagne avaient mangé bien des fois au Comet Ping Pong ; toute la presse les y avait photographiés. Mais ce n’était pas Hillary Clinton que recherchait Edgar Maddison Welch. C’étaient les enfants…

Alors que les clients du restaurant fuyaient dans la rue, par familles entières, lui cherchait l’entrée de la cave de la pizzeria. C’était là qu’étaient séquestrés les enfants, il l’avait lu sur internet dans des messages codés. Les e-mails confidentiels échangés entre la candidate démocrate et John Podesta, ancien chef de cabinet de Bill Clinton à la Maison blanche devenu responsable de la campagne électorale d’Hillary, avaient été divulgués sur Wikileaks. Or, les esprits avertis comme Welch y avaient relevé l’apparition décidément trop fréquente des mots "pizza" et "pasta". Pizza et pasta. Mots de code ! Seuls, les initiés, comme Edgar Maddison Welch, en connaissaient le sens caché. "Pizza", c’était pour les petites filles. "Pasta" pour les petits garçons. John Podesta était à la tête d’un immense réseau de pédophiles aux connexions considérables. Et Hillary Clinton couvrait ces horreurs de son autorité.

Pas de cave, pas d'enfants séquestrés...

Comment l’Amérique avait-elle pu tolérer durant des années que des enfants soient kidnappés, violés, torturés, assassinés dans des sous-sols de pizzas ? Certes, à présent que "le Donald" allait enfin entrer à la Maison blanche, il allait y mettre bon ordre, faire arrêter ces centaines de politiciens et de journalistes pourris. Il l’avait promis. Mais il fallait attendre pour ça son investiture. En janvier. D’ici-là, des gens honnêtes et déterminés devaient d’urgence libérer les enfants séquestrés. Edgar Maddison Welch, après avoir parcouru la pizzeria et ses cuisines, découvrit au fond de celle-ci une porte fermée à clefs. Forcément la porte de la cave. Sans hésiter, sûr de sa mission, il tira à plusieurs reprises dans la serrure et pénétra dans la pièce. 

Ce qu’il découvrit fut une vulgaire remise. Il n’y avait pas d’escalier, pas de cave, pas d’enfant. Juste des chaises cassées et des sacs de farine. Welch déposa ses armes sur le sol et sortit se rendre aux policiers qui l’attendaient sur le trottoir. Il a été condamné à quatre ans de prison.

Le "pizzagate", point de départ de la légende QAnon 

C’est ainsi qu’a commencé l’histoire de ce réseau. L’une des plus folles croyances irrationnelles du moment. Ses adeptes, qui sont probablement plusieurs millions, croient dur comme fer à l’histoire du réseau pédophile de la pizzeria. Mais pour eux, le complot contre l’Amérique va bien au-delà. 

Ils sont persuadés que, de manière souterraine, un combat titanesque est en cours. Il opposerait leur héros, Donald Trump non seulement à « l’Etat profond » qui a gangréné les Etats-Unis, mais aux véritables « maîtres du monde » qui, en coulisse, contrôlent les gouvernements, manipulent l’opinion, bref « tirent les ficelles ». Ils savent, eux, que si les élites politiques, médiatiques, culturelles sont hostiles à Trump, c’est parce que celui-ci a entrepris, en toute discrétion, mais avec efficacité, de neutraliser et de réprimer cette « cabale des élites ». Le complot du "Nouvel Ordre Mondial", désigné par les trois lettres NWO, New World Order. Grâce à QAnon, ces fêlés se croient investis d’un savoir ésotérique et d’une mission.

Tout est parti d’un message étrange, signé « Q », (anon-yme), posté le 28 octobre sur le site d’échange 4chan. Son auteur, anonyme, annonçait l’arrestation imminente de Hillary Clinton, contre laquelle allait être lancée un mandat d’arrêt international. « S’attendre à des émeutes de masse et à d’autres fuites hors des USA », écrivait-il. 

Hillary Clinton n’a été inculpée par aucun juge que l’on sache. Mais ce n’est pas grave. Le démenti des faits n’a aucune incidence sur les paranoïaques. Leur délire trouve toujours de nouveaux aliments. Et lorsque les événements dont ils annoncent l’imminence ne se produisent pas, ils l’interprètent soit comme une preuve que les forces diaboliques sont parvenues à bloquer leur anéantissement, soit comme une ruse très adroite de Trump, retardant le moment du coup de filet final...

Qmap.pub, conservateur des archives de QAnon serait fermé. Ce n'est certainement pas la fin de la secte pour autant...

Samedi dernier, l’identité du développeur du site Qmap.pub, qui était devenu le conservateur des archives de QAnon a été révélée par une société de sécurité sur internet, Logically.ai. Il s’appelle Jason Gelinas et vit dans le New Jersey. Son site a été consulté par dix millions de visiteurs en juillet dernier. Cela mettra-t-il fin à la secte QAnon ? Certainement pas. La suite, demain. 

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