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Les idées de Macron pour l'Europe vues depuis Berlin

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La culture politique oppose le volontarisme français à la dépolitisation par le droit des Allemands. Parviendrons-nous à réformer ensemble l'Euro, avant la prochaine crise financière ?

L’Allemagne n’a pas caché le soulagement éprouvé face à la victoire d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen à la présidentielle française. Mais ce n’est pas l’euphorie pour autant à Berlin. Pourquoi ?

Primo, on a remarqué que, contrairement à son prédécesseur François Hollande, Emmanuel Macron s’est abstenu de toute rhétorique anti-allemande durant la campagne électorale. Hollande avait promis d’engager un bras-de-fer avec Merkel. Sitôt élu, il a réalisé la faiblesse de la position française vis-à-vis de l’Allemagne et a renoncé à la renégociation des traités européens. Macron, lui, est parvenu à se faire élire face à des rivaux, qui étaient presque tous eurosceptiques ou europhobes, sans jamais rien concéder sur ce terrain. Il est donc perçu comme un partenaire non antagonique, qui arrive au pouvoir avec beaucoup de projets de relance de l’Europe. Est-ce suffisant pour susciter l’enthousiasme des Allemands ?

Réponse du Spiegel : « un homme a fait son entrée sur la piste de danse européenne, qui est à la fois un allié et un adversaire de la chancelière allemande ». Pourquoi un adversaire ? Parce « qu’il se tient en travers de ce que l’Allemagne entend faire du bloc européen. » Voyons en quoi.

Publiquement, Angela Merkel a applaudi à la victoire. Au départ, Macron n’était pas son favori : elle préférait Fillon, dont le parti est allié à la CDU au Parlement européen. Mais elle a progressivement découvert que sur certains dossiers, notamment l’attitude à observer envers Poutine, ses divergences avec Fillon auraient rendu difficile la définition d’une politique commune. Et puis, Macron ne s’est-il pas engagé à mener enfin les fameuses réformes structurelles attendues des Français ? N’a-t-il pas affiché sa volonté de retrouver la maîtrise des finances publiques Françaises ? La chancelière reçoit et adoube le candidat Macron, puis félicite le vainqueur.

Mais deux jours après la proclamation des résultats de l’élection, devant les instances dirigeantes de la CDU, Angela Merkel se montre nettement plus circonspecte. L’élection d’un nouveau président en France ne modifiera pas l’approche allemande des questions européennes, dit-elle en substance.

Macron a, en effet, de grands projets pour l’Union européenne. Avant d’entrer dans le détail, disons qu’il dit vouloir une Europe à la fois proactive et plus solidaire. Des idées qui ne vont pas de soi vu d’Allemagne. Voyons ces deux thèmes un par un.

Une Europe proactive : en quoi cela pourrait-il contrarier la Chancelière ? Comme l’expliquait le théoricien de l’Europe, Luuk van Middelaar dans un article récent de la revue Le Débat, Français et Allemands ont, de la gouvernance, des idées très différentes.

La culture française favorise une « politique de l’action ». C’est un système qui requiert de l’incarnation. Il est destiné à produire des acteurs, aptes à prendre des initiatives. La culture allemande favorise, au contraire, la "politique de la règle". Le pouvoir, en Allemagne, est dispersé du fait notamment de la structure fédérale de l’Etat. La Cour constitutionnelle joue un rôle déterminant. Et le système électoral, qui fait la part belle au scrutin proportionnel, impose fréquemment au gouvernement de larges coalitions. Or, c’est la logique allemande, celle d’une « dépolitisation par le droit », qui s’est imposé au sein de l’Union européenne – au détriment de la logique française, qui est celle d’une « politique événementielle ».

Mais, comme l’écrit encore Luuk van Middelaar, la dépolitisation et la politique de la règle ne favorisent pas le dynamisme. Et surtout, elles ont montré leurs limites face à des défis pourtant prévisibles, telles que la crise de l’euro et celle des migrants. Les partenaires de l’Union européenne l’ont compris.

Le discours que tient le président Macron aux Allemands est le suivant : nous bénéficions en ce moment d’une période propice aux réformes en profondeur, parce qu’elle est calme. Profitons-en pour nous mettre en état de faire face à la prochaine crise.

- Voilà pour le dossier « proactif ». Sur le dossier « solidarité », ça coince encore davantage…. Si on ne dit pas toujours franchement ce qu’on pense à la Chancellerie à ce sujet, il n’est que de lire l’économiste Hans-Werner Sinn, pour deviner les arrière-pensées allemandes. Je le cite : « Que doit-on comprendre lorsque Macron préconise la création d’un ministère des finances de la zone euro, ayant compétence pour recourir à un endettement conjointement garanti et pour procéder à ses propres prélèvements d’impôts ? Que faut-il comprendre lorsqu’il demande la mise en commun de la protection des dépôts (bancaires) et de l’assurance-chômage dans la zone euro ? L’objectif est tout à fait clair : soutenir l’économie française au détriment des autres. »

Bref, Macron est accusé du crime suprême : chercher à imposer à l’Allemagne, éternel payeur en dernière instances pour les folies des autres, une « union de transfert ». Or, dans la campagne électorale en cours, la chancelière joue sa réélection en se présentant comme le meilleur rempart des intérêts allemands, face à un SPD, accusé de brader les intérêts des contribuables en distribuant l’argent allemand à travers l’Europe.

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