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Les médias "légitimes" mis au défi

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Déclarer la guerre aux journalistes peut permettre de rallier une importante partie de l'électorat. Face aux leaders populistes, que faire ?

Un bras de fer est engagé entre le président américain récemment élu et les médias aux Etats-Unis. Mais il n’y a pas que dans ce pays que les médias sont aux prises avec des difficultés nouvelles. Cette semaine, je vous propose un tour du monde de l’état de la question. Mais commençons par les Etats-Unis.

Avertissement de Newsweek : la dernière fois que les Etats-Unis ont vécu une hostilité réciproque entre la présidence et les médias, c’était au début des années 70, lorsque Richard Nixon triomphalement réélu en 1972, se croyait invulnérable. Il y eut alors une véritable guerre entre le premier et le quatrième pouvoirs. Et cette guerre, ce furent les médias qui la gagnèrent… Le 9 août 1974, pour éviter l’humiliation de l’empeachment, Richard Nixon démissionnait. C’est un précédent que Donald Trump devrait méditer, prévient Newsweek. Car ce qui est en jeu est colossal.

Aux yeux des médias, l’équipe Trump est composé de personnages qui – je cite - ne sont « pas seulement des manipulateurs mais des nigauds ». Ils mentent comme ils respirent, présentent leur version « alternative » des faits, lorsque ceux-ci leur déplaisent. Aveuglés par leur idéologie, ils n’ont pas les compétences nécessaires pour conseiller un leader, lui-même dépourvu de toute expérience politique. Durant la campagne, les médias ont donc cherché l’argument fatal qui détruirait définitivement les chances de celui qu’ils considéraient comme inapte au poste. « La seule chose qui importait, c’était d’infliger cette blessure fatale ». Fred Hiatt, dans les colonnes du Washington Post, le confirme : « dans les pages éditoriales, nous avons passé la plus grande partie de ces deux dernières années à avertir le pays de ne pas élire Donald Trump. » Or cela n’a pas marché. Qu'en conclure ?

Du coup, aux yeux du président nouvellement en poste, les médias se sont trompés si lourdement sur ses chances au cours de la campagne qu’ils devraient aujourd’hui faire profil bas. « Sa stratégie est de présenter les gens des médias comme de pathétiques pharisiens ayant perdu tout contact avec l’Amérique réelle. » Il a ainsi demandé pourquoi aucun des journalistes qui ont annoncé, régulièrement, qu’il n’avait vraiment aucune chance d’être élu, n’a été viré. Il estime que c’est leur crédibilité – davantage que la sienne – qui a été ébranlée durant la campagne électorale. Pour lui, c’est clair : la guerre, elle a déjà eu lieu. Et c’est lui qui l’a gagnée, puisque le voilà, malgré eux, président.

L’erreur de Trump est de croire que les médias présentent, contre lui, un front unanime. Les Etats-Unis sont une démocratie. Les médias y sont pluriels et partagés. L’erreur des médias, c’est de se croire face à un nouveau Nixon : Trump, lui, n’est pas paranoïaque. Non seulement, il anticipe les réactions des médias, mais il les provoque. Cela fait partie de sa stratégie de gouvernement. Il attise leur indignation parce qu’il estime qu’elle le sert. Qui s'attaque aux journalistes met une partie du public dans sa poche...

« Cela peut mener à une crise constitutionnelle », conclut Newsweek. Voilà donc admis que les médias constituent un 4° pouvoir, capable, comme les deux autres, de provoquer la chute du premier… Mais d’ajouter que si la Maison Blanche acquiert la conviction que l’objectif unique des médias est sa destruction, alors elle fera tout pour assurer sa survie et cherchera les moyens de « briser cette vague, comme elle le fait déjà pour briser la vague migratoire".

Mais de quel poids pèse aujourd’hui, aux Etats-Unis, ce « 4° pouvoir » ? Le quotidien La Croix a publié, vendredi dernier, son dernier sondage sur la crédibilité des médias ? Que nous apprennent les sondages du même genre, fait aux Etats-Unis ?

Oui, je rappelle que selon le sondage de La Croix, dans le cadre d’un effritement général de cette crédibilité, notre vecteur, la radio, reste considéré comme le plus fiable par le public, avec 52 % d’opinions positives, alors que la presse écrite est à 44 % et les télévisions à 41 %. Et que la confiance en ce qu’on trouve sur internet s’effondre à 26 %.

Aux Etats-Unis, le dernier sondage Gallup, qui date de septembre dernier, montre une chute très sensible de crédibilité, affectant l’ensemble des médias. Le plus préoccupant, c’est que cette dégringolade est régulière. La confiance envers les médias était au plus haut, dans ce pays, en 1976. Avec un taux de crédibilité de 72 %, les médias engrangeaient les bénéfices que leur avait valu la couverture du Watergate et de la guerre du Vietnam. En 1995, il restait encore 55 % d’Américains pour faire confiance à leurs médias. Depuis, la chute été régulière et il n’en reste plus que 32 % en 2016.

La partialité dont ils ont fait preuve en soutenant très massivement Hillary Clinton leur vaut une extrême méfiance de l’électorat républicain : si une majorité d’électeurs démocrates continuent à leur faire confiance (51 %), on ne trouve plus que 14 % d’électeurs républicains à en faire de même.

Enfin, ce sont les plus jeunes qui font le moins confiance aux médias. Conclusion de Gallup : « Aujourd’hui, un tiers seulement des Américains accordent quelque confiance au 4° pouvoir, stupéfiante évolution pour une institution conçue pour informer le public ». Explication : « Quand, sous l’influence des blogs et des médias sociaux, écrire selon ses opinions devient plus ou moins la norme, les Américains tendent à devenir méfiants. »

Ce qui conduit un rédacteur du site d’information indépendant de Washington, The Hill, à écrire que les médias devraient se contenter de leur rôle traditionnel qui est de demander des comptes aux trois autres pouvoirs au nom du peuple. « Le parti d’opposition s’appelle le Parti démocrate et il s’apprête à jouer très bien son rôle, écrit The Hill. Il n’a pas besoin de l’aide d’un parti des médias qui se prend pour « un autre parti d’opposition »

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