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Menaces, corruption et clientélisme font souvent partie de l'arsenal politique des leaders populistes
Épisode 2 :

Trump, Orban, Erdogan : y aura-t-il une phase 2 ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Leaders populistes. Sous ce terme générique, on désigne des politiciens d'un nouveau genre, en phase avec les réseaux sociaux, pratiquant le mensonge sans scrupule et dotés d'un énorme culot. Mais quels sont exactement les procédés utilisés par ces "hommes forts" qui déstabilisent les démocraties ?

Tentative, percée et consolidation d'une autocratie : Donald Trump n'en est-il qu'à la phase 1 ?
Tentative, percée et consolidation d'une autocratie : Donald Trump n'en est-il qu'à la phase 1 ? Crédits : William Campbell/Corbis - Getty

Steve Bannon a dit un jour d’Orban qu’il était "un Trump avant l’heure". Orban a théorisé ce qu’il appelle "la démocratie illibérale", celle que pratique spontanément Trump, bien incapable d’en faire la théorie… Le politologue Balint Magyar, qui a été longtemps ministre de l’Education nationale dans son pays, est un observateur lucide du phénomène. Il distingue trois étapes dans l’instauration d’une autocratie : la tentative, la percée et la consolidation. Selon Hari Kunzru, dans Books, "Donald Trump n’en est qu’au premier stade." Mais il n’est nullement exclu qu’en cas de réélection, le mois prochain, il franchisse de nouvelles étapes. Il est, en tous cas, bien équipé pour utiliser la recette n°3 mentionnée par Ece Temelkuran : "dissiper la honte"

Mensonge, culot : une stratégie payante

Dans le monde de la post-vérité, qui est celui de Trump, l’immoralité est hot. Le culot, paie. Les politiciens traditionnels redoutent d’être pris en flagrant délit de mensonge. Le leader populiste, lui, ment avec un aplomb et une impudence qui, littéralement, désarment. 

Ece Temelkuran semble en savoir long sur les trolls professionnels payés par les gouvernements russes et turcs pour saturer les réseaux sociaux de mensonges déstabilisants. 

Les trolls sont payés l’équivalent d’un salaire de maître de conférence (...) pour faire mousser des idées sur une liste que leur tend leur superviseur post-vérité tous les jours, afin de les enjoliver avec de méchantes blagues d’adolescents et en attaquant des personnes réelles, cachés derrière des pseudonymes. (...) Le boulot d’un troll est plutôt banal. Sa mission n’est pas de débattre d’un sujet ou de réfuter un argument, mais d’affoler l’espace médiatique via une hostilité et une agressivité jamais atteintes. Les trolls sont des pitbulls numériques dressés pour malmener l’étiquette d’une communication digne de ce nom, des salariés modèles faisant preuve d’une impitoyable cruauté à l’égard des autres utilisateurs de ces réseaux sociaux – les gens normaux. Ece Temelkuran

Or, c’est la sphère numérique qui, de nos jours, organise les débats et façonne l’opinion. Les populistes ont trouvé là le média qui leur correspond : horizontalité, immédiateté, effets de meute, relativisme épistémologique… 

Allumer le feu de polémiques secondaires

Un autre élément, bien décrypté par Ece Temelkuran : ces "hommes forts" détournent systématiquement l’attention du public lorsque leurs erreurs de gouvernance ont produit une catastrophe, ou lorsqu’ils donnent un nouveau tour de vis à leur entreprise de verrouillage du pouvoir. 

Ainsi, Jaroslaw Kaczynski s’exhibe en train de lire un livre sur les chats, alors que le Parlement polonais est appelé à débattre d’une loi permettant au gouvernement de nommer les juges de la Cour suprême. Les réseaux sociaux s’excitent. Il n’est question que des chats de l’homme fort de la Pologne du PiS. Déteste-t-il les chiens ? Excellent moyen de détourner l’attention du public d’une atteinte manifeste à la séparation des pouvoirs en cours de réalisation… Une stratégie que partage Orban et Trump, comme le rappelle dans son dossier le magazine Books : "Vous créez un gros scandale de toutes pièces afin que les gens ne parlent pas des vrais problèmes du pays, de sorte que vous avez un faux débat complètement hors de propos sur des choses symboliquement importantes, mais jamais sur la façon dont vous gouvernez le pays ou dont celui-ci fonctionne."

En effet, la dernière recette consiste à démanteler les dispositifs juridiques qui, dans une démocratie libérale, limitent le pouvoir de l’exécutif, même lorsqu’il dispose d’une majorité parlementaire. 

Face à ces stratégies, quelles réactions ?

Ece Temelkuran en profite pour faire la leçon à ses amis de la gauche radicale qui, il y a peu, se moquaient des procédures démocratiques. Les voilà contraints de défendre les éléments-clés d’une "démocratie bourgeoise" ou "formelle" qu’ils contestaient hier… Quant à ceux, comme Slavoj Zizek, qui misaient sur le tournant autoritariste des démocraties libérales pour mobiliser les masses, ils en sont pour leurs frais. Ils attendaient qu’on "touche le fond" pour que le peuple se révolte enfin. Mais le fond n’est jamais atteint. On peut toujours descendre un cran plus bas. Le populisme ne manque pas de ressources en ce domaine...

Face au "numéro de cirque" d’Erdogan, écrit Ece Temelkuran, "_certaines personnes de gauche, cyniques, restaient assises, clouées devant leurs écrans de télévision, se réjouissant du spectacle de troisième ordre joué par des provinciaux en train d’abattre l’establishment respecté. A l’époque, "_la périphérie prend le pouvoir en son centre" était l’analyse en vogue, comme ça le deviendrait aux Etats-Unis après un an d’administration Trump ou en Angleterre après le référendum pour le Brexit. Il y avait bien évidemment un peu de jalousie ; la gauche avait espéré accomplir cette action révolutionnaire elle-même." 

Avis aux partisans de la conflictualité (de gauche) : partout dans le monde d’aujourd’hui, la polarisation politique est bien au rendez-vous. Mais ce sont les populistes de droite qui surfent sur les clivages en en rajoutant sans cesse !

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