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Viktor Orban, premier ministre hongrois, avait tissé avec Donald Trump des liens étroits. Son remplacement par le démocrate Joe Biden risque de lui poser de sérieux problèmes.

Europe : sale temps pour les mini-Trumps ?

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Si l'Internationale populiste de droite rêvée par Steve Bannon n'a jamais pris corps, la défaite électorale de Donald Trump inquiète cependant les gouvernements européens qui avaient noué des liens privilégiés avec son administration. Elle prive en particulier Orban et Kaczynski d'un allié de poids.

Viktor Orban, premier ministre hongrois, avait tissé avec Donald Trump des liens étroits. Son remplacement par le démocrate Joe Biden risque de lui poser de sérieux problèmes.
Viktor Orban, premier ministre hongrois, avait tissé avec Donald Trump des liens étroits. Son remplacement par le démocrate Joe Biden risque de lui poser de sérieux problèmes. Crédits : SAUL LOEB, Daniel MIHAILESCU / AFP - AFP

La défaite de Donald Trump prive le FIDEZ hongrois et le PiS polonais en particulier d'un allié essentiel. Hier, des dirigeants comme Viktor Orban ou Jaroslaw Kaczynski pouvaient se permettre de narguer leurs homologues européens, aujourd'hui ils se retrouvent tout nus en plein hiver... Peut-on pour autant en conclure que la vague populiste a entamé son reflux ?

You’re fired ! 

Vous êtes viré. C’est par ces mots, devenus un mantra de la vie sociale aux Etats-Unis que se concluait l’émission de télé-réalité qui a rendu célèbre le milliardaire Donald Trump. Son programme célébrait l’astuce des winners, les gagnants, en démolissant la dignité des losers, les perdants. Dans la grande tradition américaine. 

A présent, c’est à Donald Trump que la majorité de l’électorat américain a lancé la fameuse apostrophe : "You’re fired !". Par un écart de sept millions de voix entre son propre score et celui de Joe Biden, ce qui se traduit par 306 grands électeurs contre 232. Un sobre routier de la vie politique a battu le populiste tonitruant. Le moment du reflux de la vague populiste est-il arrivé ? 

Le PiS polonais et le FIDESZ hongrois, deux des partis populistes de droite européens actuellement au pouvoir, avaient tissé avec l’administration Trump des liens étroits. Son remplacement par le démocrate Joe Biden risque de leur poser de sérieux problèmes.

Un plan de relance européen bloqué

Or, un conflit oppose comme par hasard ces deux pays, vaguement soutenus par la Slovénie, aux autres Etats-membres de l’Union européenne. Leurs gouvernements bloquent le plan de relance européen de 750 milliards, ainsi que le budget européen 2021-2027. Motif ? Ils refusent que la Commission puisse conditionner les versements de fonds européens aux Etats-membres, au respect des règles de l’Etat de droit. Qui se sent morveux se mouche. Car, comme l’écrit George Soros sur le site Project Syndicate, la Hongrie et la Pologne violent effrontément l’Etat de droit. On comprend que leurs gouvernements ne veuillent pas d’une quelconque conditionnalité à cet égard. 

Je suis particulièrement inquiet de la situation en Hongrie, où je suis actif en tant que philanthrope depuis trente ans. On y a construit un système élaboré de kleptocratie pour voler impunément les richesses du pays. Orban a organisé un transfert de l’argent public vers des fondations qu’il contrôle, au profit de sa famille et de ses amis.          
George Soros

De son côté, également sur le site Project Syndicate, le Polonais Slawomir Sierakowki estime que les gouvernements de ces deux pays se sont servis de Donald Trump, ces quatre dernières années, pour narguer l’Union européenne. A présent, ils se retrouvent, dit-il, "tout nus en plein hiver". Il n’y a pas que la Russie, le Brésil et la Turquie pour se désoler du départ de Trump. Pour la Pologne, la Hongrie, la Serbie, mais peut-être aussi pour Boris Johnson, c’est un désastre. 

Orban avait affiché la couleur en disant que la réélection de Trump faisait partie de son plan A. Et il n’a manifestement pas de plan B... Personne, à Budapest, n’a oublié les critiques qu’avait émises l’administration Obama sur la manière autoritaire dont Orban gère le pays. Biden était vice-président, alors… Et les tendances autoritaires d’Orban se sont aggravées depuis. 

Orban, Kaczynski, BoJo : sale temps pour les populistes européens

Mais Orban est un jongleur, juge Sierakowski : tout en maintenant de bonnes relations avec la Russie et même la Chine, il a su s’attirer les bonnes grâces de la CSU bavaroise. Et il continue à bénéficier, au Parlement européen, du parapluie protecteur que lui offre l’appartenance de son parti au PPE, le grand parti de centre droit. 

Le gouvernement polonais, en revanche, a du souci à se faire. Le PiS au pouvoir, qui entretient des relations exécrables avec la Russie de Poutine, avait cru trouver, du côté des conservateurs britanniques des alliés en Europe et, avec les républicains à Washington, de puissants protecteurs. 

Malgré les changements de gouvernement, la ligne directrice de la diplomatie polonaise depuis le retour de la souveraineté et la fin du Pacte de Varsovie, en 1989, a été d’une grande constance : ni dépendance, ni isolement. Mais à cause du Brexit, le pays n’a plus de véritable ami au sein de l’Union européenne. Et avec la défaite de Trump, il risque de perdre l’appui diplomatique et militaire américain. C’est le soutien politique américain qui avait permis, ces dernières années, au gouvernement Morawiecki, de tenir la dragée haute à Angela Merkel. C’est fini. 

Quant à Boris Johnson, ce n’est certainement pas un apprenti-dictateur, mais plus probablement un bouffon. Or, lui aussi perd, avec Trump, favorable au Brexit, un allié de poids. La perspective de l’accord commercial bilatéral avantageux que le président américain avait fait miroiter aux Britanniques devient beaucoup plus douteux. En outre, Joe Biden, catholique d’origine irlandaise, a d’ores et déjà fait savoir qu’il se portait garant des arrangements négociés par Tony Blair en Irlande du Nord.

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