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Les leviers qui ont permis de surmonter la crise économique de 2008 semblent aujourd'hui non seulement inadéquats, mais indisponibles. Comment surmonter la crise qui s'annonce ?

2008/2020 : aux mêmes maux, différents remèdes

5 min
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En 2008, la personnalité des différents chefs d'états impliqués dans la crise, leur coopération notamment par le biais du G20 a permis de limiter les dégâts. Aujourd'hui les dirigeants ne sont pas à la hauteur et le principe de solidarité fait défaut aussi. Un scénario très différent se profile donc

Les leviers qui ont permis de surmonter la crise économique de 2008 semblent aujourd'hui non seulement inadéquats, mais indisponibles. Comment surmonter la crise qui s'annonce ?
Les leviers qui ont permis de surmonter la crise économique de 2008 semblent aujourd'hui non seulement inadéquats, mais indisponibles. Comment surmonter la crise qui s'annonce ? Crédits : dane_mark - Getty

L’épidémie de COVID-19 est partie de Chine, comme la crise des subprimes avait pour origine les Etats-Unis. Cette dernière crise, celle de 2008, avait été provoquée par l’imprudence des grandes banques américaines, incitées par l’Etat fédéral à prêter à des emprunteurs trop fragiles, désireux de souscrire des crédits immobiliers. C’était, à l’origine, une crise financière : les banques, insuffisamment capitalisées, avaient brusquement cessé de se faire mutuellement confiance. 

Les solutions de 2008 inadaptées à la crise actuelle 

La crise actuelle n’a rien à voir. Elle est causée par l’interruption prolongée de l’atelier du monde, la Chine, puis par la mise en panne progressive de l’activité économique, dans des pays de plus en plus nombreux. C’est une crise des chaînes d’approvisionnement, trop éparpillées par la mondialisation, trop dépendantes de l’atelier chinois. Un choc de production.

C’est pourquoi les solutions qui ont été déployées pour lutter contre la crise de 2008 ne sauraient conserver leur efficacité face à celle-ci. Comme l’ont montré, chacun à leur manière, les économistes Kenneth Rogoff, Barry Eichengreen et Daniel Gros, les politiques budgétaires, de stimulation de la croissance par la dépense publique et monétaires, de baisse des taux d’intérêt, ne seront pas d’une grande efficacité. La FED vient d’annoncer qu’elle baissait les siens à zéro. Ayant tiré ses dernières cartouches, ne peut descendre plus bas. Quant à la dépense publique, elle est handicapée dans de nombreux pays par le niveau inquiétant des dettes publiques déjà accumulées. 

Mais le problème ne vient pas tant de la demande, que de l’offre. Ce n’est pas l’argent qui va le plus manquer, mais les biens et les services à la disposition des consommateurs. On risque de se trouver face à des pénuries, qui pourraient se traduire par des hausses de prix et donc une flambée d’inflation. 

Le précariat en première ligne

Il faut aider d’urgence le précariat, écrit Raghuram G Rajan, l’ancien gouverneur de la Banque de réserve indienne. Dans nombre de pays, les personnes travaillant dans l’économie de plateforme n’ont pas accès aux mutuelles et renoncent à se faire soigner. 

James Galbraith écrit que les Etats-Unis sont très exposés, car si le pays est bien équipé sur le plan hospitalier, des millions de gens sont mal assurés, voire pas assurés du tout, illégaux, ou simplement réticents à aller consulter, pour cause de reste à charge. "Dans une pandémie, écrit-il, toute personne contaminée est un danger pour tous les autres." 

Bush, Obama, Trump : des leadership très différents

Reste, comme l’écrit un autre économiste, Anders Aslund, que cette crise du coronavirus est en train de conjuguer ses effets à d’autres problèmes, créés, eux, par des décisions politiques inadéquates

La première est la guerre du pétrole. Face au refus des Russes de reconduire leurs quotas de production, les Saoudiens ont répliqué en inondant les marchés. Résultat, les prix du brut se sont effondrés, le baril retombant à 34 dollars. Il y a dix ans, nombre de prévisionnistes nous assuraient que les prix dépasseraient durablement les 200 dollars au tournant de la décennie, pour cause d’épuisement des ressources… 

Cet effondrement des cours, combiné à l’annonce de Trump que les Etats-Unis suspendaient l’entrée des Européens sur leur sol, a précipité une série de crises boursières. "La combinaison du ralentissement de la croissance provoquée par le coronavirus et la panique financière signifie qu’une récession mondiale est virtuellement certaine", écrit Aslund. Elle va provoquer des faillites, non seulement de PME, mais aussi de sociétés importantes. Les compagnies aériennes et voyagistes sont, évidemment, en première ligne, étant donnée l’interruption de leurs activités. 

En 2008, poursuit Aslund, le monde a eu la chance de pouvoir compter sur des dirigeants nationaux décidés à coordonner leurs efforts afin de rétablir les circuits financiers et à restaurer ensemble la croissance. George W. Bush a réuni le G20 dès novembre 2008 à Washington, afin d’organiser cette riposte collective. Barack Obama a organisé, sitôt élu, le sauvetage des banques américaines et il s’est engagé à maintenir l’ouverture américaine au commerce international.

Cette fois, la situation est, hélas, très différente. Le leadership américain est aux abonnés absents : la crédibilité internationale de Donald Trump est très faible. Et l’accord bipartisan, qui existait au Congrès en 2008, n’est plus au rendez-vous à Washington. Quant au G20, il est en ce moment présidé par l’Arabie saoudite. En pleine guerre des prix du pétrole, l’autorité morale de ce pays n’est pas des plus reluisantes. 

Un processus de coopération internationale affaibli

La crise nécessiterait pourtant, comme en 2008, une coopération internationale sans arrière-pensées. Comme l’écrit Raghuram Rajan "les pays qui ont obtenu des résultats relativement satisfaisants dans la gestion de l’épidémie, tels que la Chine et la Corée du Sud, devraient partager leur expérience, afin d’inspirer le comportement des autres."

Mais cette crise de production se double d’une crise de la demande : pour ralentir la progression du coronavirus, les Etats restreignent les possibilités de consommer. Il faut tout mettre en œuvre pour contrer la dépression qui vient. Mais les moyens disponibles apparaissent plus limités que la dernière fois… 

par Brice Couturier

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