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Agitant le spectre de la récession, Donald Trump contraint la FED à poursuivre une politique monétaire non conventionnelle. Aberrant ?

Les politiques non conventionnelles - monétaires - accouchent-elles de politiciens non conventionnels - populistes ?

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Création monétaire déchaînée et crédits à taux zéro permettent, paradoxalement, à certains dirigeants politiques de tenir des promesses électorales en théorie contradictoires entre elles. Démonstration.

Agitant le spectre de la récession, Donald Trump contraint la FED à poursuivre une politique monétaire non conventionnelle. Aberrant ?
Agitant le spectre de la récession, Donald Trump contraint la FED à poursuivre une politique monétaire non conventionnelle. Aberrant ? Crédits : Tom Pennington - Getty

L’obsession de la déflation est mauvaise conseillère, selon Daniel Gros, le directeur du think tank bruxellois Center for European Policy Studies. Les économistes qui dirigent les banques centrales - BCE, FED ou Banque du Japon - souhaiteraient que les prix grimpent doucement. Autour de 2%. Or, l’inflation est légèrement inférieure à ce pourcentage. Peut-on pour autant parler d’un risque de déflation, comme cela revient souvent sous la plume de certains économistes ? 

Le spectre de la déflation

Certes, personne de censé ne souhaiterait renouer avec les inflations ravageuses des années 1970. La « stagflation » (inflation à deux chiffres, accompagnées d’une stagnation économique) a fait, à cette époque, des dégâts qu’on n’a pas oubliés. D’un côté, c’est vrai, elle a permis à des tas de jeunes ménages de rembourser leurs emprunts immobiliers en monnaie de singe et aux baby-boomers, de se constituer ainsi un patrimoine. Mais de l’autre, elle nourrissait une spirale catastrophique, les salaires courant constamment derrière les prix. 

Aujourd’hui, c’est la perspective de la déflation qui fait flipper les banquiers centraux. Car la déflation est une catastrophe. Lorsque les prix se mettent à baisser, les consommateurs retardent aussi longtemps que possible leurs décisions d’achat, dans l’attente de la prochaine baisse. La meilleure façon connue de donner un coup de frein brutal à l’activité économique et de bloquer la croissance. Personne de censé, parmi les dirigeants politiques, ne souhaite une telle catastrophe.

Nos dirigeants, qui ont endetté lourdement leurs Etats pour payer les arriérés de la crise, ont besoin d’une bonne petite inflation. Elle ferait fondre ces dettes publiques un tout petit peu plus rapidement qu’ils ne persistent à les creuser… Alors que la déflation, au contraire, aurait pour effet d’alourdir le fardeau des dettes, publiques et privées. Mais l’angoisse de la déflation est-elle justifiée ? 

Pour Daniel Gros, si l’inflation dans la zone euro est faible, elle n’est pas existante : 1 %. En outre, grâce à l’action des banques centrales, justement, on peut continuer à s’endetter à des taux ridiculement bas. En réalité gratuitement. Car compte tenu de cette modeste inflation, les taux d’intérêt sont proches de zéro. On a connu très peu de périodes dans l’histoire où l’argent était gratuit, comme c’est le cas depuis une dizaine d’années. Il s’agit de soutenir la demande et l’activité, suite à l’AVC financier mondial de 2008, qui fut bien près d’être fatal. 

Quant aux particuliers – ménages et entreprises -, ils auraient tort de se plaindre : dans la zone euro, leurs revenus progressent en moyenne de 3 % par an. Alors même qu’ils bénéficient de taux d’intérêt historiquement bas pour emprunter. 

Des mesures économiques aux conséquences politiques imprévues

Ce n’est vraiment pas le problème, écrit de son côté Harold James, professeur à Princeton. On n’a pas réalisé que les mesures non conventionnelles, adoptées depuis 2008, avec leur mélange de déluge de liquidités et de crédit à taux zéro ont produit des conséquences politiques imprévues

Si tant de gouvernements sont récemment passés sous la direction de leaders populistes, c’est à cause de cet abus de liquidités et de ces taux d’intérêt écrasés. Et voilà pourquoi : ce type de politicien a pour caractéristique de promettre tout et son contraire : augmenter les pensions de retraite, tout en réduisant les cotisations sociales ; dispenser de généreuses allocations familiales tout en baissant les impôts. Bref, prétendre satisfaire toutes les exigences à la fois. 

En temps normal, ce genre d’engagement ne tarde pas à se révéler illusoire. Pas cette fois-ci. Car – je cite – « les politiques monétaires non conventionnelles ont engendré des politiques elles-mêmes non conventionnelles ». Les politiciens populistes sont en mesure de tenir leurs promesses contradictoires, grâce à l’obligeance des banques centrales. Aussi longtemps qu'ils les poursuivent, ces banques centrales se trouvent dans l’obligation de maintenir leurs politiques "non conventionnelles". 

Toutefois, remarque Harold James, pour pouvoir bénéficier de ces largesses monétaires, il faut rester à l’abri des monnaies telles que l’euro ou le dollar. Et c’est la raison pour laquelle les leaders populistes ont cessé, depuis quelques temps, de promettre la sortie de l’euro – qu’ils déclaraient encore moribond, souvenez-vous, il y a peu de temps encore.

Mais le pire de tous, c’est Trump. En menaçant la planète économie de récession, pour cause de guerres commerciales, il contraint la FED à poursuivre une politique tellement non conventionnelle qu’elle en devient aberrante. Car les mesures exceptionnelles qui étaient destinées à renflouer l’économie au sortir de la crise des subprimes ne sauraient se prolonger indéfiniment. Sauf à causer la prochaine crise. Qui s’annonce, dans ces conditions, plus redoutable encore que la précédente.

par Brice Couturier

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