LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Opération "découplage"

Sale temps pour l’Europe... coincée entre les Etats-Unis et la Chine ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Quelle stratégie à présent pour une Union européenne qui se trouvait si bien dans un monde multipolaire ? Faire bloc avec un allié aussi imprévisible que Donald Trump ? Ou bien miser sur une ouverture progressive du marché chinois ?

Opération "découplage"
Opération "découplage" Crédits : Artyom Ivanov - Getty

Sale temps pour l’Europe. L’Union européenne a été l’un des acteurs majeurs et l’un des principaux bénéficiaires de l’état du monde qui préexistait à Donald Trump. Le multilatéralisme, l’ouverture des marchés mondiaux et leur régulation, les institutions internationales, l’arbitrage préféré au rapport de force, bref  qu’on appelait « l’ordre libéral international » correspondait parfaitement aux conceptions et aux intérêts de l’Europe. Et pour cause : nous sommes une grande puissance économique et commerciale, mais notre manque de cohésion interne nous rend peu aptes aux prises de décision stratégiques.

D’où notre réluctance à entrer de plain pied dans le nouveau monde, celui qu'a inauguré Trump. C’est un monde, écrit un collectif dans Der Spiegel Online, « de plus en plus polarisé, divisé en deux sphères politiques et économiques ». 

Trump ou la stratégie de "découplage"

Le conflit n’est pas vraiment de nature idéologique, comme pouvait l’être la Guerre froide, entre les Etats-Unis et l’URSS. Personne ne prétend incarner le sens de l’histoire. C’est un affrontement d’ordre économique. Pour le moment. 

La stratégie de Trump consiste à « découpler » les deux systèmes de production. A ses yeux, les chaînes de valeur américaines étaient devenues trop dépendantes des usines chinoises. Et les Chinois avaient un accès trop aisé aux technologies de pointe américaines. Non seulement, il ne cesse de dresser des barrières douanières aux importations chinoises, mais il tente d’isoler certaines entreprises chinoises qui l’inquiètent, comme Huawei. Il a obtenu que Google et Intel cessent leur collaboration avec le géant chinois de l’équipement téléphonique.

Pékin fait mine de se réjouir de cette tentative d’isolement. Cela ne peut que hâter notre propre développement dans la high tec et nous pousser à ne compter que sur nous-mêmes, prétendent les Chinois, comme Liu He, le principal responsable des négociations commerciales internationales.

La guerre commerciale sino-américaine peut-elle profiter à l'Union ?

Mais nous autres, Européens, quel parti devons-nous prendre pour défendre au mieux nos intérêts ? Le think tank bruxellois Bruegel vient de publier une étude qui tente de répondre à cette question. Elle est signée Alicia Garcia Herrero. Jusqu’à présent, écrit-elle, l’UE s’est accrochée au multilatéralisme et a tenté de le maintenir à tout prix. Mais croire qu’on peut le sauver en collaboration avec les Chinois est d’une grande naïveté. « La réalité, écrit Alicia Garcia Herrero, c’est que l’UE risque de rester isolée dans sa quête du multilatéralisme, du moins dans la forme que nous le connaissons aujourd’hui. » 

A court et moyen terme, l’UE peut bénéficier de la guerre commerciale sino-américaine. Les secteurs de l’économie américaine et des économies européennes qui exportent le plus vers la Chine sont identiques : équipements de transport, véhicules à moteur, équipements médicaux et produits chimiques. Nos entreprises peuvent espérer prendre la place des Américains. 

Prendre le parti de la Chine : un scénario irréaliste ?

C'est en tout cas le point de vue de l’ancienne ministre espagnole Ana Palacio qu'elle exprime dans un article publié sur Project Syndicate. On a cru qu’en accédant en s’engageant sur la voie des réformes, en étant admise à l’OMC, la Chine allait se rapprocher des standards occidentaux.  Mais écrit Ana Palacio "C’était de la pensée magique. En fait, la Chine a transformé le système international bien davantage qu’elle n’a été changée par lui." Son économie reste largement administrée par l’Etat-parti. Elle ne pratique pas la réciprocité. Elle ne respecte pas vraiment la propriété intellectuelle. Ses marchés ne sont pas aussi ouverts que les nôtres. Et surtout, son système politique autoritaire est incompatible avec nos valeurs démocratiques et libérales. Conclusion d’Ana Palacio : nous avons intérêt à faire front avec les Américains. Trump passera… 

C’est aussi la position d'Anders Fogh Rasmussen, le Secrétaire général de l’OTAN. Et, de son côté, la Commission européenne a récemment défini la Chine comme "un rival systémique". La logique politique doit dicter la stratégie commerciale. Le 5 mars dernier, l'UE a adopté une série de mesures, destinées à contrôler les investissements chinois en Europe. 

La voie étroite de la neutralité

Aider les Etats-Unis à contenir la montée en puissance chinoise est presque aussi risqué, selon Alicia Garcia Herrero. D’abord parce que Pékin s’est déjà constitué un lobby en Europe. Le groupe dit « 16 1 » est déjà largement dépendant des investissements et des prêts chinois. Des pays aux finances publiques mal en point, comme la Grèce, le Portugal et l’Italie sont entrés dans la sphère d’influence chinoise en échange de prêts importants. 

En outre, l’administration américaine actuelle ne nous considère pas comme des alliés. Trump a matraqué nos importations d’acier, d’aluminium, d’automobiles. Il ne partage pas nos valeurs libérales. 

Troisième possibilité : adopter une position neutre, équidistante des deux super-puissances. Mais cela ne peut avoir de sens si, de son côté, la Chine ouvre ses marchés et se résigne à faire preuve d’un peu plus de réciprocité. On n'en prend guère le chemin...

par Brice Couturier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......