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L'immigration, une épine politique dans le pied de l'UE

5 min
À retrouver dans l'émission

De l'urgence d'avoir trouvé une solution acceptée par tous d'ici les élections au parlement européen.

Le dossier de l’immigration empoisonne les relations entre Etats membres de l’Union européenne. Pourquoi ?

Ana Palacio, l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères le résume ainsi : alors que l’Union européenne est confrontée à de multiples défis, une question possède « le potentiel de détruire le projet européen lui-même », c’est celle des migrations. C’est devenu, pour les gouvernements classiques, dit-elle, une véritable « épée de Damoclès ». 

On l’a dit : c’est sur la question des migrations en provenance d’Europe centrale qu’ont gagné les partisans du Brexit. Bien davantage que la crise de 2008, c’est la question de l’immigration qui a provoqué la victoire électorale des partis populistes en Hongrie, Pologne, Slovaquie, ou Tchéquie. C’est elle qui a permis leur entrée au gouvernement en Autriche, un pays riche et ne souffrant pas du chômage, comme de l’Italie qui, au contraire, ne s’est jamais vraiment remise de la crise. 

Pourquoi l’immigration obsède-t-elle à ce point les opinions publiques, alors même que la situation n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était en 2015 ? Toujours selon Ana Palacio, c’est parce qu’elle recoupe toutes les lignes de clivage du moment : entre pays et communautés, entre sécurité et ouverture, entre intérêt national et identité européenne, entre les valeurs sociales et les intérêts économiques et stratégiques ». 

C’est aussi l’avis de Sami Mahroum, directeur du Groupe pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord au Forum économique mondial. « La question de l’immigration, écrit-il, a été une épine dans le pied » de l’Union européenne. D’un côté des « discours alarmistes », de l’autre, « la manipulation des émotions » ont faussé les données du problème ; et empêché l’adoption d’une politique acceptée par les 27 membres de l’UE. Peu de pays appartenant à l’Union européenne étant des îles, la prétention qu’ont certains Etats de gérer les migrations à l’échelle nationale est une plaisanterie. 

Mais où en est la politique migratoire européenne ? 

Le Conseil européen du 29 juin était censé se consacrer largement à cette question. Qu’en est-il sorti ? Pas grand-chose, sinon un net durcissement du ton. Oubliée, la Willkommenskultur ! Pas étonnant, c’est l’Autrichien Sebastian Kurz qui préside le Conseil pour six mois, et le gouvernement italien était à la manœuvre. Il faut chercher à tarir les flux migratoires, ont déclaré les chefs d’Etat et de gouvernement – dans le jargon de Bruxelles « désinciter les personnes à venir ». 

Il faudrait créer, hors d’Europe, des plateformes de débarquement destinés à traiter individuellement chaque cas, «des dispositifs régionaux de débarquement à l’extérieur de l’UE ».  Fort bien, mais où ? Sachant que ni le Maroc, ni la Tunisie ne sont d’accord pour que cela se passe chez eux. 

Faire une nette distinction entre réfugiés, justifiant de l’obtention du droit d’asile et migrants économiques, ces derniers devant être renvoyés dans leurs pays d’origine. Au passage, l’idée de quotas de répartition entre les Etats-membres a été abandonnée pour de bon. Les gouvernements qui en refusent le principe sont devenus trop nombreux pour pouvoir être sanctionnés. 

Au Sommet de Salzbourg, les 19 et 20 septembre, on a surtout discuté des propositions de la Commission en matière d’immigration. Les souverainistes se plaignent que l’Europe ne défende pas ses frontières. Fort bien, La Commission propose de porter progressivement les effectifs de l’Agence Frontex,-  censée précisément garder nos frontières communes - à 10 000 personnes. Mais pour faire quoi ? Certainement pas empêcher les bateaux des organisations humanitaires de poursuivre leur route vers l’Europe ; ce serait contraire aux valeurs européennes fondamentales. Non, il s’agirait d’aider les Etats à accueillir, enregistrer, voire même reconduire les migrants déboutés du droit d’asile. 

Problème : les pays d’Europe centrale, tout comme l’Italie, mais aussi l’Espagne, y sont fermement opposés : ils refusent absolument de voir des agents européens se déployer sur leur territoire. 

La Commission propose également aux Etats d’imposer aux migrants, à leur arrivée en Europe, une période de rétention obligatoire d’au moins trois mois. Ceci afin de prendre le temps de statuer sur leur sort et d’éviter qu’elles « disparaissent dans la nature » en cas de refus. Selon Jean-Claude Juncker, en 2017, 516 000 migrants en situation irrégulière se seraient vus signifier l’ordre de quitter l’Union européenne, 36 % auraient été expulsés. 

Reste le casse-tête du règlement de Dublin, que tout le monde est d’accord pour réviser : l’Italie, en particulier, juge anormal d’avoir à supporter les coûts de l’accueil et de la sélection entre réfugiés et migrants. D’où l’idée de se répartir les arrivés dans des « centres contrôlés », répartis dans les différents Etats. Mais on butte sur les habituels refus de partager la charge. 

La Commission européenne fera tout pour qu’un accord entre les 27 soit trouvé au plus tard début mai, afin « d’envoyer un signal fort aux Européens avant les élections ».  Il y a urgence, en effet. 

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