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Rassemblement électoral de l'AFD.

L'ascension de l'AFD : symptôme du déclin de la puissance allemande ?

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Une chancelière en fin de mandat - en bout de course ? - de lourdes menaces de récession économique et un parti populiste, l'AFD, qui a nettement progressé dans l'ex-RDA aux dernières élections. A l'aune de ces signaux, peut-on dire que l'Allemagne est en train de perdre son leadership en Europe ?

Rassemblement électoral de l'AFD.
Rassemblement électoral de l'AFD. Crédits : Sean Gallup - Getty

Le parti populiste AFD progresse très nettement dans l'ex-RDA

La CDU et le SPD ont fait connaître leur soulagement, aussitôt connus les résultats des élections dans les Länder de Saxe et de Brandebourg. C’est assez paradoxal. Certes, en Saxe, la CDU demeure en tête du scrutin, avec 32,5 %. Et dans le Brandebourg, le SPD se maintient à 26 %. Admettons qu’ils aient ainsi "sauvé les meubles". Car, dans les deux cas, l’AFD, elle, a effectué des bons spectaculaires. Elle obtient respectivement 28 % en Saxe et 23,5 % dans le Brandebourg. Si les deux grands partis de gouvernement expriment leur soulagement, c’est que certains sondages donnaient l’AFD en tête dans les deux cas. 

Il y a deux ans, l’Alternative Für Deutschland, un parti de création récente, faisait son entrée au Bundestag. Aujourd’hui, elle arrive en deuxième position dans une double élection régionale. On dira pour se rassurer : c’est l’Est, l’ancienne RDA. Cette ancienne Allemagne communiste, d’où trois millions de citoyens sont passés à l’Ouest depuis la réunification. La majorité étant des femmes, souvent diplômées, les hommes restés sur place se sentent humiliés. 78 % d’entre eux estiment être encore considérés comme « des citoyens de seconde classe. » Ils cherchaient un moyen d’exprimer leurs frustrations, ils l’ont trouvée dans ce parti populiste, anti-système, l’AFD. 

AFD = extrême droite

Etant donné le passé de nos voisins, toute résurgence de l’extrême-droite en Allemagne est considérée dans ce pays avec une légitime suspicion. Mais l’AFD est-elle d’extrême-droite ? Ses dirigeants s’en défendent. Mais Der Spiegel a révélé il y a quelques jours que Andreas Kalbitz, tête de liste de l’AFD dans le Brandebourg dimanche dernier, avait, par exemple, participé à un rassemblement pan-européen de néo-nazis organisé par l’Aube Dorée grecque, en janvier 2007 à Athènes. Il n’a pas dû beaucoup changé en douze ans.

Il constitue une preuve parmi d’autres qu’existe bel et bien, au sein de la direction de l’AFD une tendance dite « völkisch » - ce mot intraduisible en français qui signifie à la fois populaire et raciste. Le journal du parti nazi s’appelait le Völkischer Beobachter, L’Observateur Völkisch. A l’heure actuelle, cette tendance, au sein de l’AFD, est animée par Björn Höcke. Celui-ci figure en bonne place sur la liste présentée par l’AFD aux élections de Thuringe – un autre Land de l’Est -, qui auront lieu le 27 octobre. 

Dans une interview publiée lundi par Libération, le sociologue allemand Matthias Quent livrait, sur le succès de l’AFD, un éclairage intéressant. L’ex-Allemagne de l’Est, disait-il, n’a pas connu la révolte anti-autoritaire des années 60. Contrairement au Rassemblement national, par exemple, l’AFD joue peu la carte économique et sociale. Elle livre combat sur le terrain des valeurs. Elle dénonce et combat la libéralisation des mœurs. Comme l’écrit Dalia Marin sur Project Syndicate, « l’Allemagne demeure un pays avec deux cœurs ».

Il existe pourtant des causes objectives au malaise des "Ossis"

Au lendemain de la Réunification, le revenu par habitant des Länder de l’Est était estimé à à peine 40 % de celui des habitants de ceux de l’Ouest. Dans un premier temps, le rattrapage a été sérieux, grâce aux énormes sommes investies à l’Est. Mais depuis, il se traîne. Et aujourd'hui le revenu par habitant demeure en moyenne égal à 74 % seulement de celui des Wessis

Dans Der Spiegel, l’éditorialiste Mathieu von Rohr écrit : L’Allemagne a été victime de son auto-satisfaction, mais c’est à présent terminé. Ses succès économiques, son modèle tourné vers l’exportation, sa prudence diplomatique lui sont montés à la tête. Lors de sa tournée de départ de la Maison blanche, Obama avait semblé désigner la chancelière Merkel comme la meilleure pour lui succéder dans le rôle de leader du monde multipolaire, de garante de l’ordre libéral international. Le pays tombe de haut !

Car il ne s’est pas sérieusement préparé aux défis du futur. Son industrie est trop dominée par l’automobile et les machines-outils. Obsédé par l’équilibre budgétaire, il n’a pas investi dans ses infrastructures au temps des vaches grasses. Or voilà que pointe le risque de la récession

Effarouchée devant toute intervention militaire extérieure, l’Allemagne n’a pas pris sa part des responsabilités qui vont avec la puissance. Notre pays est « trop grand pour devenir une sorte de Suisse », écrit von Rohr. Il doit impérativement répondre aux propositions de réformes que ne cesse de lui adresser le président français.

Le retour du leadership français

De son côté, Jacek Rostowski, l’ancien Premier ministre polonais, a publié un texte appelant les Européens à tenir compte du rééquilibrage intervenu dans le couple franco-allemand depuis l’élection d’Emmanuel Macron. « La France, écrit-il, est destinée à devenir le pivot sur lequel reposera désormais l’intégration européenne, ainsi que toute éventuelle renaissance géopolitique ou économique du bloc. » Face à la perte d’autorité de la chancelière, le leadership est en train de basculer vers Paris.

par Brice Couturier

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