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2016 : le Grand Rabbin de Pologne inaugure une stèle à la mémoire des victimes

L'occupation de la Pologne par les nazis : face brillante, face sombre

5 min
À retrouver dans l'émission

Face brillante : Zegota, l'organisation de secours aux Juifs persécutés. Face sombre : Jedwabne et d'autres pogroms...

2016 : le Grand Rabbin de Pologne inaugure une stèle à la mémoire des victimes
2016 : le Grand Rabbin de Pologne inaugure une stèle à la mémoire des victimes Crédits : ARTUR RESZKO / PAP / AFP - AFP

Oui, on peut se moquer de l’obsession du gouvernement ultra-conservateur polonais à traquer l’utilisation de cette expression dans la presse étrangère. Le journaliste israélien Ronen Bergman a dénombré 260 protestations officielles des ambassadeurs polonais à travers le monde pour la seule année 2017. Et une diplomate polonaise ayant été en poste à Berlin, Jagoda Walorek, a confié au New York Times que « durant des années, la tâche confiée aux stagiaires dans les ambassades polonaises à travers toute l’Europe a été de passer les médias locaux au peigne fin, pour y dénicher l’expression coupable. L’ambassadeur adressait alors une protestation officielle. Tout récemment, le Département d’Etat américain a reconnu que parler des « camps de la mort polonais » était, en effet, je cite, « douloureusement trompeur ». 

Mais la volonté du gouvernement ultra-conservateur polonais de contrôler la narration de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale et de la Shoah sur son sol irrite deux des alliés stratégiques de la Pologne, les Etats-Unis et Israël. Des années de travail diplomatique, menés avec constance par les gouvernements polonais, sont menacés par la manie du PiS, au nom de l’idée qu’il se fait du patriotisme, de ne présenter que la face la plus héroïque du passé de la Pologne. C’est ce à quoi s’emploie Premier ministre Mateusz Morawiecki, dont la loi  menace des tribunaux ceux des historiens et des journalistes qui ne renonceraient pas à en explorer la face sombre. 

Face brillante et face sombre… Même s’il n’y eut pas de gouvernement de collaboration en Pologne, l’histoire de ce pays sous l’occupation est plus ambigüe que ne le voudrait le parti ultra-conservateur au pouvoir.

Face brillante : Zegota. Cette organisation de secours aux Juifs fut créée par le gouvernement polonais en exil en septembre 1942, à l'initiative de l'écrivain catholique conservatrice Zofia Kossak-Szczucka. L'organisation est réputée avoir fourni des faux papiers (véritables "numéros de vie") à près de 50 000 Juifs ayant échappé aux ghettos. L'un de ses dirigeants était le futur ministre des Affaires étrangères de la Pologne post-communiste, Wladyslaw Bartoszewski. 

Je lis avec étonnement dans la tribune publiée par deux professeurs du lycée Jacek Kuron, dans Libération du 13 février, que « pendant la guerre, l’Etat polonais – autrement dit le gouvernement en exil à Londres – se refusa jusqu’en juin 1942, à condamner les crimes contre les Juifs. Silence dans les émissions de la radio officielle, silence dans la presse de l’Etat polonais clandestin. » 

J’ai en ma possession un exemplaire de la Note adressée le 3 mai 1941 aux Puissances alliées et neutres sur L’occupation allemande et soviétique de la Pologne par le ministère des Affaires étrangères du Gouvernement polonais en exil à Londres. Il comporte une description assez réaliste de l’état des ghettos que l’occupant n’avait pas encore, à l’époque, commencé à vider de ses habitants vers les camps d’extermination. 

Je cite ce document : « A Varsovie, le quartier juif fut créé à partir du 1° novembre 1940 ; il fut entouré d’un mur et l’usage des entrées et des sorties en a été interdit aux habitants du dehors. _Les déportations vers le ghetto ont été exécutées par les autorités allemandes avec une brutalité et une sévérité inouïes_. […] Le quartier réservé à la population israélite, ayant beaucoup souffert des bombardements de septembre 1939, il en est résulté un surpeuplement indescriptible avec toutes les conséquences que cet état de chose comporte. » Fin de citation.
Il est vrai que ce texte ne parle pas du pire : à l’époque, les ghettos connaissent des épidémies de typhus et une sous-alimentation dramatique. Rien que dans le ghetto de Varsovie, où s’entassent 360 000 Juifs, 5 à 6 000 personnes meurent chaque mois de maladie, d’épuisement ou de faim… Mais la Note mentionne également les incendies de synagogues ayant eu lieu à Czestochowa, Wloclawek, Lodz, etc. Et relève que « la presse allemande d’occupation commente souvent ces faits dans les mêmes termes que ceux qu’elle employait pour des faits semblables à l’époque de l’ascension du mouvement national-socialiste à l’intérieur du Reich. » 

On ne peut pas prétendre que le gouvernement en exil ait passé sous silence les crimes de masse commis contre les Juifs sur le territoire de l’ancienne Pologne, alors directement dirigée par le Gouverneur Général allemand Hans Frank.

La face sombre : les pogroms, commis par des Polonais à l'occasion du remplacement de  l'occupant soviétique par l'occupant nazi.

Mais il y a une face sombre de l’histoire de la Pologne occupée. C’est celle qui a été révélée par le livre de Jan Gross, Les voisins, paru en 2000, complété depuis par son livre La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz, publié en français dix ans plus tard. Dans Les Voisins, Jan Gross révélait le pogrom de Jedwabne, en juillet 1941. Dans cette petite ville du Nord-est de la Pologne, l’arrivée des Allemands dont l’invasion succédait à celle des Soviétiques, presque deux ans plus tôt, donna lieu à des scènes de pogrom antisémite atroces. Plusieurs centaines de Juifs furent battus à mort, d’autres enfermés dans une grange à laquelle des Polonais mirent le feu. Et ce n’est pas l’unique cas où des Polonais participèrent à des massacres de leurs compatriotes juifs. 

Mais le fait de l’avoir mentionné me destine-t-il aux geôles de M. Morawiecki, à mon prochain séjour en Pologne ?

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