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Lorsqu’un système pourri s’effondre, cela peut aller très vite

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et prendre tout le monde par surprise.

Sur le site Berlin Policy Journal, le correspondant de l’Irish Times en Allemagne, Derek Scally, écrivait peu avant l'annonce, par la chancelière fédérale, de son intention d'effectuer un 4° mandat : Angela Merkel se représentera pour une raison simple : elle n’a pas le choix. La chancelière sollicitera un 4° mandat parce qu’elle n’est pas remplaçable. C’est juste la meilleure. Et d’ailleurs, il n’y a personne d’autre.

Primo, elle a accompli un sans faute durant toute sa carrière politique ; « la gamine », comme l’appelait son mentor, Helmut Kohl, a gravi tous les obstacles au sein d’une CDU qui n’imaginait pas être dirigée un jour par une Ossie. Mais elle a su quitter l’orbite du géant, lorsque celui-ci s’est trouvé compromis dans un scandale financier. Ensuite, elle a éliminé méthodiquement, mais discrètement, tous ses rivaux au poste de présidente ; en prenant soin de ne jamais humilier personne. En 2000, elle devenait le seul maître à bord et en 2005, elle était chancelière. Enfin, elle dissimule derrière son apparence insignifiante, des qualités politiques exceptionnelles. Elle est même, selon Derek Scally, « l’acteur politique le plus habile et le plus efficace d’Europe ». Vladimir Poutine, qui se prend lui-même pour un super-héros, aurait confié qu’à ses yeux, Merkel est le seul joueur à son niveau en Europe. A Bruxelles, elle est désormais le seul dirigeant européen à avoir survécu à la crise de 2008 ; et même à celle des migrants – qu’elle a pourtant en partie provoquée, en prétendant accueillir tout le monde.

Mais rien n’est joué. Il est très dangereux de se présenter comme incontournable et irremplaçable – sans alternative. Margaret Thatcher l’a appris à ses dépens en 1990. Elle qui avait gagné 3 élections générales consécutives, en 1979, 1982 et 1987, elle qui pouvait se vanter d’avoir redressé l’économie britannique, a pourtant été renversée par ses propres amis conservateurs ; ce qui leur a permis de garder le pouvoir pendant 7 années supplémentaires. C’est que la Dame de fer avait coutume de réfuter toutes les critiques qu’on lui opposait d’un slogan sans appel : TINA pour There is no alternative. Merkel aussi, après 11 ans de pouvoir, apparaît désormais un peu trop souvent comme « alternativlos ».

Or, pour de nombreux analystes, cette manière de présenter les choix politiques comme inéluctables est l’une des causes principales de la montée du populisme. D’autant plus, on peut le penser, lorsque de telles propositions politiques sont faites dans le cadre de gouvernement de coalition droite/gauche.

Oui, c’est exactement l’idée que défend la politologue allemande, Ulrike Guérot. Directrice du European Democracy Lab, cette Européenne convaincue vient de mettre en ligne sur le site Eurozin une étude intitulée « L’échec de la politique de convergence au centre ». Article passionnant, parce qu’en s’attaquant à la manière dont est géré le Parlement européen, sur le modèle allemand, d’une étroite alliance entre centre droit (Parti populaire européen) et centre gauche (Socialistes et Démocrates), Guérot en vient tout naturellement à critiquer la manière dont l’Allemagne elle-même est gouvernée par la Grosse Koalition CDU/SPD.

En réalité, écrit-elle, un sentiment de dépossession des droits civiques est perceptible dans la plupart des pays européens. Il se conjugue avec un profond malaise social, particulièrement sensible dans les régions d’Europe qui ont fait les frais du grand marché commun. Les citoyens de « l’Europe post-démocratique » voient leurs Etats privés progressivement de tous les moyens habituels de la régulation : après la monnaie, les budgets publics. A cette frustration, les élites gouvernantes répondent par des discours moralisateurs et culpabilisateurs. Elles se servent de l’accusation de populisme, afin de faire taire toutes les critiques, même les plus justifiées. Or, en évacuant toute contradiction, et en valorisant le consensus à tout prix… elles font le jeu des extrêmes.

Car, écrit la politologue allemande, « nous avons atteint en Europe un stade pré-révolutionnaire, sans même nous en rendre compte. » Et elle lance cet avertissement : « lorsqu’un système pourri s’effondre, cela peut aller très vite et prendre tout le monde par surprise. Si l’Union européenne devait éclater, on ne verrait pas grand monde verser des larmes. »

Face à cette montée des populismes – qu’elle estime avoir récemment atteint le seuil des 30 % dans l’ensemble de l’Europe – les partis du centre vont avoir de plus en plus fréquemment recours aux « grandes coalitions », afin de tenter de sauver les meubles. Le calcul des dirigeants politiques classiques est simple : faire le gros dos en attendant que la croissance revienne. Pourtant, même si l’Europe, à la suite des Etats-Unis, renouait avec la croissance, la menace populiste ne se volatiliserait pas miraculeusement. Le problème, c’est l’exaspération qui s’est emparée des opinions publiques depuis que les grandes décisions sont prises hors de leur contrôle, par consensus entre les élites et qu’en outre, ces décisions sont présentées comme irréversibles

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