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Lucky Emmanuel, on the move...

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Jusqu'à présent, le nouveau président de la République a eu beaucoup de chance. Il lui en faudra encore plus pour réconcilier les Français entre eux, estiment les think tanks.

Suite et fin de notre feuilleton de la semaine : que dit-on de l’élection d’Emmanuel Macron dans le reste du monde ? Et qu’est-ce que cela peut changer en Europe ?

Et, d’abord, pourquoi et comment a-t-il gagné ? Voilà les 5 raisons que donne la BBC. La première, une évidence, Macron a de la chance. C’est Lucky Emmanuel. Le fameux « alignement des planètes », diagnostiqué par un astrologue amateur – le président sortant, plus habitué à la pluie. Macron s’est lancé sans savoir, à l’avance, que tous ses rivaux potentiels et réels allaient, un par un, mordre la poussière. Deuxième raison, il est futé. Il a compris, avant tout le monde, que l’électorat, lassé de la morne alternance entre les deux mêmes partis, était mûr pour l’émergence d’un mouvement politique absolument neuf. Comme Podemos, en Espagne, 5 Etoiles, en Italie. Tertio : il a utilisé des méthodes déjà expérimentées avec succès aux Etats-Unis, lors de la campagne pour l’élection d’Obama en 2008. A l’aide d’un algorithme, on commence par identifier un certain nombre de circonscriptions représentatives de l’ensemble du pays. On y envoie des militants, les fameux « helpers », afin qu’ils aillent sonder les habitants. 300 000 foyers ont été visités par cette méthode. Sont sélectionnés 25 000 d’entre eux, qui acceptent de répondre à un questionnaire approfondi sur leurs attentes et leurs aspirations. C’est sur la base de leurs réponses qu’est élaboré le programme du mouvement. Quatrième cause du succès : « il portait un message positif ». Et la BBC de citer Marc-Olivier Padis, de Terra Nova : « l’humeur qui prévaut en France est très pessimiste et lui, il est arrivé avec un message positif. » Cinquième il a frappé fort contre son adversaire, Marine Le Pen. Plus son message, à elle, était placé sous le signe « anti » (anti-Union européenne, anti-immigrés, anti-système), plus Macron positivait le sien.

Voilà pour les causes de la victoire. Maintenant qu’est-ce que cela peut changer ? Le think tank américain Carnegie Endowment a réuni les avis de plusieurs experts. Et leurs avis convergent. Ils considèrent unanimement que la tâche sera rude. Pourquoi ? Parce que la France apparaît divisée comme elle l’a rarement été dans son histoire récente. Recoller les morceaux séparés de la France demandera beaucoup d’habileté, prévient Pierre Vimont. C’est pourquoi l’idée macronienne d’un gouvernement de droite et de gauche apparaît judicieuse à Marc Pierini.

Beaucoup d’experts estiment que le nouveau président est attendu dans le monde sur le dossier de la Défense. Au cours de la décennie écoulée, relève Erik Brattberg, la France s’est révélée l’un des alliés les plus fiables des Etats-Unis. Et notre pays a démontré ses capacités d’intervention militaire sur de nombreux secteurs de crise. Les choses peuvent-elles changer avec un Trump à la Maison Blanche et un Macron à l’Elysée ? Marine Le Pen voulait quitter l’OTAN, Macron y rester. Mais que va devenir l’Alliance atlantique, avec un « Mr. Unpredictable » à la tête de la première puissance militaire de la planète ? En tous cas, estime Brattberg, Macron a déjà démontré qu’il savait tenir tête à l’allié américain lorsque surgissent des désaccords. Ce sera notamment le cas sur le dossier du réchauffement climatique, où la contradiction est flagrante.

Toujours chez Carnegie, Judy Dempsey, a lancé une discussion sur le thème « La France sera-t-elle le rédempteur de l’Europe ? ». Rien que ça ! En tous cas, c’est bien comme ça que se voient eux-mêmes les Français, selon Cornelius Adebahr : « rédempteurs de l’Europe »…. Il y a tant d’obstacles sur la route que Macron entend parcourir, selon Rosa Balfour, qu’il est bien trop tôt pour prédire si la France peut ou non sortir l’Union européenne de sa torpeur actuelle. Et la plupart des experts de rappeler que les candidatures populistes et hostiles à l’UE ont rassemblé plus de 40 % des électeurs. La seule chose qui pourrait les faire changer d’avis, toujours selon Rosa Balfour, serait un new deal sur l’économie et la gouvernance, passé entre Paris et Berlin.

Réaction très négative de Lizza Bomassi. Macron voudrait être un président rassembleur. Il se croit capable de réconcilier des intérêts et des idéaux bien trop divergents pour être satisfaits – dont nombreux sont ceux qui ne veulent pas de sa politique. « Malheureusement, écrit-elle, il va s’agir bien davantage de concessions et de négociations sur le front intérieur que d’instaurer un leadership français en Europe, capable d’agir en complément de l’Allemagne. »

On relève des inquiétudes en provenance d’Europe centrale. Piotr Buras, qui dirige le Bureau de Varsovie du think tank European Council on Foreign Relations les exprime ainsi : Macron sera sans doute tenté de faire passer des réformes, pas toujours populaires, en obtenant des autres capitales d’Europe de l’ouest des mesures de restriction à la mobilité des travailleurs de l’est. L’Autriche y est très favorable. D’autres suivront.

Au passage, on remarque que plusieurs expressions qui reviennent, en anglais, pour caractériser ce qui se passe en France, sur le plan politique, sont intraduisibles… Et pourtant, elles sont révélatrices de la manière dont ces élections sont appréciées. Prenez game-changer = celui qui change la donne, qui relance le jeu, édicte de nouvelles règles. De même « On the move », sonne beaucoup mieux que le français « en marche », qui vous a un petit côté régiment en campagne, ou troupe de scouts après une pause

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