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L'une des régions les plus militarisées de la planète

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Entre la Russie et l'OTAN, les frontières des Etats baltes sont hyper-sensibles.

Résumé des chroniques précédentes : il existe entre la Pologne et la Lituanie une enclave russe – Kaliningrad, l’ancienne Königsberg de Kant, attribuée à l’URSS à Yalta en tant que « tribut de guerre ». C’est le siège du quartier général de la flotte russe de la Baltique. Les trois petits Etats baltes, qui ont été annexés par l’URSS après la guerre, mais ont rejoint l’OTAN, craignent de faire l’objet d’un grand marchandage entre Poutine et Trump. Leurs craintes sont-elles fondées ?

Oui, parce que, de manière générale, les enclaves, ou plutôt pour être tout à fait précis, l’exclave de Kaliningrad, (c’est-à-dire un morceau de territoire national isolé et sans continuité territoriale avec l’Etat auquel il appartient), crée des problèmes. Souvenons-nous du terrible précédent de la Prusse orientale, isolée du reste de l’Allemagne par le couloir de Danzig. Afin de donner à la Pologne ressuscitée après la Première guerre mondiale, un accès à la mer, les puissances victorieuses avaient coupé l’Allemagne en deux. Königsberg, l’actuelle Kaliningrad faisait d’ailleurs partie de cette Prusse orientale, coupée du reste de l’Allemagne. Cette situation inextricable a servi de prétexte à Hitler pour envahir la Pologne en septembre 1939.

Aujourd’hui, l’exclave de Kaliningrad est reliée à la Russie par un couloir ferroviaire qui traverse la Lituanie. L’oblast russe est aussi alimenté en électricité par une ligne à haute tension. Récemment, l’ancien premier ministre lituanien Andricus Kubilius disait au Washington Post son inquiétude concernant ces infrastructures russes traversant son pays. Une provocation peut servir de prétexte à une intervention militaire. Les frontières entre la Lettonie, l’Estonie et la Russie, entre la Lituanie et l’enclave russe de Kaliningrad sont » la ligne de front de la nouvelle guerre froide », lit-on dans la revue américaine Foreign Affairs.

En effet, non seulement l’oblast de Kaliningrad est sans doute l’une des régions les plus militarisées de la planète, mais les incidents aériens impliquant des avions russes se multiplient depuis quelques temps dans cette région. Au-dessus des pays baltes, mais aussi de la Suède et de la Finlande. Moscou n’a cessé de renforcer ses troupes et ses arsenaux dans son enclave ; la Russie a notamment installé à Kaliningrad des missiles Iskander à capacité nucléaire qui menacent l’Europe, ainsi que des systèmes antiaériens et anti-missiles S-400. Une erreur d’interprétation, d’un côté ou de l’autre, est susceptible de déboucher, à tout moment, sur une escalade, menant à un conflit entre l’OTAN et la Russie. Cette situation s’avère extrêmement dangereuse.

Du côté russe, on assure que le contrat passé entre George Bush et Boris Eltsine, lorsque celui-ci a proclamé la dissolution de l’Union soviétique, prévoyait qu’aucune des ex-républiques soviétiques ne devait être admise dans l’OTAN. Or, les trois républiques baltes ont rejoint l’OTAN et l’Union européenne la même année, en 2004. Nina Khrouchtcheva, la propre petite fille du premier secrétaire Nikita Khrouchtchev, qui vit aux Etats-Unis, écrit sur Project Syndicate, que Poutine, lors des premières années de sa présidence voulait réellement faire partie de l’Occident. C’est l’entrée des trois Etats baltes dans l’OTAN qui l’aurait braqué au point de le convaincre d’adopter vis-à-vis de l’Occident une posture de défi.

Les Russes font valoir que leur budget de la Défense est à peu près 10 fois inférieur à celui des Etats-Unis. Et Poutine a déclaré, l’an dernier au Corriere della Sera « seul, un dément, et seulement en rêve, peut imaginer que la Russie pourrait se lancer soudain dans une attaque contre l’OTAN. » Et il a justifié la multiplication des exercices militaires en Russie et à Kaliningrad comme autant de réponses à l’extension de l’OTAN aux frontières occidentales de son pays.

La Russie croit de moins en moins à la possibilité d’une vraie détente avec les Etats-Unis, alors que Moscou avait beaucoup espéré de Trump à cet égard. Le remplacement, au poste de Conseiller à la sécurité nationale, de Michael Flynn par le général McMaster a fait l’effet d’une douche froide. Flynn était connu pour ses liens étroits avec la Russie ; c’est du reste ce qui a provoqué sa chute. McMaster est beaucoup plus circonspect. Il a récemment déclaré : « le but de Poutine est de faire capoter l’ordre d’après la guerre froide, afin de le remplacer par quelque chose de plus agréable aux intérêts de la Russie ».

Or, c’est précisément ce que refusent la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, trois petits Etats, qui ont le désir de continuer à faire partie de l’Europe et sont bien décidés à ne pas retomber dans l’orbite russe. Sur l’une des places principales de Vilnius, capitale de la Lituanie, on peut voir une plaque où est gravée une phrase prononcée par George W Bush. « Quiconque choisirait pour ennemi la Lituanie se ferait également un ennemi des Etats-Unis. » Les Baltes tremblent à l’idée que cette garantie de sécurité, promise par un président américain, pourrait être retirée par le nouveau président. Interrogé sur la portée de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, qui stipule que toute attaque contre un des signataires sera considéré comme une attaque par tous les autres, Donald Trump se dérobe.

Newt Gingrich, l’artisan de la victoire des républicains au Congrès de 1994, qui continue de jouer un rôle important au sein de ce parti, a déclaré l’an dernier : « l’Estonie est un faubourg de Saint-Pétersbourg. Les Russes ne vont pas nécessairement franchir militairement la frontière. En tous cas, moi, je ne risquerais pas une guerre nucléaire pour un endroit situé dans les faubourgs de Saint-Pétersbourg. Nous devrions y penser à deux fois. » On imagine l’effet produit par de tels propos sur les habitants des pays baltes…

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