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Marlene et l'Allemagne

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À retrouver dans l'émission

Après la guerre, une partie notable de ses compatriotes ont persisté à la considérer comme une traîtresse, parce qu'elle avait rejoint l'US Army.

Jean Gabin, engagé dans la France Libre, le grand amour de guerre de Marlene.

Jean Gabin, grosse vedette du cinéma d’avant-guerre (Quai des brumes, Pépé le Moko, etc.) a rejoint Hollywood pour fuir la France de Vichy dont la lâcheté le dégoûtait. « Il se précipita dans les bras de ma mère comme un navire égaré qui trouve son port d’attache », écrit Maria Riva, fille de Marlene dans ses mémoires. Elle l’installe à côté de sa villa. Elle lui cuisine des petits plats de son pays pour lui faire passer son spleen. Veau pané, pot-au-feu… Il est le seul de ses amants qu’elle se dit prête à épouser. 

Mais lors de la bataille des Ardennes, elle fait la connaissance du plus jeune et plus séduisant général de l’armée américaine, que ses hommes surnommaient « Skin Jim », comme dans la chanson d’Eddie Cochran, James Gavin. C’est lui qui commandait le 505° régiment de parachutistes qui sauta au-dessus de Sainte-Mère-Eglise lors du Débarquement. 

Jean Gabin s’est enrôlé dans les forces de la France Libre comme simple sous-officier. Il finira la guerre chef de char dans la 2° DB, participant aux combats pour la libération de Royan, La Rochelle, Saint-Nazaire et Lorient. Il fait partie du bataillon qui prendra le nid d’aigle d’Hitler, suicidé dans son bunker, dans les ruines de Berlin. Et il est très jaloux. Pourtant, après la guerre, les deux amants tentent de relancer ensemble leur carrière en France, où la presse annonce que la fameuse Marlene Dietrich songe s’établir pour de bon.

Marlene et Gabin se retrouvent en France libérée et tentent en vain de relancer leurs carrières ensemble.

Dans Martin Roumagnac, un film assez médiocre réalisé par Georges Lacombe, Gabin joue le rôle d’un brave entrepreneur en travaux publics qui tombe amoureux d’une jolie cliente étrangère, jouée par Marlene. Il la prend pour une femme du monde, mais découvrant qu’elle a un passé de prostituée, il l’étrangle. Le film fait un bide. Marlene déclare que sa carrière l’appelle aux Etats-Unis. Elle n’épousera pas Jean Gabin. Mais lorsqu’il mourut en 1976, elle se déclara veuve. 

Alors qu’on la croyait finie – elle a dépassé l’âge fatidique de 45 ans – elle fait un come-back éblouissant dans un film de Billy Wilder, La scandaleuse de Berlin. Elle s’est fait beaucoup prier pour jouer le rôle d’une ancienne nazie, qui est parvenue à échapper à la dénazification, en obtenant la protection d’un capitaine américain. Mais elle reprend son emploi de chanteuse de cabaret, d’enjôleuse et de fatale séductrice, celui qui lui avait valu la gloire dix-huit ans plus tôt dans L’Ange bleu. 

Billy Wilder a tourné plusieurs scènes d’extérieur dans le Berlin de l’époque, en grande partie détruit par les bombardements et les combats de 1945. Le pianiste qui accompagne Marlene durant son tour de chant n’est autre que Frederick Hollander. Le compositeur qui avait déjà composé pour Marlene les chansons qu’elle interprétait dans L’Ange bleu. Avec les chansons de La scandaleuse de Berlin, Hollander, Black Market et Illusions, Hollander résume l’état d’esprit qui règne à Berlin, trois ans après la fin de la guerre. Want to buy some illusions ? Slightly used, just like new. I’ll sell them all for a penny They make pretty souvenirs… 

Marlene et l'Allemagne d'après-guerre : incompréhension et rejet. 

Après la guerre, Marlene Dietrich se tient à l'écart de son pays natal. Mais lorsqu’à soixante ans, elle renonce au cinéma pour s’en aller promener son tour de chant sur toutes les scènes du monde, il était inévitable que l’escale allemande soit au programme. En mai 1960, le Bild Zeitung publie des lettres de lecteurs qui, toutes, la condamne comme traîtresse à son pays. Dans les 17 villes où elle doit chanter, apparaissent des affiches proclamant : « Marlene go home ! » A Düsseldorf, on lui crache dessus. Et sa tournée se termine devant des salles à demi-vides. 

Le futur chancelier Willy Brandt, alors maire de Berlin-Ouest, sauve l’honneur en la recevant avec tous les honneurs possibles. Lui-même a combattu dans la Résistance anti-nazie en Norvège. Il est bien placé pour comprendre et approuver les choix de sa compatriote. 

Veuve d'un général de la Wehrmacht dans Jugement à Nuremberg : "Les Allemands n'étaient pas tous des monstres."

Dans son dernier grand film, Jugement à Nuremberg, réalisé par Stanley Kramer en 1961, elle interprète un rôle délicat : la veuve d’un général de la Wehrmacht qui défend la mémoire de son défunt mari et persuader les juges américains que les Allemands n’ont pas été « tous des monstres ». Un rôle d’aristocrate arrogante et désabusée qui lui va à ravir, mais dont Jean-Paul Bled souligne qu’il ne correspondait nullement à ses propres opinions. Pour Marlene, ni l’armée allemande, ni la population civile ne pouvaient ignorer le sort des compatriotes que la police venait arrêter au petit matin. Et elle l’a dit.

Détail révélateur : durant toutes ces tournées internationales du début des années 60, l’accompagne son arrangeur musical personnel, un certain Burt Bacharach. Oui, le compositeur de Don’t make me over et Walk on by pour Dionne Warwick, de What’s new pussy cat ? pour Tom Jones, et tant d’autres succès planétaires. Marlene Dietrich, perfectionniste, a toujours su dénicher les meilleurs talents du moment. 

Cette nouvelle biographie de Marlene, par le germaniste Jean-Paul Bled vient de paraître chez Perrin. 

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