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Non, la Chine ne tient pas à se substituer au leadership américain

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Pour une bonne raison : elle a pris pied sur tous les réseaux qui convergent sur les Etats-Unis.

Si les Etats-Unis, dirigés par un président « jacksonien » renoncent à assumer leurs responsabilités internationales, s’ils abandonnent le pilotage d’une mondialisation dont les électeurs de Trump se méfient, quels sont les candidats à la succession ? Quelles sont les puissances suffisamment globales pour être partout présentes ? Quelles sont celles dont l’autorité est telle que leur arbitrage puisse être accepté par les autres ?

Hier, nous évoquions la « candidature » de l’Union européenne, proposée par Javier Solana. Mais ne rêvons pas : l’UE est un puissant bloc commercial, capable, comme on vient de le voir, d’infliger une amende de deux milliards 400 millions d’euros à l’un des géants américains de l’économie numérique, Google. Mais l’Union européenne n’a pas de politique étrangère commune, pas d’armée commune, pas de marine commune, pas de capacité de projection de puissance. Pas de porte-avions européen.

Non, la candidate la plus souvent citée pour – comme on dit en anglais - enfiler les chaussures des Américains – c’est la Chine. Pour des raisons historiques et culturelles en premier lieu. Salvatore Babones rappelle dans un article très documenté de la revue Foreign Affairs, le sens de l’expression « empire du milieu » (Zhongguo), le nom que la Chine se donne à elle-même. Sous la dynastie des Ming, la Chine était reconnue comme telle par tous ses voisins. Si les Japonais appellent leur patrie « le pays du soleil levant » (Nippon*_)_, c’est parce qu’il se trouve à l’est de la Chine. Et si _« nam »*_ en vietnamien veut dire Sud, c’est parce que les Vietnamiens situaient leur propre pays en fonction de la « centralité » de la Chine. Imaginez que nous autres, Européens de l’ouest, nous eussions pris l’habitude de nous définir comme des « Orientaux », dans la mesure où nous sommes situés géographiquement à l’est de New York, centre de notre ère de civilisation…

C’est pourtant ainsi que s’est pensée l’Asie de l’est durant des siècles. La Chine était considérée par tous comme « l’Etat central d’un royaume politique et culturel qui s’étendait de la Birmanie au Japon ». Il était nommé tianxia, littéralement : tout ce qui est sous le ciel. Bref, le monde. Ou le monde civilisé, dont « les barbares » formaient les limites. La culture chinoise, l’écriture chinoise, la pensée confucéenne constituaient la norme dans laquelle communiaient toutes les élites de cette zone immense.

Sous la dynastie des Qing, à partir de notre XVII° siècle, cette suprématie chinoise perdura longtemps. Mais l’Empire du Milieu avait perdu son autorité morale. La Chine devint « la brute qui habite à côté », écrit Salvatore Babones.

Mais voilà que la Chine est redevenue le pouvoir régional dominant. Il n’y a plus guère que le Japon, le Vietnam et la Corée du Sud pour refuser cette hégémonie et s’en remettre au protecteur américain. Faut-il imaginer que la Chine puisse disputer aux Etats-Unis leur suprématie ?

Réponse : non. Parce qu’aujourd’hui, Trump or not Trump, les Etats-Unis sont et demeureront l’Etat central du système international. Le « tianxia » d’aujourd’hui s’ordonne autour de leurs valeurs, de leurs normes. L’harmonie, pour les confucéens, requiert l’existence d’un Etat stabilisateur. Et l’auteur de l’article de remarquer que lors de leur première rencontre avec le nouveau président américain, Xi Jinping émit une revendication principale : que le système financier américain demeure ouvert aux banques d’Etat chinoises. Pour une nation commerçante telle que la Chine, l’accès au système dollar est crucial.

Autrefois, l’Amérique était crainte pour son avance militaire. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont redevenus le centre du monde, mais pour bien d’autres raisons : tous les réseaux de la mondialisation ont leur centre chez eux. Les réseaux du savoir, avec les universités les plus prestigieuses. Les réseaux du business, avec le siège social des plus importants groupes mondiaux. Les réseaux de médias, le réseau des réseaux avec Internet…

Or, les Chinois ont pris pied fortement sur tous ces réseaux. Il y a 300 000 étudiants chinois inscrits dans les universités américaines. Rentrés chez eux, ils y rapportent les méthodes de gestion et jusqu’aux façons de pensée américaines. Les riches chinois ont presque tous un compte ouvert quelque part dans une banque américaine. Mais plus fort encore : autrefois, les consulats américains refusaient systématiquement le visa aux femmes enceintes. Depuis l’accord intervenu entre la Chine et les Etats-Unis en novembre 2014, environ 100 000 Chinoises sont venues accoucher librement aux Etats-Unis, afin d’offrir à leurs enfants la si précieuse nationalité américaine ! « Comme les oligarques russes qui ont quitté Moscou pour Londres il y a une génération », ces enfants rejoindront les "citoyens mondialisés qui vivent dans l’espace transnational", construit par les Etats-Unis à leur propre image. Où qu’ils décident de vivre, ils partageront les valeurs américaines telles que l’auto-accomplissement, la quête des opportunités, la consommation ; ils communieront dans le mode de vie américain.

Le vrai pouvoir des Etats-Unis réside, écrit encore Salvatore Babones, dans leur pouvoir de réseau. Ils conservent – je cite – « la capacité d’obtenir ce qu’ils veulent en façonnant les opportunités qui sont disponibles pour les autres. » Pas mieux !

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