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Panneau "OK Bommer" photographié lors de la marche contre les violences sexistes et sexuelles du 23 novembre 2019.

"OK, Boomer" : les 55/75 ans, à leur tour victime d'une révolte générationnelle

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Cours, camarade, le vieux monde, c'est désormais le tien...

Panneau "OK Bommer" photographié lors de la marche contre les violences sexistes et sexuelles du 23 novembre 2019.
Panneau "OK Bommer" photographié lors de la marche contre les violences sexistes et sexuelles du 23 novembre 2019. Crédits : Laure Boyer / Hans Lucas - AFP

Le mème « OK Boomer » devenu viral sur les réseaux sociaux.

Dans The Atlantic, Andrew Ferguson se moque de ce mème qui a pris comme un feu de paille, mais commencerait, selon lui, à être déjà moins utilisé sur les réseaux sociaux. « Dans notre époque imprégnée d’ironie il signifie, comme souvent, le contraire de ce qu’il semble signifier à priori ». En effet, le sens de ce slogan, c’est : « non, pas OK du tout, tu es un baby-boomer ». Et cette simple mention de l’âge du contradicteur dispenserait de lui répondre par des arguments.

Andrew Ferguson a tort quand il dit qu’on ne sait pas d’où sort « OK, Boomer ». Selon des sources qui paraissent mieux informées, comme Cosmo Landesman, dans The Spectator britannique, tout a commencé lorsqu’un homme d’âge mûr a fait circuler sur le réseau social Tik-Tok une vidéo dans laquelle il dénonçait la jeune génération. Cette classe d’âge, disait-il, refuse de grandir ; elle souffre du syndrome de Peter Pan. Aussitôt, un des jeunes en question a posté « OK, Boomer ! ». Et ce slogan est devenu viral. Il sert dorénavant à la génération Z (née depuis 1996, donc des garçons et des filles âgées de moins de 24 ans) à accuser celle qui est née entre 1945 et 1965 de lui léguer un héritage empoisonné. 

La génération du baby-boom s'accroche au pouvoir, après avoir bien profité de tout.

« L’antipathie éprouvée par la génération Z envers les baby-boomers, écrit Cosmo Landesman est basée sur toutes les raisons prévisibles : pour leur condescendance envers les jeunes, bien entendu, mais surtout pour avoir précipité le changement climatique, amassé des dettes publiques, augmenté le coût des études, poussé les cours de l’immobilier à la hausse… et élu Donald Trump. » Mais ce que les jeunes reprochent surtout aux 55 ans-75 ans, c’est de s’accrocher au pouvoir, alors que tourne l’horloge biologique.

En réalité, selon Landesman, ce sont surtout les Millenials, ceux qui sont nés entre 1981 et 1996 qui devraient se plaindre des "Boomers". Car c’est eux qui ont essuyé les plâtres de quantité de décisions erronées prises par leurs aînés, comme la guerre d’Irak et la grande récession de 2008. 

D’ailleurs, il existe aussi un sérieux contentieux entre ces Millenials et les Zoomers, la génération Z. Aux yeux des premiers, les seconds sont des « snowflakes », des flocons de neige. Des personnalités fragilisées par la vie hyper-protégée qu’on mène dorénavant sur les campus, incapables d’affronter la moindre contradiction, des petits Narcisses brandissant leur fameuse « identité » à la moindre objection. 

L'auto-flagellation de certains baby-boomers leur vaudra-t-elle le pardon ?

C’est bien fait pour nous, écrit Andrew Ferguson, lui-même enfant du baby-boom, puisqu’il est de la cuvée 1956. Oui, car c’est nous qui avons lancé l’antagonisme inter-générationnel, en attaquant nos parents. Ils appartenaient, eux, à la génération qu’aux Etats-Unis, on qualifie à présent de « Génération du silence », parce qu’ils ne se plaignaient pas, malgré les épreuves. Ils auraient eu pourtant bien des raisons de se moquer des illusions des baby-boomers. 

Et Ferguson d’en citer trois, assez cruelles en effet : le Viet-Cong est un mouvement réformiste agrarien, les capotes ne valent pas l’ennui de les mettre, Yoko Ono est une artiste…

Cosmo Landesman, de son côté, se moque des baby-boomers qui, après s’être bien amusés durant leur jeunesse, s’auto-flagellent à présent, pour tenter d’obtenir l’approbation des jeunes. Et il cite le livre de l’ancien Secrétaire d’Etat aux Universités du gouvernement Cameron, David Willetts. Celui-ci a en effet publié un livre intitulé The Pinch, sous-titre : comment les baby-boomers ont volé l’avenir de leurs enfants. Selon ce dernier, sa génération est largement bénéficiaire de l’Etat-providence. Elle en retirerait approximativement 118 % de ce qu’elle y aurait investi ; la différence étant acquittée par ses descendants. Les baby-boomers ont également acquis et tentent de conserver une position hégémonique sur le plan culturel. 

L’accusation d’avoir ruiné l’avenir par égoïsme générationnel et incapacité à envisager l’avenir est celle qui revient le plus souvent dans les tweets des Zoomers contre les Boomers. De la génération Z contre celle du Baby-boom. C’est exactement le sens du message de Greta Thunberg

"Ce sont nos enfants révoltés contre nous, au nom d'idéaux que nous avons nous-mêmes imaginés il y a 50 ans..."

Faux, rétorque ironiquement Landesman, nous n’avons pas détruit leur futur, c’est nous qui l’avons inventé. Toute leur histoire de combat pour la justice sociale, leur politique des identités, leur écologisme radical, tout cela vient en droite ligne des engagements militants de la fin des années soixante. Ce sont nos enfants révoltés contre nous au nom des idéaux qui étaient les nôtres, à peine remaniés.

Dans le même registre, Andrew Ferguson met en garde : dans le contexte politique actuel aux Etats-Unis, tout ce qui ressemble à une discrimination fait l’objet de prescriptions rigoureuses. On ne va pas tarder à demander à la Justice de punir ceux qui se servent de l’expression « OK, Boomer ». L’âgisme pourrait être considéré, à égalité du racisme et du sexisme, comme une nouvelle politique identitaire d’avenir...,

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